Mois : septembre 2006

  • Est ce vraiment le rôle d’une ONG de s’ériger en soutien d’une des dernières dictatures communistes du monde ? La question est posée à la lecture de ce texte publié par OXFAM et qui apporte un soutien inconditionnel au régime de Fidel Castro.

    Les donataires d’OXFAM risquent de pas bien comprendre que leur argent soit employé à financer de la propagande au service d’un pays qui est tout sauf un modèle de démocratie et de défense des droits de l’homme.

    Depuis l’annonce d’un transfert provisoire du pouvoir de Fidel Castro à son frère, les médias focalisent leur attention sur Cuba. La plupart des commentateurs mettent en lumière la volonté affichée des Etats-Unis et de l’Union européenne de mettre fin à la “dictature communiste”. Les préjugés et le “wishful thinking” prennent souvent la place d’analyses sérieuses, et beaucoup oublient de donner la parole au premier intéressé : le peuple cubain.

    On appreciera les guillemets autour de « dictature communiste » : il est clair que pour Oxfam, Cuba est une « autre forme de démocratie » comme il est ecrit plus loin dans le texte. Ensuite le fait que le peuple cubain n’ait pas eu la parole depuis 50 ans (le seul autorisé à parler librement, c’est Fidel Castro), n’est evidemment pas un problème, cela va de soi pour OXFAM.

    La pensée d’OXFAM rejoint bien celle d’une certaine gauche française qui méprisent les droits de l’homme en dehors de l’Europe. Ils considèrent en général Cuba comme une sorte de zoo : les Cubains sont a peu près convenablement nourris (en tout cas ils ne meurent pas de faim) et soignés gratuitement, alors pourquoi se plaindre ? Pourquoi se jeter à la mer par centaines de millers dès que l’occasion se présente ?

    Toujours en train de se plaindre les Cubains alors qu’ils vivent dans  » une autre forme de démocratie », avec le même type formidable depuis 50 ans.
    L’oppression quotidienne, l’absence totale de liberté, la dictature de la propagande communiste qui tient lieu d’éducation : tout ca ne compte face aux « acquis » du socialisme.

    Ensuite OXFAM parle à propos de Cuba d’ une « inacceptable réussite » et mieux encore de la « légitimité populaire du parti communiste » dans un passage proprement ahurissant.

    La légitimité populaire du parti communiste cubain est bien plus importante que celle en vigueur dans l’ancien bloc de l’Est, et Cuba n’a donc ni besoin des Etats-Unis, ni de l’Union européenne pour assurer son développement.

    Mais OXFAM garde le meilleur de sa pensée pour la fin avec cette déclaration incroyable au Cuba est qualifié comme une « autre forme de démocratie ».

    La question se pose : admettons-nous qu’un pays puisse expérimenter une autre forme de démocratie, avec une autre forme d’organisation économique ? Et si ce pays connaît un succès dans ses objectifs de développement, l’asphyxierons-nous sous prétexte qu’il inspire d’autres pays ?

    L’intégralité de ce pamphlet pro castriste signé Xavier Declercq, Directeur Mobilisation, Oxfam-Solidarité et
    Marc Ingelbrecht, Représentant d’Oxfam-Solidarité à La Havane est consultable ici:
    http://www.oxfamsol.be/fr/article.php3?id_article=797

  • « Nous commençons une nouvelle étape », a dit le directeur de CUPET, Fidel Rivero Prieto, en signant l’exploitation de deux blocs dans les eaux cubaines avec la division d’outre-mer indienne de l’India Oil and Naturel Gaz Corp ONGC Videsh.

    La compagnie publique de Malaisie, Petroliam Nasional Berhad, la norvégienne Norsk Hydro et une compagnie non identifiée, probablement du Vénézuéla ou de la Chine, ont été également admis cette année à faire des recherches dans les eaux territoriales cubaines.

    « C’est un grand pas en avant. Personne ne sait comment travailler dans des eaux profondes comme les norvégiens », a affirmé le professeur de l’Université du Nebraska Jonathan Benjamin-Alvarado.

    Benjamin-Alvarado, qui a beaucoup écrit sur les questions d’énergie cubaines, a indiqué que l’annonce faite la semaine passée par Chevron, d’une importante découverte prévue au minimum de 3.000 millions de barils dans le Golfe du Mexique, « donne davantage de crédibilité aux prétentions de Cuba ».

    Il a ajouté que « les signatures récentes indiquent que le gouvernement cubain est désireux d’ouvrir et de diversifier ses partenaires ».

