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Les libertés et la répression à Cuba

  • Le décès de ce dernier, le 10 décembre 2006, empêche de fait que justice soit totalement rendue aux victimes et à leurs familles. Mais la mort du dictateur ne doit pas signifier pour autant l’impunité.

    « Nous regrettons, comme beaucoup, que le général Pinochet soit mort sans jamais avoir comparu devant un tribunal. Son décès suscite, à juste titre, de lourdes frustrations qui ne pourront s’apaiser, à défaut de disparaître, que si la justice chilienne s’engage résolument à juger et à condamner les responsables des violations de droits de l’homme commises entre 1973 et 1986. Nous rendons hommage aux victimes de ce régime sanglant, qui a bénéficié de la scandaleuse complaisance des puissances occidentales et du soutien des Etats-Unis. Nos pensées vont en particulier aux 68 professionnels des médias et à leurs familles, pour qui la mort du dictateur ne doit pas rimer avec l’impunité », a déclaré Reporters sans frontières.

    Du coup d’Etat du 11 septembre 1973 à 1986, quatre ans avant le retour du pouvoir civil, la dictature du général Augusto Pinochet a causé la mort ou la disparition de 68 professionnels des médias, dont 21 rédacteurs, 20 photographes, cameramen ou techniciens et 27 ouvriers de presse. La plupart ont été arrêtés, torturés et assassinés dans les semaines qui ont suivi le coup d’Etat, mais une loi promulguée par la junte en 1978 a amnistié tous les crimes commis antérieurement. Le 21 mars 2006, treize militaires ont été inculpés par la justice pour leur participation à la « Caravane de la mort », un commando itinérant chargé d’éliminer les opposants, qui a sévi en octobre et novembre 1973. Leur procès n’a toujours pas commencé. La « Caravane de la mort » a exécuté au moins 75 prisonniers politiques, dont le directeur de la station Radio Loa, Carlos Berger Guralnik, le 19 octobre 1973.

    Dans les années 1980, d’autres journalistes ont été tués lors de la répression par le pouvoir des vagues de protestations précédant le référendum de 1988, prélude à la fin de la dictature. Le 2 juillet 1986, le photographe indépendant Rodrigo Rojas est mort après avoir été brûlé vif par une patrouille de l’armée. Le responsable direct de l’assassinat, le lieutenant Pedro Fernández Dittus, a été condamné à une peine de prison. Le 8 septembre 1986, au lendemain d’un attentat manqué contre le général Pinochet, le directeur de l’hebdomadaire Análisis (aujourd’hui disparu) José Carrasco Tapia a été tué à la mitraillette avec trois autres opposants. Quatorze anciens agents de la police politique ont été inculpés, le 26 octobre 2005, mais leur supérieur hiérarchique, le général Humberto Gordon, est décédé en 2000 d’un cancer, alors qu’il bénéficiait d’une liberté conditionnelle.

    José Carrasco Tapia est le dernier journaliste assassiné sous la dictature. A l’endroit où son corps a été retrouvé, un monument à la mémoire des journalistes tués et disparus sous le régime de Pinochet a été inauguré le 8 septembre 1999.

    Fin du communiqué de RSF

    La question se pose maintenant pour Fidel Castro, dont le bilan n’a rien à envier à Pinochet
    De très nombreux témoignages ont permis d’établir que la torture a été pratiquée massivement à Cuba, et continue de l’être. Selon l’organisation CubaArchive.org, le castrisme aurait fait 9.240 victimes à Cuba.

    María C. Werlau et le directeur de recherches de cette organisation, Armando Lago, économiste, estiment que jusqu’à 77.000 Cubains peuvent avoir perdu la vie en tentant de s’échapper de l’île.

    María C. Werlau, qui a vécu au Chili pendant la dictature de Pinochet, a personnellement vu comment la conscience internationale des atrocités en matière de droits de l’homme a aidé le Chili à reconstituer sa démocratie. « Le régime de Castro a exécuté davantage de gens durant seulement ses trois premières années, que le régime de Pinochet a fait de tués ou « disparus » durant toutes ses 17 années de pouvoir » précise Werlau.

