Catégorie : libertés

Les libertés et la répression à Cuba

  • Se réveiller chaque matin dans une cellule de prison est une expérience qui affaiblit la volonté de vivre. Petit-déjeuner d’une tranche de pain sale et moisie avec de l’eau sucrée, en attendant quelques cuillerées de riz et d’herbes au déjeuner et le même menu au dîner, est un antidote à toute lueur d’espoir. Si vous devez attendre trois mois avant de voir votre famille pendant quelques heures dans une cellule, sur des bancs de pierre, sous l’oeil vigilant des gardiens, vous pouvez difficilement être impatient à l’idée de retrouver et de partager un moment avec ceux que vous aimez.

    Telle a été ma vie pendant deux ans. Et telle est la vie, en ce merveilleux jour de printemps de l’année 2006, de Víctor Rolando Arroyo, journaliste à l’agence de presse indépendante Unión de Periodistas y Escritores de Cuba Independientes (UPECI), dans la prison du commandant Castro à Guantánamo, un entrepôt humain qui fonctionne depuis plus de 30 ans.

    Les dizaines de journalistes qui souffrent de la faim, de la maladie et de mauvais traitements dans les prisons de l’île de Cuba sont les otages d’une bande de compères qui ont pris le pouvoir par la force et qui s’y maintiennent par la force depuis presque un demi-siècle, un pouvoir qui s’appuie sur la police et la propagande.

    Mal soignés

    Le jeune reporter Pablo Pacheco fait l’objet d’horribles traitements dans la prison de Canaleta, de même que ses collègues Pedro Argüelles et Adolfo Fernández Sainz et le jeune photojournaliste Omar Rodríguez Saludes. Ils ont tous été condamnés à 28 ans de prison en 2003 pour avoir photographié et filmé des aspects de la société cubaine que le régime dictatorial ne souhaite pas dévoiler.

    Une autre victime est Normando Hernández, un journaliste qui a lancé un petit magazine à partir de chez lui, dans la ville de Camagüey. Il n’a réussi qu’à publier la première édition. Les tribunaux révolutionnaires ont immédiatement réclamé la prison à perpétuité pour Hernández, même si cette condamnation a par la suite été gracieusement commuée en 25 ans d’emprisonnement.

    Hernández, comme beaucoup d’autres comme lui, souffre également d’affections mal soignées en raison du manque de médicaments et du surpeuplement des prisons. Dans des cellules à l’origine conçues pour accueillir 20 détenus, on trouve souvent 35 ou 40 prisonniers, obligés de dormir à même le sol et de partager les mêmes toilettes et la même quantité d’eau rationnée.

    C’est exactement la façon dont vit à présent le poète et journaliste Ricardo González Alfonso dans le pénitencier de Combinado del Este à La Havane. Son état est aggravé par le fait qu’il a subi deux opérations dans les blocs opératoires douteux de la prison et que sa blessure initiale, qui date de novembre 2004, continue de suppurer et ne paraît jamais cicatriser.

    De la même façon, Fabio Prieto Lorente, un jeune correspondant confiné dans une prison sur l’île de Pinos, à 120 kilomètres au sud de La Havane, voit sa jeunesse lui échapper peu à peu pour avoir couvert la réalité d’un pays où la brutalité s’exerce librement en raison de l’absence de représentation diplomatique et de journalistes pour dénoncer les abus.

    Pendant ce temps, dans le centre de détention de Guanajay, à quelques kilomètres à peine de la capitale cubaine, des médecins militaires ont finalement fini par reconnaître que le journaliste souffrant José Ubaldo Izquierdo, emprisonné depuis mars 2003, ne parviendrait jamais à se rétablir dans des conditions de vie aussi difficiles. Izquierdo, qui est âgé de 40 ans et qui a travaillé comme éditorialiste pour une agence de presse cubaine indépendante, purge actuellement 16 ans de prison.

    Nous savons qu’à Cuba, la Journée mondiale de la liberté de la presse ne peut être célébrée avec dignité que dans les cellules des 300 prisons disséminées à travers cette île des Caraïbes. Les prisonniers sont enfermés dans des cellules obscures où ils ont été jetés pour avoir voulu être libres dans un pays où la liberté n’est plus qu’un mot vide, dépourvu de sens dans la bouche des scribes, un mot qui envoie les hommes libres en prison s’ils osent le prononcer.

