Mois : mars 2007

  • Le rapport sur les droits de l’homme du département d’état énumère les violations des droits de l’homme dans 193 pays et dénonce les restrictions d’accès à l’internet.

    Ce document de 800 pages, qui étudie la situation des droits de l’homme dans 193 pays, énumère une « liste noire » des huit pays dans lesquels le pouvoir est resté en 2006 « concentré entre les mains de dirigeants n’ayant aucun compte à rendre »: la Corée du Nord, la Birmanie, l’Iran, le Zimbabwe, Cuba, la Chine, le Bélarus et l’Érythrée.

    La situation des droits de l’homme s’est détériorée à Cuba, où « le gouvernement temporairement dirigé par Raul Castro en raison de la maladie de Fidel Castro a continué de violer quasiment tous les droits de ses citoyens », et en Chine, selon le rapport qui cite des exemples de « harcèlement, détentions et emprisonnement » d’activistes et d’avocats cherchant à les défendre.

    Avec 137 millions d’utilisateurs de l’internet, la Chine est épinglée comme le pays où la répression en ligne est la plus large et la plus sophistiquée, mais d’autres pays aussi divers que l’Arabie Saoudite, la Birmanie, Cuba, l’Iran, le Turkménistan et la Syrie sont aussi critiqués pour imposer des restrictions à l’usage de l’internet.

    Pays de la Corne de l’Afrique ayant soutenu la tentative de prise de pouvoir par les islamistes en Somalie, l’Érythrée est le seul pays qui ne figurait pas l’an dernier dans cette liste des « pires violateurs des droits de l’homme dans le monde ».

    Alors que les États-Unis et la Corée du Nord ont entamé lundi à New York des pourparlers historiques sur la normalisation de leurs relations, le rapport indique que le régime de Pyongyang en resté en 2006 « l’un des plus isolés et répressifs du monde », notant qu’il « contrôle quasiment tous les aspects de la vie de ses citoyens ».

    Peu ou aucun progrès ont été réalisés au Kirghizstan, au Pakistan, en Égypte, au Kazakhstan, en Russie et au Venezuela, tandis qu’aux îles Fidji et en Thaïlande, des gouvernements démocratiquement élus ont été renversés par des coups d’État.

    Pour la première fois également, Washington reconnaît en préambule que le bilan des États-Unis en matière des droits de l’homme « est remis en question » à l’étranger, en allusion au traitement largement critiqué des prisonniers du centre de détention militaire de Guantanamo, à Cuba. Mais « même si notre système démocratique n’est pas infaillible, il rend des comptes », souligne le document.

    En revanche, la situation des droits de l’homme s’est améliorée dans six pays au cours de l’année passée : le Liberia, l’Indonésie, le Maroc, la République démocratique du Congo, Haïti et l’Ukraine.

  • Certaines techniques d’humiliation ou de manipulation qui ont été utilisées par les forces américaines dans les prisons d’Abou Ghraib (Irak) ou de Guantanamo (Cuba) sont aussi traumatisantes que la torture physique, selon une étude publiée lundi aux Etats-Unis.
    Pour conduire cette recherche, des médecins britanniques ont interrogé 279 victimes de tortures pendant la guerre en l’ex-Yougoslavie.

    Entre 2000 et 2002, ces survivants, à 86% des hommes et âgés en moyenne d’une quarantaine d’années, ont été interrogés sur 54 causes de choc émotionnel liées à la guerre et sur 46 formes de torture auxquelles ils ont pu être soumis.

    Plus des trois quarts d’entre eux avaient subi à un moment de leur vie un traumatisme résultant d’une torture physique ou psychologique et 55% le subissaient encore au moment de l’étude, selon le Dr Metin Basoglu, du King’s College à Londres, principal auteur de ce rapport paru dans le numéro de mars des Archives de psychiatrie générale.

    Les troubles psychologiques et les dépressions sont aussi fréquents et durables chez ceux ayant subi des tortures physiques que chez les victimes de tortures psychologiques, expliquent encore ces psychiatres.