    « Si Cuba trouve des quantités importantes de pétrole, il pourrait attirer d’importantes quantités d’investissement américain, mais d’abord ils doivent se décider à lever l’embargo», a dit dans une conférence de presse le ministre cubain d’Économie, José Luis Rodriguez.

    Les compagnies américaines sont interdites d’explorer à la recherche de pétrole à Cuba. Mais la possibilité de trouver du brut à seulement 144 kilomètres des côtes américaines a fait que des groupes de pression exhortent Washington à alleger l’embargo imposé en 1962 contre Cuba.

    Le président de l’Association de Commerce États Unis – Cuba, Kirby Jones, a déclaré qu’il y a en suspens des projets de loi au Congrès américain pour permettre aux compagnies américaines « d’entrer dans des discussions avec des fonctionnaires cubains dès que possible ».

    La zone économique exclusive de Cuba dans le Golfe du Mexique, de 112.000 kilomètres carrés, a été parcellée en 59 blocs pour l’exploration étrangère en 1999.

    l’Enquête Géologique des Etats-Unis a estimé que le bassin du nord de Cuba pourrait contenir quelque 4.600 millions de barils de pétrole, avec un potentiel maximal de 9.300 millions de barils et près d’un milliards de pieds cube de gaz naturel (environ 13 million de mètres cube).

    l’Espagnol Repsol-YPF a pris les droits en 2000 sur six blocs dans les eaux cubaines. Dans 2004 la compagnie a foré un puit d’essai, en trouvant des indications de pétrole de bonne qualité, bien que non dans des quantités commerciales.

    La compagnie canadienne Sherritt International a ensuite opté pour quatre blocs.

    Repsol-YPF, Norsk Hydro et ONGC Videsh ont formé un consortium pour perforer dans les six blocs de Repsol au plus tard en 2008.

    Des études séismiques sont en cours ou commenceront dans 10 autres blocs contractés par des signatures étrangères, en accord avec des sources de l’industrie.

    La portion cubaine du Golfe du Mexique a été tracée à travers des traités avec les Etats-Unis et le Mexique dans la décennie des années soixante-dix, avec des droits de pêche, et avant que soient développées des technologies pétrolières pour eaux profondes.

    Cuba produit autour de 70.000 barils par jour de pétrole de basse qualité et importe autour de 98.000 barils quotidiens à des prix préférentiels de son allié Vénézuéla.

  • Depuis l’ouverture du sommet des non-alignés lundi, tout le monde attendait l’apparition du líder máximo. Mercredi soir, la télévision nationale cubaine a diffusé des photographies de Fidel Castro, amaigri et en pyjama. Le président cubain apparaît en compagnie de l’émissaire argentin au sommet des non-alignés, le député et écrivain Miguel Bonasso.

    Fidel Castro a profité de cet entretien pour apporter son soutien à Hugo Chavez et à sa bataille pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Chavez, fils spirituel de Castro est selon lui un « leader mondial en train de créer un modèle indestructible ».

    Raul Castro, qui assure l’intérim de son frère Fidel à la tête de Cuba, a fait jeudi sa première apparition officielle lors d’un événement international à l’occasion d’une réunion du Groupe des 15 pays en développement, à la veille de l’ouverture du sommet des pays Non-alignés à la Havane.

    Il en a profité pour salué l’Iran et d’autres pays en développement pour leur action en vue d’un « monde meilleur et plus juste ».

    Le président vénézuélien Hugo Chavez était également invité à se joindre au groupe.
    Selon lui, Fidel Castro, toujours en convalescence après son intervention chirurgicale aux intestins, « marche et chante », et il est pratiquement en assez bonne forme pour « jouer au base-ball ».

    Même malade et absent, Fidel Castro a toujours le don de concentrer l’actualité sur lui. La grande inconnue du sommet des Non-alignés reste de savoir si Fidel Castro participera en personne aux activités.

    Reste que pour la première fois, Cuba est dans l’incertitude sur le réel détenteur du pouvoir : Fidel Castro demeure invisible depuis son opération, et son successeur désigné Raul Castro brille pas son absence.

    Si Fidel Castro se décidait à mourir aujourd’hui, la veillée funèbre serait peuplée de gens plus nerveux qu’affligés. Pour Raúl Castro, son frère et héritier désigné, la prise de pouvoir ne serait plus aussi facile. Et encore moins l’exercice réel du pouvoir. Les témoignages selon lesquels Raúl Castro aurait été très lié au cartel de Medellín dans les années 1980 viennent de refaire surface. La nouvelle a éclaté il y a quelques semaines, par le biais d’une dépêche de Televisión Española : John Jairo Velásquez, surnommé Popeye, le bras droit et le chef de la sécurité de Pablo Escobar – le baron du cartel de Medellín, tué par balle en 1993 –, est passé à table. Depuis la prison de Bogotá, où il est détenu pour assassinat, il a donné toutes sortes de détails sur les étroites relations existant entre Raúl Castro et les barons de la drogue colombiens.