    Mais ce n’est que là, dans ces cellules où l’espoir continue de subsister, qu’on peut légitimement et honnêtement porter un toast à cette journée — même si c’est dans une tasse sale en aluminium remplie de l’eau tiède et trouble qui provient des sources souterraines de Cuba.

  • Au moins 63 journalistes et cinq collaborateurs des médias ont été tués dans le monde en 2005, selon le rapport annuel de Reporters sans frontières (RSF).

    Par ailleurs, au moins 807 journalistes ont été interpellés, plus de 1.300 agressés ou menacés et un millier de médias censurés en 2005. Près du tiers de la population mondiale vit dans un pays où il n’existe aucune liberté de la presse, la situation étant particulièrement préoccupante au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique.
    Le nombre de journalistes tués en 2005 est le plus élevé depuis 1995, année noire de l’islamisme radical algérien. « Aujourd’hui, dans certains pays comme le Bangladesh, les Philippines, le Nigeria ou le Mexique, la violence fait partie du quotidien des journalistes », souligne RSF.

    Depuis début 2006, 16 journalistes et six collaborateurs des médias ont été tués. Actuellement, 120 journalistes et 56 « cyberdissidents » sont emprisonnés pour avoir simplement voulu faire leur métier, précise l’organisation basée à Paris: « Les plus grandes prisons de la planète varient peu: la Chine, Cuba, l’Erythrée, l’Ethiopie, l’Iran, la Birmanie ».

    Aucun média n’échappe à la censure, pas même les blogs sur Internet. « A ce jeu-là, la Chine conserve une longueur d’avance, mais d’autres nations rattrapent leur retard », explique l’organisation de défense de la presse.

    Au Maghreb et au Moyen-Orient, la liberté et la sécurité des journalistes sont mises à rude épreuve. Marquée par la guerre en Irak et le conflit israélo-palestinien, la région a connu une recrudescence de la violence l’an dernier.
    « Avec 27 journalistes tués en 2005, le Moyen-Orient a été, pour la presse, la zone la plus meurtrière du globe », note RSF. « L’insécurité qui règne en Irak en est la principale raison », avec 24 des 63 journalistes tués tombés dans ce pays. En Libye, Iran, Tunisie, Syrie et Arabie saoudite, pays « parmi les plus répressifs de la planète, « les gouvernements exercent un contrôle absolu sur l’information ».

    En Afrique, l’impunité est la règle. Parmi les pays montrés du doigt, l’Erythrée, « fermée et bâillonnée » depuis plus de cinq ans, le Zimbabwe où le président Robert Mugabe « ne tolère aucune voix discordante », ou la République démocratique du Congo (RDC), qui a connu une vague d’assassinats de journalistes.

    En Asie, le roi Gyanendra du Népal, tenté par l’absolutisme, a ordonné plus de la moitié des cas de censure survenus dans le monde, souligne RSF. « A 567 reprises, l’administration royale a interdit la diffusion des informations dans les nombreuses publications et radios indépendantes du pays. Les journalistes entrés en résistance ont partiellement fait plier le roi, dans la rue ou devant les tribunaux. »
    Autres points noirs du continent, la Corée du Nord toujours soumis à la « propagande assourdissante » du régime, la Birmanie et la Chine.

    Sur le continent américain, sept journalistes et un collaborateur des médias ont été tués en 2005, la région restant zone à risque, « même si la liberté d’informer y est officiellement reconnue dans tous les pays, à l’exception de Cuba ».

    Dans la zone Europe-Russie-Asie centrale, la situation s’est globalement aggravée: « cinq journalistes y ont été assassinés pour des raisons professionnelles (contre deux en 2004) et la dérive autoritaire de certains Etats issus de l’ancien bloc soviétique s’est accentuée. » Les conditions de travail se sont détériorées notamment en Ouzbékistan, au Bélarus, en Russie et en Azerbaïdjan. En Russie, où deux journalistes ont été tués en 2005, les actes de violence à leur encontre sont nombreux.