    Président de la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN, interdite), Elizardo Sanchez Santa Cruz, lui-même ancien prisonnier politique, a déjà à plusieurs reprises souligné « l’hypertrophie du système carcéral » cubain, passé de 14 prisons en 1958 à plus de 200 aujourd’hui.

    « La torture physique n’est pas la règle à Cuba », selon lui, mais « la torture psychologique est régulièrement pratiquée », sous forme d’isolement du prisonnier dans des cellules minuscules, surchauffées, mal aérées, sans eau courante, et accompagnée parfois de privation de sommeil pour l’obtention d’aveux.

    De très nombreux témoignages ont permis d’établir que la torture a été pratiquée massivement à Cuba, et continue de l’être. Selon l’organisation CubaArchive.org, le castrisme aurait fait 9.240 victimes à Cuba.

  • Correspondant des sites Payolibre et Nueva Prensa Cubana et de la station Radio Marti, Roberto de Jesús Guerra Pérez a été condamné, le 27 février 2007, à vingt-deux mois de prison par un tribunal municipal de La Havane pour « trouble à l’ordre public ». Reporters sans frontières espère que le temps déjà passé en prison par le journaliste, détenu depuis le 13 juillet 2005, sera comptabilisé dans la peine qui lui est infligée.

    « Une peine aussi élevée pour « trouble à l’ordre public » est en soi surprenante. Surtout, Roberto de Jesús Guerra Pérez aura été détenu dix-neuf mois sans charges avant d’être jugé. Nous espérons évidemment que la peine qui lui est infligée inclut cette longue période passée derrière les barreaux, afin qu’il soit rapidement libéré. Nous rappelons également que Roberto de Jesús Guerra Pérez a subi des harcèlements répétés avant son incarcération en raison de ses activités professionnelles et que la manifestation pacifique à laquelle il participait, le 13 juillet 2005, a servi de prétexte pour l’emprisonner », a déclaré Reporters sans frontières.

    Cinq dissidents, dont Roberto de Jesús Guerra Pérez, âgé de 28 ans, ont comparu, le 27 février 2007, devant un tribunal municipal de La Havane, qui leur a infligé des peines allant de vingt-deux mois à deux ans de prison pour « trouble à l’ordre public », selon la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN). Le 13 juillet 2005, les cinq hommes avaient participé à une manifestation pacifique commémorant le naufrage, onze ans plus tôt, d’une embarcation de balseros (nom donné aux Cubains s’exilant par mer vers la Floride). Ils avaient été aussitôt arrêtés par la Sécurité de l’État. Compte tenu du temps de détention déjà effectué, Roberto de Jesús Guerra Pérez devrait être libéré le 13 avril 2007.

    D’abord détenu trois mois dans une cellule de la Police nationale révolutionnaire (PNR), Roberto de Jesús Guerra Pérez a ensuite été transféré au Département technique d’investigations (DTI) de La Havane. En octobre et novembre 2005, il a été hospitalisé à plusieurs reprises pour des grèves de la faim, avant d’être renvoyé en prison. Depuis son incarcération, le journaliste a développé une infection rénale et souffre de fréquentes crises d’asthme.

    Parmi les vingt-cinq journalistes cubains emprisonnés, deux sont désormais détenus sans jugement. Incarcéré depuis le 23 mai 2006, Armando Betancourt, 44 ans, collaborateur de Nueva Prensa Cubana et directeur du journal clandestin El Camagueyano, devait comparaître le 8 février 2007 devant le tribunal municipal de Camagüey (Centre). Le procès a été reporté, les magistrats estimant « contradictoires » les dépositions de témoins et d’agents de la Sécurité de l’État.

  • Cuba a lancé son premier moteur de recherche pour naviguer sur l’intranet domestique, l’alternative officielle à l’internet auquel les Cubains n’ont pas accès. Le moteur de recherche « 2×3 » (www.infosoc.cu/busacdor) permet de consulter 150.000 pages officielles, depuis la presse étatique jusqu’à des images et des discours de Fidel Castro.

