Mois : mai 2006

  • Les dirigeants de l’Union européenne et d’Amérique latine se retrouvent, jeudi à Vienne, pour un sommet portant principalement sur les questions commerciales et énergétiques et les rapports stratégiques.

    D’une part les 25 Européens plus les candidats à l’UE, d’autre part les 33 Latino-Américains: Luiz Inacio Lula da Silva (Brésil), Nestor Kirchner (Argentine), Vicente Fox (Mexique), Michelle Bachelet (Chili) et deux présidents dont les positions « de gauche » font l’actualité, Hugo Chavez (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie).

    Les Etats de l’Union Européenne représentent le plus grand investisseur, le plus grand donateur d’aide et le second partenaire commercial de l’Amérique latine. Le commerce bilatéral a augmenté de 13% en 2005, pour atteindre 118 milliards d’euros, selon des statistiques de l’UE. Pour faire mieux, un « business forum » avec plus de 200 entrepreneurs, banquiers et politiques se tiendra parallèlement à Vienne.

    Ce sommet intervient alors que l’Amérique latine a déjà elle même du mal à se mettre d’accord autour de ses propres négociations commerciales. Il n’y toujours aucun accord douanier après sept ans de négociations avec le Marché commun sud-américain Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) secoué par des dissensions. Les intérêts distincts des Caraïbes, et la menace d’éclatement de la Communauté andine des nations (CAN), dont Caracas vient de se retirer, freinent aussi l’intégration régionale, et la possibilité d’accords de bloc à bloc des deux côtés de l’Atlantique.

    C’est le président du Venezuela Hugo Chavez qui a été à l’origine de cette mini-crise politique, en annonçant le week-end dernier sa décision de se retirer de la Communauté andine des nations (CAN), zone de libre-échange imparfaite regroupant aussi la Colombie, l’Equateur, la Bolivie et le Pérou, et à laquelle Caracas reproche de ne servir « que les multinationales ». Compte tenu des mirobolantes ressources pétrolières du Venezuela et de la volonté affichée de Chavez de jouer un rôle moteur dans la région, ce retrait est loin d’être anodin.

    Pour ajouter encore à la confusion, la Bolivie, le Venezuela et Cuba ont signé la semaine dernière à La Havane un Traité de Commerce des Peuples (TCP) pour échanger des produits avec des tarifs douaniers zéro, et résister au traité de libre commerce (TLC) promu par les Etats-Unis.

    Selon les analystes, les difficultés politiques de l’UE rendent aussi difficile une large entente dans l’arrière-cour des Etats-Unis (qui ont aussi du mal à créer, avec le Sud, une Zone de libre-échange des Amériques).

  • Selon les Indicateurs de l’OPS, Cuba a eu un taux de suicides de 18.1 pour 100.000 habitants dans la période 2000-2005, loin de la seconde position occupée par l’Uruguay avec 15.9 et très au-dessus de pays comme le Pérou avec 2.3 et le Guatemala avec 1.9.

    Les chiffres contenus dans ce rapport confirment une tendance préoccupante qui s’est affirmée dans les dernières décennies : les Cubains se suicident de plus en plus chaque année et le phénomène affecte avec un plus grand impact les groupes d’âges entre 24 et 45 ans.

    Pourquoi les Cubains se suicident plus que les autres? La réponse, pour les spécialistes du sujet tient à des composantes sociales et politiques, très différentes des causes qui provoquent le suicide dans d’autres régions du monde.

    « A cause du désespoir, de l’atmosphère sociale sans horizon, une espèce de dépression collective qui pousse à la fuite par la voie du suicide », a assuré au Nouveau Herald un sociologue et un chercheur cubain qu’il travaille pour le ministère de la Santé Publique.

    Le phénomène du suicide comme problème social à Cuba n’a pas d’antécédents historiques. Le taux de suicides dans l’île a varié depuis les premières années de la République, mais avec des indices très inférieurs aux taux actuels qui vont depuis 2.2 en 1907, jusqu’à un 13.1 en 1957.

    Les statistiques du suicide à Cuba paraissent être liées au processus politique social du pays. Ainsi une analyse des statistiques au début des années 60 montre que l’indice de suicide a été entre 8 et 10 pour 100.000 habitants, (10.2 en 1963)selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et on a ensuite atteint le taux alarmant de 23.2 en 1982, deux années après le Mariel.

    C’est à cette occasion que le ministère cubain de la Santé Publique (MINSAP) a indiqué pour la première fois que le taux de suicides à Cuba avait dépassé les 20 pour 100.000 habitants.

    Les statistiques du MINSAP –qui ont eu très peu, ou aucune diffusion dans l’île–, révèlent que durant l’année 2000, par exemple, le suicide a occupé la septième place comme cause de décès à Cuba. Les plus grands taux de suicides se sont produits dans les provinces orientales,alors que les centres urbains, dont la ville de La Havane, ont eu une incidence plus faible. Une autre caractéristique du phénomène est que les hommes se sont suicidés plus fréquemment que les femmes.