    Même si la situation est bien meilleure en Europe de l’Ouest, des progrès restent encore à faire, affirme RSF. Au sein de l’Union européenne, notamment en France, Italie, Belgique et Pologne, l’année 2005 a été marquée par un nombre élevé de perquisitions et de convocations de journalistes, sommés de livrer à la police le nom de leurs sources.

    « Alors que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme considère que ‘la protection des sources journalistiques est l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse’, plusieurs Etats membres ont multiplié les atteintes à ce principe essentiel », s’indigne RSF.

    Malgré un tableau général plutôt sombre, RSF fait aussi état de bonnes nouvelles. Ainsi « en Inde, dans la province indonésienne d’Aceh et dans certains pays d’Amérique centrale, les médias travaillent de plus en plus librement », tandis que le Mexique « a mis en place un parquet fédéral spécial pour enquêter sur les attaques contre des journalistes ».

  • A travers les images de ces femmes, dont les maris et les fils ont été emprisonnés par le régime de Fidel Castro
    pendant le ‘Printemps Noir ‘(mars 2003) se reflète la souffrance des conjoints, mères et parents des prisonniers de conscience à Cuba.

    « Non seulement ces dissidents sont condamnés », a souligné le second adjoint de la Mairie de Madrid, Ana Botella, mais leurs familles aussi « accomplissent une peine » et ils sont soumis aux abus et menaces des autorités, ou des voisins soumis eux-mêmes au régime de Castro, qualifié à cette occasion de « tyran ».

    L’organisation Reporters sans Frontière (RSF) et l’ONG tchèque « People in Need » ont organisé cette exposition photographique dans le centre culturel Galileo de Madrid, dans le but de montrer la situation réelle de ces personnes et demander la solidarité avec les prisonniers du printemps 2003 (75 dissidents), dont un tiers sont des journalistes, comme l’a rappelé le secrétaire général de RSF, Rafaël Jiménez.

    Ana Botella a rappelé que le régime de Fidel Castro est responsable depuis 1959 de plus de 2 millions d’exilés et de milliers de personnes persécutées et torturées, et a critiqué « les progressistes du monde entier qui excusent Castro, l’ignorent, ou le considérent comme un révolutionnaire romantique » alors qu’en réalité c’est « un tyran ».

    Jiménez, pour sa part, a rappelé que les dissidents emprisonnés coexistent dans les prisons avec des prisonniers de droit commun « qui sont souvent hostiles pour obtenir des avantages de la prison », et a assuré que cette situation est « étendue » aux familles.

    Pendant l’inauguration de l’exposition une représentante des « Dames en blanc », conjoints et familles de dissidents emprisonnés à Cuba, a remercié « au nom de toutes les compagnes qui sont à Cuba », pour l’appui prêté par les organisations et les Espagnols « en montrant leur solidarité » et a réitéré à nouveau la nécessité de la libération « inconditionnelle et immédiate » des prisonniers de conscience.

    Dans le cadre de cet acte on a aussi présenté le livre « Fidel, le tyran favorit d’ Hollywood », de l’auteur cubain résidant aux Etats-Unis, Humberto Fontova, qui, selon le vice-président de la Fondation hispano cubaine, Alberto Recarte, « est écrit pour ces Américains qui ne savent rien des tragédies personnelles de Cuba ».

    Le journaliste et poète cubain, Raúl Rivero, qui a également été emprisonné à Cuba, est aussi intervenu dans la présentation et a assuré que le livre fournit « une approche d’ un Cuba inconnu ».

  • « Nous nous réjouissons de la libération de Lamasiel Gutiérrez Romero. Nous espérons que les 23 autres journalistes emprisonnés, certains sans jugement, en bénéficieront bientôt à leur tour. Nous savons cependant que cette libération ne relève pas de la clémence. Bizarrement, au terme sa peine, elle est remise en liberté à titre conditionnel. Cette restriction n’a aucune raison d’être et nous appelons les autorités cubaines à la lever », a déclaré Reporters sans frontières.

