Mois : avril 2005

  • Le président de Cuba, Fidel Castro, qui dans l’après-midi
    d’aujourd’hui a qualifié d’ »ami » le Pape récemment
    décédé, a assisté dans la soirée à une messe dans la cathédrale de La Havane en hommage au Pape.

    Accompagné de son frère Raúl Castro, ministre de la Défense et successeur probable de Fidel Castro,
    le président de Cuba s’est d’abord dirigé au siège de la Nunciatura, où on avait installé un livre pour recevoir les messages de condoléances après le décès du Saint Père.

    « Ton départ nous fait de la peine, ami inoubliable et nous souhaitons avec ferveur que ton exemple perdure », a écrit le président de Cuba, qui a aussi
    souligné la lutte du Pape en faveur de la paix et pour les pauvres. En outre, Fidel Castro a
    souligné l’opposition de Jean Paul II aux sanctions américaines contre Cuba qu’il avait qualifié de « moralement inacceptable » lors de sa visite à Cuba en 1998.

    Ensuite, Fidel Castro, sans son frère, est arrivé
    à la cathédrale de la capitale, un bâtiment colonial situé dans la vieille Havane, dans lequel il n’était pas entré depuis des décennies.


    Pendant presque
    deux heures il a écouté la cérémonie religieuse dirigée par le
    cardinal Jaime Ortega et le nonce, Luigi Bonazzi. Plusieurs
    centaines de personnes ont rempli l’église et ont suivi
    les discours avec des haut-parleurs dans une place contiguë.

    Face au corps diplomatique invité, et devant un autel où on avait
    installé une photo de Juan Pablo II, Jaime Oretega a remercié Fidel Castro pour les signes de solidarité donnés par le pouvoir, qui ont inclus un deuil pendant trois
    jours, la suspension des activités festives — dont la finale du championnat de base ball — et l’accès aux prêtres pour diffuser des messages à télévision étatique.

    Fidel Castro, instruit par les jésuites, a rompu avec l’Église il y a des décennies et s’est déclaré athée, mais en janvier 1998 il a assisté à une messe quand le Pape Jean Paul II a visité l’île.

    « L’Église et le monde perdent un homme de réfence », a déclaré
    le cardinal Ortega, qui figure parmi les possibles candidats pour la succession de Jean Paul II.

    À la fin de la cérémonie, le nonce Bonazzi a pris la parole pour
    rappeler la visite de Jean Paul II il y a sept ans et réiterer ses
    demandes : l’ouverture de Cuba, l’accès de l’Église à l’éducation
    et un espace pour promouvoir les valeurs
    évangéliques dans les familles cubaines.

    Aucune des demandes de l’Église effectuées lors de la visite du Pape en 1998, comme la
    participation dans les écoles, ou un accès aux medias (tous sous contrôle de l’Etat et du Parti Communiste) n’ a
    été satisfaite par le Gouvernement de Cuba.

  • La libération de 300 prisonniers politiques et la retransmission en direct de toutes les messes célébrées par Jean Paul II n’ont été acquises qu’au tout dernier moment avec les risques importants que pouvait comporter une telle ouverture.

    A l’occasion de la visite du Pape le pouvoir a multiplié les gestes d’ouverture en direction des catholiques : rencontre entre les évêques et Fidel Castro, autorisation des messes en plein air, rétablissement de Noël comme jour férié et de processions religieuses autrefois interdites.

    Parmi les composantes de la société cubaine qui sont amenées à jouer un rôle important dans les prochaines années figure sans nul doute l’Église cubaine. Depuis le début des années 90 la place de l’Église dans la société cubaine n’a cessé de croître et elle constitue aujourd’hui le principal, sinon le seul, espace de liberté et de débat en dehors des structures ultra contrôlées de l’État et du parti.

    Certaines paroisses disposent même d’une presse indépendante dont le contenu va bien au delà des simples débats oecuméniques. La revue « Vitral » de la paroisse de Pinar del Rio est un épais fascicule ronéoté dans lequel on aborde toutes sortes de sujets, à l’exception évidemment de ceux qui ont un contenu directement politique.

    Pendant les quelques jours qu’ a duré la visite du pape, Cuba a présenté un visage totalement inédit : celui de manifestations massives convoquées en dehors des canaux habituels de mobilisation du pouvoir. Les slogans criés a gorge déployée sur la place de la révolution avaient de quoi faire frémir des apparatchiks habituellement bercés par la rhétorique soporifique des grands rassemblements organisés par le parti.

    On a bien entendu à la Havane des milliers de personnes crier à plein poumon « liberté, liberté », « le Pape libre nous veux libre » le jour où le Pape a célébré en plein air sa grand messe sur la « place de la révolution » .

    Certes la visite du Pape a brisé quelques tabous qui sont autant de petites enclaves de liberté sur lesquelles le pouvoir aura du mal à faire retomber son habituel manteau de silence. Mais dans le duel feutré qui oppose depuis 40 ans l’Église et le pouvoir, chaque partie a toujours su faire les concessions nécessaires pour éviter la rupture.

    A Cuba jamais les églises n’ont été fermées ni les relations avec le Vatican rompues : de son coté l’Église cubaine a toujours su organiser sa survie dans une semi clandestinité et dans un climat de suspicion.

  • Raul Rivero, agé de 59 ans, symbole de la dissidence et reconnu comme l’un des plus grands poètes cubains contemporains, est ainsi le premier dissident du Groupe appelé des 75 (75 dissidents et journalistes condamnés en mars 2003) qui obtient l’autorisation de sortir de Cuba après son élargissement pour motifs de santé.