    « Mais les victimes de Castro qui sont souvent plus nombreuses– et qu’incluent non seulement des adversaires politiques mais aussi des familles complètes assassinées pour avoir essayé de s’enfuir — sont encore inconnues, ignorées ou oubliées. »

  • L’organisation s’élève également contre la condamnation à quatre ans de prison, le 5 décembre, du journaliste indépendant Raymundo Perdigón Brito pour « dangerosité sociale prédélictueuse ».

    « Ahmed Rodríguez Albacia et sa famille ont été victimes du harcèlement constant de la police politique depuis le début de l’année. Le jeune journaliste avait même été détenu et sommé d’abandonner ses activités en septembre dernier. Cette fois, la Sécurité de l’État l’a dépossédé de son matériel de travail avant de le jeter en prison. Faut-il une preuve de plus qu’Ahmed Rodríguez Albacía est détenu au seul motif d’être journaliste ? Nous demandons sa libération immédiate, ainsi que celle de Raymundo Perdigón Brito, condamné pour les mêmes raisons à quatre ans de prison au nom d’une ‘dangerosité sociale’ fallacieuse et absurde », a déclaré Reporters sans frontières.

    Dans la matinée du 4 décembre 2006, une trentaine d’agents de la Sécurité de l’État et de la Police nationale révolutionnaire ont effectué une perquisition musclée au domicile d’Ahmed Rodríguez Albacia et de sa mère, à La Havane. Selon un voisin témoin de la scène, cité par Cubanet, les policiers ont confisqué du matériel d’enregistrement, un ordinateur portable, un téléphone-fax, ainsi que toutes les archives du journaliste. Victime d’un accès d’hypertension durant les événements, Ahmed Rodríguez Albacia a dû être emmené à l’hôpital avant d’être conduit au Département technique d’investigation (DTI) de la Sécurité de l’État où il est actuellement détenu.

    Ahmed Rodríguez Albacia, qui fêtera ses 22 ans le 10 décembre prochain, appartient à la toute jeune agence de presse indépendante Jóvenes sin Censura, fondée en septembre 2005 à Holguín (Est), province dont il est originaire. Le 15 septembre, il avait été arrêté à La Havane et détenu vingt-quatre heures par la police politique (cf. communiqué du 18 septembre 2006).

    L’organisation a également appris la condamnation, le 5 décembre, à quatre ans de prison par le tribunal provincial de Sancti Spíritus (Centre), du journaliste indépendant Raymundo Perdigón Brito pour « dangerosité sociale prédélictueuse ». Cette disposition du code pénal cubain, très utilisée contre les dissidents, permet d’arrêter et d’emprisonner un prévenu sans qu’il ait eu à commettre le moindre délit, seulement en vertu du risque potentiel qu’il serait censé représenter pour la société.

    « Raymundo a été arrêté le 29 novembre par la Sécurité de l’État. Les policiers lui ont ordonné de cesser ses activités, faute de quoi il serait envoyé en prison », a expliqué à Reporters sans frontières un journaliste dissident basé à Cuba. Raymundo Perdigón Brito venait de fonder, le 17 novembre 2006, une petite agence de presse indépendante, Yayabo Press, avec sa s¦ur, Ana Margarita Perdigón, qui en assume la direction. « La police politique l’a su et à tout fait pour démanteler l’agence au plus vite », a poursuivi l’interlocuteur de Reporters sans frontières.

    Le 5 décembre, à la sortie du tribunal, une centaine de manifestants ont agressé la famille du journaliste. Son père, victime d’un mauvais coup au thorax, a dû être hospitalisé. Raymundo Perdigón Brito est détenu à la prison provinciale de Sancti Spíritus, près de la municipalité de Guayos.