    Ces tendances confirment les données disponibles de l’OPS qui situent l’indice de suicides des Cubains en 2005 à 26.4 pour les hommes et 9.8 pour les femmes. Le plus grand nombre de suicides se produit à Cuba entre les âges de 25 et 34 ans, suivi par le groupe d’âges de de 35 à 44 ans.

  • Se réveiller chaque matin dans une cellule de prison est une expérience qui affaiblit la volonté de vivre. Petit-déjeuner d’une tranche de pain sale et moisie avec de l’eau sucrée, en attendant quelques cuillerées de riz et d’herbes au déjeuner et le même menu au dîner, est un antidote à toute lueur d’espoir. Si vous devez attendre trois mois avant de voir votre famille pendant quelques heures dans une cellule, sur des bancs de pierre, sous l’oeil vigilant des gardiens, vous pouvez difficilement être impatient à l’idée de retrouver et de partager un moment avec ceux que vous aimez.

    Telle a été ma vie pendant deux ans. Et telle est la vie, en ce merveilleux jour de printemps de l’année 2006, de Víctor Rolando Arroyo, journaliste à l’agence de presse indépendante Unión de Periodistas y Escritores de Cuba Independientes (UPECI), dans la prison du commandant Castro à Guantánamo, un entrepôt humain qui fonctionne depuis plus de 30 ans.

    Les dizaines de journalistes qui souffrent de la faim, de la maladie et de mauvais traitements dans les prisons de l’île de Cuba sont les otages d’une bande de compères qui ont pris le pouvoir par la force et qui s’y maintiennent par la force depuis presque un demi-siècle, un pouvoir qui s’appuie sur la police et la propagande.

    Mal soignés

    Le jeune reporter Pablo Pacheco fait l’objet d’horribles traitements dans la prison de Canaleta, de même que ses collègues Pedro Argüelles et Adolfo Fernández Sainz et le jeune photojournaliste Omar Rodríguez Saludes. Ils ont tous été condamnés à 28 ans de prison en 2003 pour avoir photographié et filmé des aspects de la société cubaine que le régime dictatorial ne souhaite pas dévoiler.

    Une autre victime est Normando Hernández, un journaliste qui a lancé un petit magazine à partir de chez lui, dans la ville de Camagüey. Il n’a réussi qu’à publier la première édition. Les tribunaux révolutionnaires ont immédiatement réclamé la prison à perpétuité pour Hernández, même si cette condamnation a par la suite été gracieusement commuée en 25 ans d’emprisonnement.

    Hernández, comme beaucoup d’autres comme lui, souffre également d’affections mal soignées en raison du manque de médicaments et du surpeuplement des prisons. Dans des cellules à l’origine conçues pour accueillir 20 détenus, on trouve souvent 35 ou 40 prisonniers, obligés de dormir à même le sol et de partager les mêmes toilettes et la même quantité d’eau rationnée.

    C’est exactement la façon dont vit à présent le poète et journaliste Ricardo González Alfonso dans le pénitencier de Combinado del Este à La Havane. Son état est aggravé par le fait qu’il a subi deux opérations dans les blocs opératoires douteux de la prison et que sa blessure initiale, qui date de novembre 2004, continue de suppurer et ne paraît jamais cicatriser.

    De la même façon, Fabio Prieto Lorente, un jeune correspondant confiné dans une prison sur l’île de Pinos, à 120 kilomètres au sud de La Havane, voit sa jeunesse lui échapper peu à peu pour avoir couvert la réalité d’un pays où la brutalité s’exerce librement en raison de l’absence de représentation diplomatique et de journalistes pour dénoncer les abus.

    Pendant ce temps, dans le centre de détention de Guanajay, à quelques kilomètres à peine de la capitale cubaine, des médecins militaires ont finalement fini par reconnaître que le journaliste souffrant José Ubaldo Izquierdo, emprisonné depuis mars 2003, ne parviendrait jamais à se rétablir dans des conditions de vie aussi difficiles. Izquierdo, qui est âgé de 40 ans et qui a travaillé comme éditorialiste pour une agence de presse cubaine indépendante, purge actuellement 16 ans de prison.

    Nous savons qu’à Cuba, la Journée mondiale de la liberté de la presse ne peut être célébrée avec dignité que dans les cellules des 300 prisons disséminées à travers cette île des Caraïbes. Les prisonniers sont enfermés dans des cellules obscures où ils ont été jetés pour avoir voulu être libres dans un pays où la liberté n’est plus qu’un mot vide, dépourvu de sens dans la bouche des scribes, un mot qui envoie les hommes libres en prison s’ils osent le prononcer.