     »Je viens en Espagne avec l’idée d’écrire et travailler comme journaliste, mais je ne vais pas cesser de me battre pour la libération de mes collègues emprisonnés et de tous les prisonniers politiques qui sont restés à Cuba », a déclaré hier Raul Rivero.

    Le dissident a voyagé de La Havane à Madrid avec sa femme, Blanca Reyes, 56 ans, sa fille adoptive, Yenia, 11 ans, et sa mère, Hortensia Castañeda, 85 ans, tous avec l’autorisation des autorités cubaines pour passer deux années à l’étranger.

    Étant donné les difficultés légales pour voyager temporairement à l’étranger avec l’enfant, Raul Rivero avait sollicité une sortie définitive. Mais, vendredi passé, de façon inattendue, les autorités lui ont donné la possibilité de s’absenter pour deux années.



    Raúl Rivero est né en 1945. Après des études de journalisme à l’université de La Havane, il se met au service de la révolution de Fidel Castro, et entre à l’agence de presse officielle Prensa Latina. Sa rupture avec le régime castriste date de la fin des années 80 : en 1989, il quitte l’Union des écrivains et artistes cubains, et signe en 1991  » La lettre des 10 « , pétition demandant à Fidel Castro des élections libres et la libération des prisonniers politiques.

    En 1995, il fonde l’agence indépendante Cuba Press. Il était jusqu’ à aujourd’hui le seul cosignataire de  » La lettre des 10  » à demeurer à Cuba, en dépit des pressions, des menaces et des arrestations :  » dans l’espace qui existe entre partir et revenir, il faut fonder la permanence, parce que rester sera toujours un antidote contre le désenchantement et un venin contre l’oubli « . Sa liberté de circuler a été restreinte, il a été séquestré et menacé à plusieurs reprises, sa famille intimidée et ses documents confisqués.


    En mars 2003, il est condamné à 20 ans de prison, puis libéré en décembre 2004 pour raisons de santé.

  • L’ escalade de menaces et les harcèlements gouvernementaux, visent en premier lieu l’économiste et dissidente Martha Beatriz Roque qui préside l’Assemblée pour la promotion de la société civile.




     »Le gouvernement et ses agents essayent de nous maintenir sous tension pour nous empecher de nous consacrer au travail, mais nous n’allons pas perdre de vue notre but », a affirmé Roque.
    Les signaux répressifs contre le groupe de Martha Beatriz Roque n’ont pas tardé à se produire : des membres des commissions de travail qui avaient fixé des réunions préparatoires lundi, ont été menacés par la policie politique.



    Trois commissions ont été empechée de se réunir ce lundi dans des logements d’opposants à cause du harcèlement des « brigades réponse rapide » et de groupes d’étudiants mobilisés. L’immeuble du Vedado où réside l’activiste Manuel Fernández Roche, qui préside la Commission des Affaires Historiques, a été occupé par la police dès les premières heures du matin.



    Hier, les téléphones de Roque et l’avocat René Gómez Pommier, fondateur de l’APSC, ont été coupé pour essayer d’empecher une conférence avec des opposants de l’exil, réunis dans un hôtel de Miami.

    Roque a déclaré, en outre, que la semaine passée un chauffeur qui rend des services à l’APSC a été intercepté en pleine rue par trois voitures de patrouille de la police et a été conduit à une station de police, en alléguant que le moteur de sa voiture était d’origine illégale.

    Entretemps, des délégués de provinces ont reçu des citations à comparaitre de la Sécurité de l’État pour le jour où ils avaient prévu de se rendre aux réunions préparatoires de l’opposition.


    Cette nouvelle attaque contre l’opposition cubaine se produit à peine une semaine après l’organisation d’une contre manifestation destinée à empecher les « Dames en blanc » de défiler, comme tous les dimanche à Miramar.

    Les « Dames en blanc » ont de leur côté défilé à La Havane, dimanche 27 mars, sur la Cinquième avenue, à la sortie de la messe de l’église de Santa Rita, en dépit de l’intimidation subie une semaine auparavant.

    « Le 20 mars, la Fédération des femmes cubaines a mobilisé deux cents personnes pour faire face aux trente Dames en blanc, raconte Elizardo Sanchez. A Cuba, une telle action ne relève de l’initiative d’aucun ministre ou général, mais du seul Castro. Il n’y a pas eu d’affrontement physique parce que la presse internationale était présente. »

    De son coté Elizardo Sanchez, le président de la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale a déclaré

    « Depuis la modification de la politique de l’UE, nous assistons à un retour à des actions musclées contre les opposants, poursuit M. Sanchez. Outre la répression politique, il y a une recrudescence de la répression sociale.


    Depuis janvier, des centaines de jeunes âgés de 16 à 20 ans ont été détenus dans des prisons de haute sécurité, comme Combinado del Este ou la prison 1580 à La Havane, accusés de dangerosité sociale, de conduite politiquement incorrecte, d’indifférence ou de non-participation aux mobilisations officielles. Cette répression massive est silencieuse, car il ne s’agit pas de dissidents, mais de victimes anonymes, sans relais auprès de l’opinion. »

    Elizardo Sanchez dénonce la violence avec laquelle a été matée une mutinerie de 200 prisonniers de droit commun le 12 mars.

    « Les détenus protestaient contre les conditions inhumaines d’incarcération, l’absence de garanties juridiques et leur transfert loin de La Havane, où résident leurs familles, explique-t-il. Les autorités ont reconnu une dizaine de cas de traumatismes multiples. Au moins l’un d’entre eux est mort. »