    Les détentions d’Ahmed Rodríguez Albacia et de Raymundo Perdigón Brito portent à 25 le nombre de journalistes emprisonnés à Cuba.

  • Ces demandes apparaissent en même temps qu’une demande semblable formulée par l’opposition interne dans l’île et coïncident avec une offre de dialogue à Washington par le dirigeant par intérim cubain, le général Raúl Castro.
    Ceci devrait être accompagné, estime la coalition, par la fin de toute mesure restrictive mise en oeuvre par Washington, principalement depuis le 2004, qui compliquent l’envoi de ressources aux familles cubaines, et réduisent le nombre de voyages possible à Cuba pour les exilés cubanoamericains.

     »Les mesures imposées qui limitent ou nient aux cubains leurs droits fondamentaux, la liberté de pouvoir voyager librement pour sortir et retourner à Cuba à des fins humanitaires ou de réunification familiale, et de pouvoir envoyer et recevoir librement aide familiale et personnelle, violent des droits fondamentaux des cubains, portent un préjudice à la famille cubaine, et constituent des contradictions morales » a déclaré « Consensus cubain » dans un document divulgué hier en conférence de presse à Miami. Outre le Groupe d’Études cubaines et la Fondation Nationale cubano Américaine (FNCA), la coalition est formé, entre autres, par la Coordination Social Démocrate, le Parti Démocrate Chrétien de Cuba, le Parti Social Démocrate de Cuba et l’Union Libérale cubaine ; ainsi qu’Action Démocratique cubaine, Agenda Cuba, Arc Progressiste, Frères au Sauvetage et le Mouvement Démocratie.

    Dans la conférence de presse, les participants n’ont pas dissimulé que leur position peut être interprétée comme un changement dans les positions traditionnelles de l’exil cubain.  »Je suis venu d’une position de ligne dure, mais ce qui est certain c’est que isoler les gens (les Cubains resté à Cuba) n’a pas produit un changement durant les dernières 47 années. L’isolement des gens aide à soutenir à la dictature « , a dit le chef d’entreprise Carlos Saladrigas, vice-président du Groupe d’Études cubain. Saladrigas a rappelé que l’aide extérieure a eu un rôle prépondérant dans la désintégration du communisme en Europe de l’Est.

     »Le véritable consensus sur la crise cubaine doit se focaliser dans la liberté immédiate de tous les prisonniers politiques sans exception et dans la convocation d’élections pluripartites pour Cuba, et non dans des concessions unilatérales à la tyrannie, a commenté le congressiste républicain Lincoln Díaz-Balart, de la Chambre de Représentants. Samedi à La Havane, Raúl Castro a proposé d’établir un dialogue avec les Etats-Unis, dans le cadre du respect mutuel, mais Washington a rejeté de plan l’offre avec l’argument que le régime a besoin, d’abord avant tout, de dialoguer avec ses propres citoyens .  »Notre position claire d’appui à une transition démocratique a été déjà exprimé, a dit hier le porte-parole du Département d’État, Sean McCormack.  »Le dialogue qui devrait avoir lieu n’estpas entre Raúl Castro et un groupe étranger ou un autre pays, a dit McCormack.  »Il doit être entre le gouvernement cubain et le peuple cubain et devrait porter sur une transition à une forme démocratique de gouvernement à Cuba », a ajouté le porte-parole.

  • Unique dictature du continent, Cuba n’est plus seule à incarcérer les journalistes, mais tient toujours son rang de deuxième prison du monde pour la presse avec vingt-quatre détenus. La succession de Fidel Castro par son frère Raúl à la tête de l’Etat, le 31 juillet, n’a rien modifié à l’attitude du régime envers les médias dissidents. Une multiplication des actes d’intimidation et des convocations par la police politique a marqué le second semestre.