    Mais ce n’est que là, dans ces cellules où l’espoir continue de subsister, qu’on peut légitimement et honnêtement porter un toast à cette journée — même si c’est dans une tasse sale en aluminium remplie de l’eau tiède et trouble qui provient des sources souterraines de Cuba.

  • Au moins 63 journalistes et cinq collaborateurs des médias ont été tués dans le monde en 2005, selon le rapport annuel de Reporters sans frontières (RSF).

    Par ailleurs, au moins 807 journalistes ont été interpellés, plus de 1.300 agressés ou menacés et un millier de médias censurés en 2005. Près du tiers de la population mondiale vit dans un pays où il n’existe aucune liberté de la presse, la situation étant particulièrement préoccupante au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique.
    Le nombre de journalistes tués en 2005 est le plus élevé depuis 1995, année noire de l’islamisme radical algérien. « Aujourd’hui, dans certains pays comme le Bangladesh, les Philippines, le Nigeria ou le Mexique, la violence fait partie du quotidien des journalistes », souligne RSF.

    Depuis début 2006, 16 journalistes et six collaborateurs des médias ont été tués. Actuellement, 120 journalistes et 56 « cyberdissidents » sont emprisonnés pour avoir simplement voulu faire leur métier, précise l’organisation basée à Paris: « Les plus grandes prisons de la planète varient peu: la Chine, Cuba, l’Erythrée, l’Ethiopie, l’Iran, la Birmanie ».

    Aucun média n’échappe à la censure, pas même les blogs sur Internet. « A ce jeu-là, la Chine conserve une longueur d’avance, mais d’autres nations rattrapent leur retard », explique l’organisation de défense de la presse.

    Au Maghreb et au Moyen-Orient, la liberté et la sécurité des journalistes sont mises à rude épreuve. Marquée par la guerre en Irak et le conflit israélo-palestinien, la région a connu une recrudescence de la violence l’an dernier.
    « Avec 27 journalistes tués en 2005, le Moyen-Orient a été, pour la presse, la zone la plus meurtrière du globe », note RSF. « L’insécurité qui règne en Irak en est la principale raison », avec 24 des 63 journalistes tués tombés dans ce pays. En Libye, Iran, Tunisie, Syrie et Arabie saoudite, pays « parmi les plus répressifs de la planète, « les gouvernements exercent un contrôle absolu sur l’information ».

    En Afrique, l’impunité est la règle. Parmi les pays montrés du doigt, l’Erythrée, « fermée et bâillonnée » depuis plus de cinq ans, le Zimbabwe où le président Robert Mugabe « ne tolère aucune voix discordante », ou la République démocratique du Congo (RDC), qui a connu une vague d’assassinats de journalistes.

    En Asie, le roi Gyanendra du Népal, tenté par l’absolutisme, a ordonné plus de la moitié des cas de censure survenus dans le monde, souligne RSF. « A 567 reprises, l’administration royale a interdit la diffusion des informations dans les nombreuses publications et radios indépendantes du pays. Les journalistes entrés en résistance ont partiellement fait plier le roi, dans la rue ou devant les tribunaux. »
    Autres points noirs du continent, la Corée du Nord toujours soumis à la « propagande assourdissante » du régime, la Birmanie et la Chine.

    Sur le continent américain, sept journalistes et un collaborateur des médias ont été tués en 2005, la région restant zone à risque, « même si la liberté d’informer y est officiellement reconnue dans tous les pays, à l’exception de Cuba ».

    Dans la zone Europe-Russie-Asie centrale, la situation s’est globalement aggravée: « cinq journalistes y ont été assassinés pour des raisons professionnelles (contre deux en 2004) et la dérive autoritaire de certains Etats issus de l’ancien bloc soviétique s’est accentuée. » Les conditions de travail se sont détériorées notamment en Ouzbékistan, au Bélarus, en Russie et en Azerbaïdjan. En Russie, où deux journalistes ont été tués en 2005, les actes de violence à leur encontre sont nombreux.

    Même si la situation est bien meilleure en Europe de l’Ouest, des progrès restent encore à faire, affirme RSF. Au sein de l’Union européenne, notamment en France, Italie, Belgique et Pologne, l’année 2005 a été marquée par un nombre élevé de perquisitions et de convocations de journalistes, sommés de livrer à la police le nom de leurs sources.

    « Alors que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme considère que ‘la protection des sources journalistiques est l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse’, plusieurs Etats membres ont multiplié les atteintes à ce principe essentiel », s’indigne RSF.

    Malgré un tableau général plutôt sombre, RSF fait aussi état de bonnes nouvelles. Ainsi « en Inde, dans la province indonésienne d’Aceh et dans certains pays d’Amérique centrale, les médias travaillent de plus en plus librement », tandis que le Mexique « a mis en place un parquet fédéral spécial pour enquêter sur les attaques contre des journalistes ».