    Lamasiel Gutiérrez Romero, correspondante de Nueva Prensa Cubana avait été condamnée, en août 2005, à sept mois d’assignation à résidence pour « délit de résistance et désobéissance civile », après avoir été brutalement appréhendée par la Police nationale révolutionnaire (PNR) sur l’Île de la Jeunesse, où elle réside. Pendant l’exécution de sa peine, il lui était interdit d’exercer sa profession. Elle a été placée en détention le 11 octobre 2005 au centre pénitentiaire pour femmes de Mantonegro (province de La Havane), parce qu’elle avait repris ses activités journalistiques.

    La journaliste n’entend pas abandonner sa profession. Elle affirme vouloir continuer à lutter pour la démocratisation du pays et pour la liberté de la presse et d’expression.
    Albert Santiago Du Bouchet Fernández, de l’agence Habana Press, a été arrêté à la même époque et condamné pour les mêmes motifs que Lamasiel Gutiérrez Romero. Sa libération est attendue pour août 2006. Vingt journalistes incarcérés depuis le printemps noir de mars 2003 purgent des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison. Deux autres, Oscar Mario González Pérez, du Grupo de Trabajo Decoro, et Roberto de Jesús Guerra Pérez, collaborateur des sites Payolibre et Nueva Prensa Cubana, arrêtés en juillet 2005, sont depuis détenus sans jugement dans les locaux de la Sécurité de l’Etat.
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  • RSF se dit alarmée par la détérioration de l’état de santé de Juan Carlos Herrera Acosta et l’agonie de Guillermo Fariñas Hernández, tous deux en grève de la faim. L’organisation demande pour ces deux hommes un geste d’humanité des autorités cubaines et l’intervention des ambassades.

    « Comment comprendre une telle indifférence face à l’agonie de deux individus, qui ne réclament rien d’autre que le droit d’écrire ou de naviguer librement sur Internet ? En quoi, de surcroît, deux personnes aussi affaiblies physiquement et moralement peuvent-elles représenter le moindre danger ? Le silence du pouvoir risque de renforcer le sentiment de nombreux prisonniers ou dissidents qu’ils n’ont plus rien à perdre et de susciter d’autres grèves de la faim. Nous réitérons notre appel à la clémence auprès des autorités cubaines. Nous appelons également les représentations diplomatiques de La Havane à suivre de très près les cas de Juan Carlos Herrera Acosta et de Guillermo Fariñas Hernández », a déclaré Reporters sans frontières.

    Selon Cubanet, Juan Carlos Herrera Acosta, de la Agencia de prensa libre oriental (APLO), arrêté lors du printemps noir de mars 2003 et condamné à 20 ans de réclusion, se serait cousu la bouche en signe de protestation, le 23 mars 2006, dans sa cellule de la prison Kilo 8 de Camagüey (Est).

    Le président de la Fondation cubaine des droits de l’homme, Juan Carlos González Leyva, a affirmé que Juan Carlos Herrera Acosta avait été gravement brutalisé par ses gardiens les deux jours précédents. Soumis à un régime d’isolement carcéral, le journaliste observe une grève de la faim depuis 22 jours. Souffrant notamment d’hypertension artérielle et de gastrite chronique, il ne reçoit aucune assistance médicale appropriée.

    Par ailleurs, le 19 mars dernier, le docteur Julio Sánchez Hernández, membre de l’Institut médical indépendant de Santa Clara (Centre), a confié à Cubanet que l’état de santé de Guillermo Fariñas Hernández s’était sérieusement détérioré. Il s’est montré très pessimiste et inquiet quant aux chances de survie du journaliste. Ce dernier souffre notamment d’accès de fièvre, de violentes migraines ou encore d’une perte de sensibilité des membres inférieurs. Guillermo Fariñas Hernández mène une grève de la faim et de la soif depuis le 31 janvier, parfois interrompue par son traitement. Il réclame l’accès à Internet pour tous les Cubains.