    Deux journalistes, arrêtés en 2005, ont été libérés, mais deux de leurs collègues ont été envoyés derrière les barreaux : Armando Betancourt, collaborateur indépendant de Nueva Prensa Cubana à Camagüey, détenu sans jugement par la Sécurité de l’Etat depuis le 23 mai, et Raymundo Perdigón Brito, fondateur de l’agence Yayabo Press, condamné à quatre ans de prison, le 5 décembre, pour “dangerosité sociale”. Un troisième, Guillermo Espinosa Rodríguez, de la Agencia de Prensa Libre Oriental (APLO), a écopé de deux ans d’assignation à résidence.

    Un vingt-cinquième journaliste est détenu à Cuba, cette fois sous la garde de l’armée américaine, sur la base militaire de Guantanamo. Sami Al-Haj, cameraman soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira, fait partie des 400 “ennemis combattants” détenus, hors de tout cadre juridique, par les Etats-Unis au nom de la “guerre contre le terrorisme”. Incarcéré sans charge, soumis à des interrogatoires quasi quotidiens, Sami Al-Haj a entamé, le 13 juin, sa cinquième année de captivité au sein de cette base, dont la communauté internationale réclame désormais la fermeture.

    A ce scandale juridique et humanitaire s’ajoute une nette dégradation de la liberté de la presse aux Etats-Unis, qui s’est manifestée avec l’emprisonnement, à deux reprises, du blogueur californien Josh Wolf, en août puis en septembre. Le jeune homme risque de demeurer en cellule jusqu’en juillet 2007, tant qu’il ne livrera pas des archives vidéo à la justice. Une quinzaine d’affaires touchant au secret professionnel font l’objet d’une procédure au niveau fédéral, alors que 33 Etats de l’Union reconnaissent aux journalistes le droit à la confidentialité. Un projet de loi fédéral en ce sens, déposé en février 2005, n’a toujours pas été débattu ni voté.

    L’organisation a rendu public, le 1er février, son rapport annuel 2007 qui dresse un état des lieux de la situation de la liberté de la presse dans 98 pays. Ce document revient sur les principales violations des droits des journalistes survenues en 2006 et offre des perspectives thématiques et régionales sur l’état des libertés des médias et de l’Internet à travers le monde.

    Il est consultable en ligne sur www.rsf.org et téléchargeable en intégralité ou par zone géographique. Le rapport est disponible en quatre langues (anglais, français, espagnol et arabe).

    « Ce rapport recense les pires violations de la liberté de la presse commises dans les Etats répressifs, de la Corée du Nord à l’Erythrée, en passant par Cuba et le Turkménistan. Mais il s’intéresse également aux démocraties dans lesquelles des progrès restent à accomplir et des acquis sont menacés », a écrit Reporters sans frontières…/…

    En Amérique latine, l’assassinat de près d’une dizaine de journalistes au Mexique dans une quasi-impunité, le maintien en détention de plus d’une vingtaine de journalistes à Cuba, la dégradation de la situation en Bolivie, le pays du Sud pourtant le mieux placé jusqu’ici dans le classement établi chaque année par Reporters sans frontières, sont autant d’inquiétudes qui doivent inciter la communauté internationale à la plus grande vigilance.

  • Grande admiratrice du dictateur cubain, Danielle Mitterrand n’a jamais marchandé son amitié à Fidel Castro, avec qui elle entretient de bons rapports depuis longtemps. Sa présence à Cuba constitue aussi un marque de reconnaissance pour son frère Raul Castro, qui assume le pouvoir depuis l’hospitalisation de Fidel Castro.

    La France, a été un des tout premiers pays à rompre l’isolement diplomatique cubain en 1995 grâce à Danielle Mitterrand. Certes il ne s’agissait pas d’une visite officielle mais d’une rencontre privée avec François Mitterrand : Fidel Castro était de passage en France, invité par l’UNESCO. Mais les faits sont là et les caméras de télévision ont abondamment diffusé les images de Danielle Mitterrand embrassant Fidel comme un vieil ami.

    La présidente d’une association qui a pour nom « France liberté » peut-elle continuer à soutenir une dictature communiste qui emprisonne journalistes et opposants pour 15 à 20 ans ?