    Selon l’Union Internationale de Télécommunications, à laquelle le Cuba appartient, Cuba compte 190.000 utilisateurs d’internet -1.7 pour 100 habitants – en 2005, le taux plus faible que l’Amérique latine et des Caraïbes. Les autorités cubaines disent accusent les sanctions américaines, qui l’empêchent, par exemple, d’être reliés aux câbles de fibre optique des Caraïbes, à seulement 20 kilomètres de leurs côtes. Comme alternative, Cuba canalise ses télécommunications par une liaison satelittaire qui augmente jusqu’à 25 pour cent les coûts de connexion.

  • Le producteur Jean Michel Jomolca vient d’arriver à Miami avec un documentaire qu’il a tourné clandestinement pendant presque deux années, en utilisant une caméra cachée. Le film de 54 minutes est intitulé « Maquillage matinal » (2006) et a été codirigé par l’acteur Gerardo Frómeta, resté à Cuba.  »Durant les dernières années, il s’est produit un phénomène de déplacement vers le marché domestique de la prostitution qui s’adressait aux étrangers », a rapporté Jomolca pendant une entrevue avec le Nuevo Herald (Miami). « La police non seulement fait les gros yeux aux prostituées, mais aussi à ceux qui vivent de la prostitution ». Les images parcourent les rues Monte et de Cienfuegos, voisines du Parc de la Fraternité à La Havane (non loin du Capitole), la zone de Santa Catalina par l’avenue Boyeros, et el Calavario, dans les environs de la ville… Ils sont les fleurissants espaces de tolérance que le régime de Fidel Castro a décrété éliminés en 1963.

    « C’est un négoce qui se déplace entre la drogue, le jeu et le proxénétisme, a raconté le documentaliste, qui a réussi à sortir dissimulés dans ses poches, des sous- vêtement et des bagages plusieurs copies du film avec 10 autres heures de rushes sans montage. Jomolca, qui est agè de 29 ans, a expliqué que les membres du département policier pour combattre la prostitution — connu comme LACRA — s’approprient fréquemment l’argent des prostituées, ont des rapports sexuels avec elles et y compris les alertent des coups de filet dans les zones pour Cubains.

    Contrairement au jineterisme avec des étrangers, où les tarifs peuvent atteindre 200 dollars par nuit, les prix pour le marché interne sont restés très bas, autour des cinq dollars pour l’acte sexuel (125 pesos cubains) et un dollar (25 pesos) pour la location des locaux, qui peuvent être y compris des espaces de bureaux ou des toilettes auxquelles un vigile permet l’accès en accord avec un proxénète.

     »Cuba est une société prostituée dans tous les niveaux, a déclaré Jomulca,  » la corruption et la déformation de valeurs ont été étendu à tous les coins du pays ». Le cinéaste a émigré de Cuba le mois dernier avec sa femme, l’actrice María Karla Rivero, fille du poète exilé Raúl Rivero. Justement le film emprunte son titre du poème  »Paysage avec jineteras », de Raúl Rivero, et est conçu comme un hommage à l’oeuvre de Nicolás Guillén Landrián (1938-2003) et à PM (1961), l’emblématique documentaire de Sabá Cabrera Infante et Orlando Jiménez Leal, censuré par les autorités cubaines en 1961.

    L’idée du documentaire est apparue en 2003, quand Jomolca étudiait à la Faculté des Moyens de Communication Audio-visuelle de l’Institut Supérieur d’Art (ISA), à La Havane. Le projet est passé une phase initiale d’approbation, mais la direction de la faculté l’a censuré et n’a pas autorisé que ses matériels soient employées dans les tournages. Jomolca s’est introduit dans les réseaux de prostitution à La Havane, en se centrant les zones de tolérance que fréquentent les Cubains.

    Par bien des cotés le jineterisme est une sorte paradigme de la société Cubaine des années 90 qui a décidé de vivre du tourisme et de l’argent des étrangers, autrefois vilipendé par le pouvoir. Le jineterisme, qui peut aller jusqu’au mariage avec un étranger pour pouvoir quitter le territoire, contient en lui même une forme de contestation de l’ordre socialiste : ceux qui le pratiquent vivent souvent en marge de la société et leur « travail » met au grand jour le phénomène de la « pyramide inversée ».