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  • Plus qu’un rapport, il s’agit d’une enquête réalisée par Benoit Hervieu sur l’état de la presse indépendante à Cuba, trois ans après la vague de répression du 18 mars 2003. RSF n’ayant pas obtenu l’autorisation de se rendre à Cuba, son représentant pour l’Amérique basé à Paris, a du se contenter d’une enquête téléphonique. Malgré cette limite, il brosse un tableau intéressant et très complet de l’état de la presse indépendante à Cuba, et de ses faibles moyens humains et matériels.

    Extraits du rapport de RSF sur la presse indépendante à Cuba

    Le 18 mars 2003, une vague de répression sans précédent s’abat sur la dissidence cubaine. Pendant trois jours, quatre-vingt dix opposants sont arrêtés sous prétexte d’être des « agents de l’ennemi américain ». Parmi eux figurent vingt-sept journalistes. Tous ou presque tombent sous le coup de la « loi 88 » de février 1999 qui protège « l’indépendance nationale et l’économie de Cuba » et écopent de peines comprises entre 14 et 27 ans de prison. Ce printemps noir porte un coup très dur à la presse indépendante, qui avait commencé à émerger dans l’île au tournant des années 90 avec la création de petites agences d’information. Les fondateurs et directeurs de ces dernières étant incarcérés, nombre de journalistes préfèrent renoncer à leur métier ou choisir la voie de l’exil. Le journalisme indépendant à Cuba est-il mort ce jour-là ? Trois ans après la vague de répression, Reporters sans frontières a voulu dresser un nouvel état des lieux. Faute de pouvoir se rendre sur place, l’organisation a contacté des journalistes encore présents sur l’île ou exilés, membres d’une agence ou indépendants, des familles de dissidents incarcérés et des médias – sites Internet, radios ou revues -, basés pour la plupart à Miami (deuxième ville cubaine du monde avec près de 3 millions de ressortissants), Puerto Rico et Madrid. Si le nombre exact de journalistes en activité à Cuba est difficile à établir aujourd’hui, et si leurs conditions de travail sont encore plus précaires, à l’aune d’une autre vague de répression qui traverse actuellement le pays, la presse non officielle cubaine n’a pas désarmé. Elle constitue même la première source d’information concernant la situation des droits de l’homme sur l’île. Néanmoins, sa clandestinité la condamne à être une presse « de l’intérieur pour l’extérieur », quasi inaccessible à ceux dont elle parle pourtant au quotidien.

    «De toute façon, les particuliers ne peuvent s’offrir
    un ordinateur, rappelle utilement Armando
    Betancourt, collaborateur indépendant de
    Nueva Prensa Cubana résidant à Camagüey. Il
    faut l’acheter pièce par pièce. Un moniteur
    coûte 200 pesos convertibles, soit l’équivalent
    en dollars. Un ordinateur complet vaut 600 dollars
    et une caméra numérique, 300 dollars. Du
    coup, je m’en fais prêter une. Quant aux imprimantes,
    elles sont interdites à la vente.» Pour
    Jaime Leygonier, ancien prisonnier politique et
    collaborateur indépendant de Cubanet : «cette
    absence de moyens de transmission pose aussi
    le problème de la dépendance, de plus en plus
    grande, vis-à-vis des supports extérieurs,
    notamment de Miami. Leur demande est forte,
    surtout en ce qui concerne l’information relative
    à la situation des droits de l’homme. Nous
    devons rendre notre copie plus vite et nous
    n’avons plus aucun moyen de contrôler notre
    propre travail.»

    Qui sont les journalistes de l’île, et combien
    sont-ils ? «Pas moins de cent»,
    assure Elizardo Sánchez qui
    prend en compte «treize agences,
    dont huit ou neuf nées
    après la vague de répression,
    mais inégalement actives en raison
    de la censure d’Internet». Un
    journaliste dissident évoque la participation à
    une Conférence sur la transition démocratique,
    le 23 février 2006 à La Havane, de «80 confrères
    indépendants». Fondateur du Grupo de Trabajo
    Decoro en 1997, Manuel Vázquez Portal, en exil
    depuis mai 2005 à Miami, se veut beaucoup
    plus prudent : «Le printemps noir de 2003 a
    découragé du monde. J’estime à une quarantaine
    ceux qui continuent vraiment à travailler.
    Les autres ont renoncé ou ont préféré s’exiler.»
    Quarante journalistes, c’est aussi l’estimation
    de Rosa Berre, vice-présidente de Cubanet, l’un
    des principaux relais extérieurs de la dissidence
    créé en 1994 à Miami

    Un nouveau printemps noir ?