    L’association de soutien aux prisonniers politiques cubains « Collectif Solidarité Cuba Libre » estime cette attitude indigne. Dans un communiqué diffusé à la presse elle fait valoir que « Qu’une organisation qu’elle quelle soit aide le régime cubain nous choque. La collaboration avec un régime totalitaire est inacceptable surtout lorsqu’elle se fait sous couvert d’une aide humanitaire utilisée à des fins de propagande. Mais lorsque cette organisation se réclame de la lutte pour les droits de l’homme et qu’en plus elle s’appelle France Liberté, la collaboration devient outrageuse, inacceptable. »

    Parmi les personnalités qui soutiennent Fidel Castro, et se rendent fréquemment à Cuba on compte aussi Gérard Depardieu, Ry Cooder, Manu Chao, Bernard Cassen, et Ignacio Ramonet.

  • En présence de la presse française et étrangère, et de personnalités cubaines exilées, dont des journalistes dissidents, l’organisation a installé, sur la place du Trocadéro, vingt-trois cages, abritant chacune un détenu volontaire, masqué et vêtu d’un costume de prisonnier. Sur chaque cage figurait le nom, le média d’appartenance, la durée de la peine et les motifs d’incarcération de chaque journaliste emprisonné.

    « Le cinquantenaire de l’accostage du bateau Granma, le 2 décembre 2006, vient clôturer cinq jours de célébration des 80 ans de Fidel Castro, obligé de céder sa charge à son frère Raúl le 31 juillet dernier pour raisons de santé. Cette célébration devait coïncider avec son retour au pouvoir, compromis par l’évolution de son état. Que le Líder Máximo reprenne ou non ses fonctions de chef de l’Etat, Cuba reste la deuxième prison du monde pour la presse. Vingt-trois journalistes, pour avoir voulu informer hors du contrôle de l’Etat, le payent de leur liberté », a déclaré Reporters sans frontières.

    « Le gouvernement cubain s’honorerait en les libérant, comme il l’a fait le 20 novembre pour l’un de leurs collègues. Nous espérons que les personnalités étrangères, et notamment européennes, invitées aux cérémonies à La Havane, relaieront cette demande. Assumant depuis le 11 septembre 2006 la présidence tournante du Mouvement des non-alignés, Cuba se doit de remplir les engagements qu’elle a pris ce jour-là en matière de respect des droits de l’homme », a ajouté l’organisation.

    Vingt des vingt-sept journalistes arrêtés et condamnés lors de la vague répressive de mars 2003 sont toujours détenus, dont le correspondant de Reporters sans frontières, Ricardo González Alfonso. Accusés pour la plupart d’être des « mercenaires au service d’une puissance étrangère », ils ont écopé de peines allant de 14 à 27 ans de prison. Enfermés dans des cellules insalubres, parfois mêlés aux détenus de droit commun, ils subissent au quotidien les mauvais traitements de leurs gardiens, les privations de contact avec leur famille et le rationnement des médicaments qu’impose leur état de santé, de plus en plus dégradé. La médecine carcérale a elle-même estimé l’état de santé de ces prisonniers incompatible avec la détention dans la plupart des cas. L’un d’eux, Juan Carlos Herrera Acosta a régulièrement refusé de s’alimenter depuis huit mois pour protester contre son sort.

    Trois journalistes sont venus s’ajouter en 2005 et 2006 à cette longue liste : Alberto Gil Triay Casales, Roberto de Jesús Guerra Pérez et, en mai dernier, Armando Betancourt. Le premier est officiellement inculpé de « trouble à l’ordre public » mais attend toujours sa condamnation. Les deux autres sont détenus sans la moindre charge précise par la Sécurité de l’Etat (police politique). Un quatrième journaliste, Oscar Mario González Pérez, arrêté le 22 juillet 2005 sans motif, a été libéré le 20 novembre 2006 sans plus d’explication. Il aura purgé pour rien un an et quatre mois de prison.