    A quoi bon travailler dans une entreprise étatique pour être payé en monnaie de singe et pour accumuler les bons points et les médailles en chocolats qui récompensent les « bons ouvriers » et autres éphémères distinction du panthéon des bon élèves du socialisme ? Pourquoi passer toute une vie à jouer la comédie du bon communiste pour décrocher un hypothétique logement ou un bon d’achat en devises alors que la caverne d’Ali baba touristique ouvre grand ses portes aux laissés pour compte du socialisme ?

  • « Je vous remercie de votre tendresse et de votre soutien. Au sujet de ma convalescence, j’ai toujours prévenu qu’elle sera un processus prolongé, mais elle est loin d’être une bataille perdue. Je collabore en patient discipliné avec l’équipe médicale confirmée qui s’occupe de moi », a déclaré le chef de l’Etat cubain dans un communiqué diffusé par les médias officiels.

    Il s’agit du premier message de Fidel Castro aux Cubains depuis son apparition à la télévision le 28 octobre, au cours de laquelle il avait démenti les rumeurs sur la gravité de son état.

    « Je n’ai pas cessé de me tenir au courant des principaux événements et des informations. J’ai des échanges avec les camarades les plus proches chaque fois qu’une coopération sur les thèmes d’importance vitale s’avère nécessaire », a ajouté le président cubain, rendant hommage à « la sérénité et la maturité avec laquelle s’est comporté » le peuple cubain et les institutions du régime.

    Cependant, Fidel Castro n’est pas apparu à la télévision, ni en public depuis le 28 octobre, rendant possible toutes sortes d’hypothèses, dont celles d’un cancer en phase terminale.

    Une option démentie par le par un chirurgien espagnol, le docteur José Luis Garcia Sabrido, à son retour de La Havane où il a examiné le dirigeant cubain le weekend dernier.

    Rentré de La Havane où il s’était rendu à bord d’un avion affrété par le gouvernement cubain, le médecin espagnol, spécialiste réputé de l’appareil digestif et des maladies intestinales, s’exprimait devant la presse à l’hôpital universitaire madrilène Gregorio Marañon, dont il dirige le département de chirurgie.

    « Pour autant que je sache, je démens absolument qu’il [Fidel Castro] ait un cancer. Il n’a aucune tumeur maligne » a insisté José Luis Garcia Sabrido en réponse à la question d’un journaliste.

    Selon José Luis Garcia Sabrido, une seconde opération du président Castro n’est pas envisagée actuellement. Son « activité intellectuelle excellente et fantastique », sa capacité de conversation, en particulier à propos « d’anecdotes historiques », et son sens de l’humour sont « surprenants » a révélé le chirurgien espagnol. Sans citer de date, ce dernier n’écarte pas l’hypothèse que Fidel Castro, « en réhabilitation surtout musculaire et nutritionnelle », puisse à nouveau assumer le pouvoir, transmis le 31 juillet à son frère Raul Castro, ministre des Forces armées

  • Le ministre de la Communication, Ramiro Valdes, a déclaré, le 12 février 2007, qu’il considérait Internet comme un « outil d’extermination globale » (Tool for global extermination) et qu’il fallait impérativement que cette « arme sauvage » (wild colt) soit « contrôlée ». L’officiel cubain a par ailleurs expliqué que si très peu de ses citoyens accédaient à Internet, la faute en revenait à l’embargo américain, qui empêche son pays de se raccorder au Web dans de bonnes conditions. Reporters sans frontières rappelle que le retard de Cuba en matière d’Internet résulte avant tout de la volonté du gouvernement de contrôler la circulation de l’information sur son territoire.