    Et de fait, la répression a repris avec la lutte
    anticorruption que le gouvernement entend
    conduire et la presse indépendante est à nouveau
    en première ligne. Pour elle, le couperet du
    régime s’est même fait sentir avant le mois de
    novembre. D’abord, Cuba a continué de tenir
    son rang de deuxième prison du monde pour
    les journalistes en ajoutant, au cours de l’année
    2005, quatre nouveaux noms à
    la liste des vingt détenus depuis
    le printemps noir. Comme Oscar
    Mario González Pérez, Roberto
    de Jésus Guerra Pérez, collaborateur
    des sites Nueva Prensa
    Cubana, Payolibre et Radio Martí,
    est incarcéré sans jugement et sans charges
    précises par la Sécurité de l’Etat depuis le 13
    juillet 2005, et à la merci d’une condamnation à
    20 de prison pour «atteinte à l’indépendance
    nationale et à l’économie de Cuba».

    Rares sont les journalistes dans le monde à ne
    pouvoir travailler pour leur propre public et à
    produire une information accessible seulement
    à l’extérieur. La presse indépendante de l’île
    fonctionnera pourtant ainsi, tant que durera un
    pouvoir réfractaire au pluralisme d’opinions.
    Forçats de la correspondance, les journalistes
    cubains doivent endurer le soupçon d’être des
    «agents de l’étranger» que leur accole un gouvernement
    qui les a pourtant placés dans cette
    situation.
    Benoît Hervieu

  • Dans une lettre adressée à Willian Lara, le nouveau
    Ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela, Reporters sans frontières s’inquiète des dérives autoritaires de la « révolution bolivarienne » d’Hugo Chavez.

    Depuis son élection en 1998, Hugo Chavez a entrepris de réduire petit à petit l’indépendance des medias, par une série de lois et d’actions violentes contre les medias qui ne lui sont pas favorables. Reporters sans frontières a quelques raisons de s’inquieter puisque le modèle d’Hugo Chavez n’est autre que le Cuba de Fidel Castro, qui reste la plus grande prison du monde pour journalistes.


    Lette à l’attention de Monsieur Willian Lara
    Ministre de la Communication et de l’Information

    Monsieur le Ministre,

    A l’occasion de votre prise de fonctions, le 9 mars 2006, Reporters sans frontières souhaite revenir sur les récents échanges entre le gouvernement que vous représentez et notre organisation. Nous espérons ainsi poser les bases d’un véritable dialogue.

    En tant qu’association de défense de la liberté de la presse, nous avons dernièrement publié deux communiqués concernant des affaires, en cours de traitement judiciaire, qui suscitent une apparente controverse au sein de l’opinion publique et des médias vénézuéliens. Le premier, publié le 27 février, se présentait sous la forme d’une lettre ouverte à votre prédécesseur, M. Yuri Pimentel, l’interrogeant sur une procédure engagée contre plusieurs médias pour « outrage à la justice ». Le second communiqué portait sur la mise en détention, le 7 mars, de Gustavo Azócar Alcalá, présentateur d’une émission de la chaîne Televisora del Táchira, poursuivi pour « escroquerie » et « détournement de fonds ».

    Nous avons été à la fois étonnés et choqués par la violence des réactions que votre ministère a opposées à nos prises de position, dans deux déclarations datées des 1er et 9 mars. Nous avons d’ailleurs pris la peine de publier sur notre site Internet en version espagnole la réponse de M. Yuri Pimentel à la suite de la lettre ouverte que nous lui avions adressée.