    Enfin, le harcèlement, les intimidations et les violences envers la presse indépendante n’ont pas davantage cessé pendant les quatre mois de pouvoir intérimaire de Raúl Castro. A Cuba, un journaliste n’est en liberté que surveillée.

    Le 2 décembre 1956, le bateau Granma, en provenance du Mexique, accostait à Cuba, avec à son bord les frères Fidel et Raúl Castro, Ernesto « Che » Guevara et leurs principaux compagnons de lutte. L’épisode marqua le début de la Révolution castriste et le renversement, trois ans plus tard, de la dictature de Fulgencio Batista. A la veille du cinquantenaire de l’événement, Reporters sans frontières tient à rappeler que, depuis, une dictature a succédé à une autre et manifeste publiquement son soutien aux vingt-trois journalistes détenus dans les geôles cubaines pour avoir voulu informer librement.

    Toutes les informations actualisées sur les vingt-trois journalistes détenus figurent sur le site de Reporters sans frontières.
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  • Le journaliste était détenu depuis le 22 juillet 2005, soit un an et quatre mois de détention arbitraire et sans jugement. Vingt-trois de ses collègues sont toujours emprisonnés sur l’île.

    Les motifs de la libération d’Oscar Mario González ne sont pas connus, pas plus que ne l’ont été les raisons véritables de son arrestation et de sa détention sans jugement pendant un an et quatre mois. Le cas de ce journaliste est malheureusement exemplaire d’une mécanique répressive absurde. En libérant Oscar Mario González Pérez, les autorités cubaines reconnaissent implicitement qu’elles n’ont aucune raison sérieuse d’emprisonner les journalistes dissidents. Nous espérons que cette libération sera le prélude à celle des vingt-trois autres journalistes détenus dans l’île », a déclaré Reporters sans frontières.

    Oscar Mario González, 62 ans, est sorti, le 20 novembre 2006, de la prison « 1580 » de San Miguel del Padrón (province de La Havane), où il avait été incarcéré en début d’année, après plusieurs mois passés successivement dans six cellules de la Sécurité de l’Etat. Les autorités pénitentiaires avaient affirmé à sa famille n’avoir connaissance d’aucune charge à son encontre. Le journaliste avait été placé dans le département 5 « FD » (« falta de documentación », « manque de documents ») de la prison « 1580 ».

    Cofondateur, en 1997, de l’agence de presse indépendante Grupo de Trabajo Decoro, Oscar Mario González Pérez avait été arrêté, le 22 juillet 2005, avec 33 opposants à la veille d’une manifestation dissidente contre la « normalisation » des relations entre l’Union européenne et Cuba, prévue devant l’ambassade de France à La Havane. Tous les prévenus avaient été relâchés sauf le journaliste, un avocat et un militant des droits de l’homme, menacés d’inculpation au titre de la loi 88 sur l’atteinte à « l’indépendance territoriale et à l’économie de Cuba ». Oscar Mario González Pérez risquait en théorie 20 ans de prison, mais aucun acte d’accusation n’avait été établi. La Sécurité de l’Etat avait tantôt soutenu à son épouse, Mirtha Wong, que l’acte en question « n’existait pas », tantôt qu’il était « introuvable ».

    En juillet 2006, les autorités judiciaires avait notifié à l’avocate du journaliste, Amelia Rodríguez, que son client serait jugé pour « trouble à l’ordre public », ce qui aurait ramené sa peine à un an de prison. Les mauvaises conditions de détention ont généré chez Oscar Mario González une arthrose cervicale et de l’hypertension artérielle. Il n’a jamais reçu, en prison, les soins adaptés à son état.

    Trois autres journalistes du Grupo de Trabajo Decoro, Hector Maseda Gutiérrez, Omar Moíses Ruiz Hernández et José Ubaldo Izquierdo Hernández, sont en prison depuis mars 2003.