    « Il est évident que l’embargo américain, qui empêche Cuba de se raccorder au Réseau par des câbles sous-marins, ne facilite pas le développement du Net dans ce pays. Nous avons toutefois publié un rapport, en octobre 2006, qui démontre que les autorités brident délibérément l’accès à la Toile. Il eût d’ailleurs été étonnant que ce pays, qui ne compte aucun journal, radio, ou télévision indépendant, permette un accès libre à Internet. Nous attendons avec impatience qu’une meilleure connexion au Réseau soit établie, comme l’a annoncé le ministre, par l’intermédiaire du Venezuela. Nous verrons alors si le gouvernement accepte enfin que ses citoyens accèdent à un Web non censuré », a déclaré l’organisation.

    Ramiro Valdes a fait ces déclarations, rapportées par l’Associated Press, lors de l’ouverture d’une conférence sur les technologies de la communication qui se tenait à la Havane. Il a vivement critiqué les Etats-unis, accusés d’utiliser le Web pour « affaiblir le gouvernement communiste » (undermine the communist government).

    Internet à Cuba, un réseau sous surveillance (extrait du rapport de Reporters sans frontières d’octobre 2006) :

    « Avec moins de deux internautes pour 100 habitants, Cuba figure parmi les pays les plus en retard en matière d’Internet. Il est de loin le plus mal loti d’Amérique latine – le Costa Rica fait 13 fois mieux – et se situe au niveau de l’Ouganda ou du Sri Lanka. Sur une île qui se targue d’avoir l’un des niveaux d’éducation les plus élevés de la planète, ce constat a de quoi surprendre. Les autorités défendent ce bilan catastrophique en blâmant l’embargo américain, qui les empêcherait de s’équiper du matériel nécessaire au développement du Réseau. Elles expliquent notamment que, ne pouvant pas se raccorder à l’Internet mondial par le biais de câbles optiques sous-marins, elles en sont réduites à utiliser des connexions satellitaires coûteuses et moins efficaces. Cet argument peut en effet expliquer la lenteur de l’Internet cubain et les files d’attente interminables devant les cybercafés. Mais il ne justifie en rien le système de contrôle et de surveillance du Réseau mis en place par les autorités. Dans un pays où les médias sont à la botte du pouvoir, empêcher la circulation d’informations indépendantes sur Internet est naturellement devenu une priorité.

    Le gouvernement cubain utilise plusieurs leviers pour s’assurer que ce média n’est pas utilisé de manière « contre-révolutionnaire ». Tout d’abord, il a peu ou prou interdit les connexions privées au Réseau. Pour surfer ou consulter leurs e-mails, les Cubains doivent donc obligatoirement passer par des points d’accès publics (cybercafés, universités, « clubs informatiques pour la jeunesse », etc), où il est plus facile de surveiller leur activité. Ensuite, la police cubaine a installé, sur tous les ordinateurs des cybercafés et des grands hôtels, des logiciels qui déclenchent un message d’alerte lorsque des mots-clés « subversifs » sont repérés. Le régime s’assure par ailleurs que les opposants politiques et les journalistes indépendants n’accèdent pas à Internet. Pour ces derniers, communiquer avec l’étranger est un véritable chemin de croix. Enfin, le gouvernement mise sur l’autocensure. A Cuba, on peut être condamné à vingt ans de prison pour quelques articles « contre-révolutionnaires » publiés sur des sites étrangers et à cinq ans simplement pour s’être connecté au Net de manière illégale. Peu d’internautes osent défier la censure de l’Etat et prendre un tel risque. »

  • Reporters sans frontières déplore que le bilan de la liberté de la presse à Cuba se soit encore aggravé avec la détention de Ramón Velázquez Toranso, journaliste de l’agence indépendante Libertad. Arrêté le 23 janvier 2007 et détenu à la prison provinciale de Las Tunas (Est), le journaliste a entamé le 30 janvier une grève de la faim. Depuis la prise de fonctions de Raúl Castro à la tête de l’État, le 31 juillet 2006, une quarantaine de journalistes ont été interpellés, agressés ou menacés, dont certains à plusieurs reprises.