    Choqués, car ces déclarations multipliaient les fausses accusations et les procès d’intention contre Reporters sans frontières. Notre organisation, « à la solde du gouvernement des Etats-Unis et de ses services secrets », aurait entrepris « le sabotage médiatique contre la Révolution bolivarienne ». Nous serions coupables, aux yeux du gouvernement de votre pays, de « diffamer le peuple vénézuélien, de mépriser le Venezuela, de faire preuve d’ingérence dans ses affaires internes ».
    Tout cela, « avec la complicité de l’opposition séditieuse et les médias privés, dans une nouvelle offensive médiatique qui fait partie des opérations de guerre psychologique de l’Empire – les Etats-Unis – pour justifier son agression contre la démocratie vénézuélienne » (communiqué du 9 mars).

    Dans un cas comme dans l’autre, nous n’avons fait qu’exprimer notre « préoccupation » sur des points juridiques précis, sans remettre en cause le principe des procédures instruites et sans dénigrer le moins du monde les autorités qui ont à charge de les conduire. Préoccupation ne signifie pas condamnation.

    Il est du rôle de toute organisation non gouvernementale d’interpeller les Etats sur les principes ou la cause qu’elle défend, et dont ces mêmes Etats démocratiques se revendiquent. Nous avons émis, c’est vrai, des critiques sur une partie de la loi de responsabilité sociale des médias audiovisuels et sur la loi de réforme du code pénal. Nous craignons que certaines dispositions de ces lois restreignent la liberté de la presse. En concluons-nous qu’il n’y aurait plus de liberté de la presse au Venezuela ? Non. La critique d’une loi ne signifie pas la condamnation d’un gouvernement.

    De là vient notre étonnement. D’une part, nous savons que la situation des journalistes est bien plus dramatique dans des pays où, à la différence du Venezuela, ils sont livrés aux représailles de groupes armées comme le Mexique ou la Colombie. D’autre part, nous avons également condamné l’incarcération, de juillet à septembre 2005, aux Etats-Unis, de Judith Miller, du New York Times, au seul motif que cette dernière avait refusé de révéler ses sources à la justice de son pays.

    Nous suivons avec la plus grande attention le cas de Sami al-Hajj, cameraman d’Al-Jazira, détenu depuis près de quatre ans sur la base militaire de Guantanamo, sans charges précises et dans des conditions contraires à toutes les conventions internationales sur les droits de l’homme. Nous vous invitons à lire notre récent rapport, disponible sur notre site, et au titre on ne peut plus clair : « Camp Bucca et Guantanamo : quand l’Amérique emprisonne des journalistes ». Nous sommes prêts à vous en adresser un exemplaire.

    Nous ne méconnaissons pas – et nous l’avons soulignée en son temps – l’attitude de certains médias privés durant la période du coup d’Etat d’avril 2002. Nous comprenons alors d’autant moins que le gouvernement de votre pays soit le seul à ne pas supporter la moindre critique à son endroit.

    Enfin, nous recevons effectivement des fonds de la National Endowment for Democracy. Cet argent représente 2 % de notre budget (nos comptes sont publics) et, outre qu’il provient du Congrès américain et non de la Maison Blanche, il est dévolu à notre action en faveur des journalistes africains emprisonnés. Il ne concerne pas le continent américain.

    En espérant que vous entendrez notre appel, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

    Robert Ménard
    Secrétaire général de RSF

  • « La tension extrême entre Cuba et les Etats-Unis a créé un climat qui n’est pas du tout favorable à la liberté d’expression et à la liberté de réunion », a déclaré la magistrate française Christine Chanet.

    Dans un nouveau rapport pour le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Mme Chanet a affirmé que sa principale source de préoccupation concernait le maintien en détention de dizaines de dissidents arrêtés en mars et avril 2003. Elle s’est dite « alarmée par les allégations de mauvais traitements en détention » rapportées par les familles de détenus.

    « L’alimentation et l’hygiène sont en-dessous des normes et les soins médicaux sont soit inexistants soit inadaptés », a jugé Mme Chanet, qui a été nommée à son poste en 2002.

    La magistrate, qui n’a toujours pas pu se rendre sur l’île, a affirmé que les arrestations pour délit d’opinion s’étaient multipliées au cours de l’année écoulée.

    Le gouvernement de Fidel Castro a notamment utilisé le soutien apporté par les Etats-Unis à l’opposition cubaine comme un prétexte pour lancer une importante campagne de répression en 2003 contre les dissidents.