  • La probable condamnation de Guillermo Espinosa Rodríguez pour « dangerosité sociale » ferait de lui le vingt-cinquième journaliste indépendant emprisonné sur l’île. L’organisation condamne aussi la multiplication récente des cas d’intimidations envers la presse indépendante par la police politique.

    « Guillermo Espinosa Rodríguez risque d’être condamné à de la prison pour « dangerosité sociale », c’est-à-dire non pas pour un délit qu’il aurait commis mais pour la menace qu’il serait censé représenter. Son cas illustre une nouvelle fois l’absurdité d’un système judiciaire où un homme peut être condamné officiellement sans motif. Nous demandons la libération immédiate du journaliste de l’APLO et la fin de cette hystérie répressive dont certains de ses collègues ont été récemment victimes », a déclaré Reporters sans frontières.

    Guillermo Espinosa Rodríguez, journaliste de l’agence indépendante APLO, a été arrêté le 25 octobre 2006 par la Sécurité de l’Etat à Santiago de Cuba. Le journaliste a été placé en cellule d’isolement au département 21 de la police politique dans l’attente de son jugement pour « dangerosité sociale », selon Cubanet. Cette disposition du code pénal cubain prévoit qu’un individu peut être arrêté, jugé et condamné en raison de la menace présumée qu’il représente pour la société, sans qu’il ait commis d’infraction ou de délit.

    Les actes de répression contre la presse indépendante se sont multipliés depuis la fin du mois d’octobre. Le 2 novembre, Roberto Santana Rodríguez, correspondant indépendant de Cubanet, a été arrêté à La Havane avec deux jeunes militants d’opposition. Les trois hommes ont été appréhendés à la sortie des locaux de la Section des intérêts nord-américains, où ils s’étaient rendus pour naviguer sur Internet. Roberto Santana Rodríguez s’est vu confisquer son matériel avant d’être libéré. La Sécurité de l’Etat l’avait déjà convoqué, le 13 février 2006, et sommé d’arrêter ses activités.

    Le 31 octobre, Ahmed Rodríguez Albacia, 21 ans, de l’agence indépendante Jóvenes sin Censura, a été expulsé de son village d’origine, Antilla (Est), par des paramilitaires des Brigades de réponses rapides. Le journaliste, accusé de « mal parler d’Antilla sur Radio Martí » (radio de l’exil cubain, basée à Miami), a été emmené de force hors de la ville, dépouillé de son magnétophone et de 105 pesos convertibles (105 dollars) et interdit de revenir sur les lieux. Ahmed Rodríguez Albacia avait, lui aussi, été détenu pendant quarante-huit heures par la police politique le 15 septembre dernier à La Havane où il réside, depuis que sa famille a quitté Antilla.

    Le 26 octobre, la Sécurité de l’Etat a fait irruption au domicile de Lamasiel Gutiérrez Romero, correspondante du site Nueva Prensa Cubana, à Nueva Gerona (Ile de la Jeunesse, Ouest) pour l’avertir qu’il lui était interdit de quitter sa résidence et la menacer de prison si elle poursuivait ses activités. La journaliste avait été incarcérée pendant cinq mois, du 11 octobre 2005 au 22 mars 2006 pour « délit de résistance et de désobéissance civile ». Régulièrement harcelée par les Brigades de réponses rapides depuis sa sortie de prison, Lamasiel Gutiérrez Romero est, de fait, assignée à résidence.

    Enfin, le 21 octobre, un collaborateur de la Sécurité de l’Etat, Yosvany Dueñas Rivero, s’est présenté chez le journaliste indépendant Bernardo Arévalo Padrón, dans la province de Cienfuegos (Sud), et l’a informé que, sur la base d’accusations fabriquées, l’ordre de le supprimer aurait été donné à un agent de la police politique surnommé Benavides. Bernardo Arévalo Padrón avait été condamné à six ans de prison, le 28 novembre 1997, pour « outrage », après avoir traité Fidel Castro et le vice-président Carlos Lage de « menteurs » sur les ondes de Radio Martí. Il avait été libéré le 13 novembre 2003.