    « Les rares promesses d’ouverture du pouvoir intérimaire de Raúl Castro ne se sont traduites par aucune avancée en matière de liberté de la presse. Les journalistes indépendants continuent de subir les harcèlements et les brutalités de la Sécurité de l’État. Ramón Velázquez Toranso n’a commis d’autre crime que de manifester pacifiquement pour demander davantage de liberté d’expression. Le pouvoir croit-il sérieusement se rapprocher de la communauté internationale en persistant dans l’intransigeance et l’arbitraire ? Il aurait tout à gagner en libérant les prisonniers d’opinion », a déclaré Reporters sans frontières.

    Le 23 janvier, Ramón Velázquez Toranso a été arrêté avec sa femme et sa fille à la gare routière de Ciego de Ávila (Centre). La famille du journaliste avait été à l’initiative, le 10 décembre 2006, d’une Marche pour l’unité, reliant Las Tunas à La Havane, destinée à obtenir des autorités le respect des libertés fondamentales. Le 4 janvier, Rámon Velázquez Toranso, sa famille et d’autres marcheurs avaient été arrêtés une première fois à Ciego de Ávila puis relâchés. Renvoyé à Las Tunas, le journaliste avait été intercepté le lendemain à Camagüey (Centre), d’où il tentait de relancer la marche pacifique. Harcelé depuis plusieurs mois par la Sécurité de l’État (police politique), le journaliste avait été condamné à trois ans de « liberté surveillée » par le tribunal provincial de Las Tunas pour « dangerosité sociale prédélictueuse ».

    Le 23 janvier, la femme et la fille du dissident ont recouvré rapidement la liberté tandis que leur mari et père a été incarcéré dans les locaux de la troisième unité de la police nationale de Las Tunas. Transféré au mitard de la prison provinciale « El Típico » du département, le journaliste a entamé une grève de la faim le 30 janvier. La Sécurité de l’État a averti sa famille qu’il serait privé de visite tant qu’il s’abstiendrait de s’alimenter. Ramón Velázquez Toranso fait partie de l’agence indépendante Libertad, basée à Las Tunas, dont le directeur et fondateur, José Luis García Paneque, purge une peine de 24 ans de prison depuis le « printemps noir » de mars 2003.

    Directrice de l’agence La Voz de Oriente, Haydee Rodríguez a entamé, elle aussi, une grève de la faim après une perquisition musclée de la Sécurité de l’État à son domicile de Santiago de Cuba (Sud-Est), le 20 janvier 2007. La police politique lui a confisqué les livres, les revues et les crayons qu’elle devait livrer à une bibliothèque indépendante. Le capitaine Giovanis Durán a également emporté son matériel d’enregistrement, deux postes de radio et des documents de l’Union européenne que la journaliste, de nationalité espagnole, reçoit régulièrement.

    Le 29 janvier à Ciego de Ávila, selon le site Payolibre, José Mariño, chef provincial du contre-espionnage de la Sécurité de l’État, a violemment interpellé Luis Esteban Espinosa Echemendía, 20 ans, de l’agence Jóvenes sin Censura, avant de le soumettre à un contrôle au commissariat et de saisir son matériel journalistique. Le jeune journaliste avait déjà été arrêté et détenu pendant deux heures par la Sécurité de l’État le 10 janvier. Le 2 février, la police politique a mis à sac le domicile de son collègue de la même agence, Yosvani Anzardo Hernández, pour y chercher en vain de la « propagande ennemie ».

    Enfin, le 24 janvier, le tribunal provincial de Camagüey a décidé de reporter au 8 février prochain le procès du journaliste indépendant Armando Betancourt, 44 ans, détenu sans jugement depuis le 23 mai 2006. Selon sa femme, Mercedes Boudet, elle-même menacée d’emprisonnement par la police, Armando Betancourt est incarcéré pour « activités anti-gouvernmentales » mais pourrait être condamné pour un délit de droit commun.

    Benoît Hervieu
    Despacho Américas / Americas desk

    Reporters sans frontières

    5, rue Geoffroy-Marie

    75009 Paris – France

    www.rsf.org

    www.leblogmedias.com (en français)