    Les militaires, le Parti communiste, le ministère de l’Intérieur et d’autres instances gouvernementales cubaines en sont convaincus : après la mort du Líder Máximo, l’île aura désespérément besoin d’une personnalité qui confère une légitimité internationale à un régime impopulaire et chancelant, totalement anachronique.

    Aussi ne peuvent-ils voir d’un bon œil la désignation à la tête de l’Etat d’un homme ayant trempé dans le trafic de cocaïne. Ce serait même dangereux, comme on a pu l’observer à Panamá, après l’invasion qui a renversé Noriega en décembre 1989. Personne au monde n’avait alors remué le petit doigt pour le défendre.

  • «Il est regrettable que la question des droits de l’Homme ne soit pas la réelle et véritable priorité du Mouvement des Non-alignés», a affirmé Elizardo Sanchez, président du Comité cubain pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN), illégal, mais toléré par les autorités.

    Le dissident a fustigé les pays membres du Mouvement des Non-alignés comme appartenant «aux pires et coutumiers violeurs des droits civils et politiques à l’échelle mondiale», citant outre Cuba, la Corée du nord, l’Arabie saoudite, la Syrie ou le Zimbabwe.

    Les chefs d’État et de gouvernement des 118 pays membres du MNA, qui se réunissent vendredi et samedi au plus haut niveau, sont appelés à défendre «tous les droits de l’Homme et les libertés fondamentales pour tous», selon le texte de la résolution finale. Toutefois, cette déclaration ne précise pas la définition des droits de l’Homme.

    «La majorité des délégations des membres à part entière (des Non-alignés), notamment ceux d’Afrique et d’Asie, représentent les régimes dictatoriaux ou les autorités touchées par la corruption, le népotisme», dénonce un rapport de la CCDHRN, diffusé mardi.

    Elizardo Sanchez a accusé le gouvernement cubain, qui occupera la présidence des Non-alignés durant trois ans à l’issue du sommet, de «violer, comme il l’a fait depuis des décennies, tous les droits civils, politiques et économiques».

    Le dissident a souhaité que les Non-alignés «montrent une meilleure volonté politique sur ce sujet» et de promouvoir des «programmes d’action pour l’amélioration de la situation des droits de l’Homme dans tous les pays».

    Selon la CCDHRN, quelque 300 prisonniers politiques sont actuellement détenus à Cuba.

    De son cotéReporters sans frontières entend rappeler à cette occasion que plusieurs chefs d’Etat connus pour leur mépris de la liberté de la presse et du pluralisme, comme l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad, le Pakistanais Pervez Musharraf ou le Vietnamien Nguyen Minh Triet feront le déplacement à La Havane où les recevra un autre prédateur de la liberté d’expression en la personne de Fidel Castro.

    Ce sommet ne doit pas servir de paravent à des gouvernements pour qui les déséquilibres Nord-Sud justifient la dictature, l’oppression et l’absence d’Etat de droit. L’organisation souligne également que « la protection et la promotion des droits de l’homme » comptent parmi les objectifs fixés dans le projet de document final qui sera soumis à l’approbation des pays membres au cours du sommet.

    On peut malheureusement s’attendre à ce que des pays comme l’Iran, l’Ouzbékistan, le Zimbabwe, la Libye ou le Bélarus paraphent une promesse qu’ils ne sont pas près d’honorer, sans oublier Cuba qui, en tant que président du Mouvement, devra veiller à ce qu’elle soit tenue. La référence à la charte des Nations unies et aux lois internationales dont se parent ces pays les oblige logiquement vis-à-vis de l’Onu et de la communauté internationale. Nous espérons que le sécrétaire général de l’Onu Kofi Annan saura le leur rappeler.

    Un très mauvais signe a déjà été donné à la veille du sommet par les autorités cubaines qui ont tout fait pour limiter la couverture de l’événement en expulsant des journalistes étrangers. Cuba demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine avec 23 prisonniers issus de la profession.

    Le Mouvement des non-alignés est né en septembre 1961 à Belgrade sous l’impulsion du maréchal yougoslave Tito, dont le but était de rassembler des pays refusant, à l’époque de la guerre froide, de se rallier aux Etats-Unis ou à l’URSS.

  • Un des premiers travail des futurs dirigeants de l’ère post castriste sera de renouer les fils de l’histoire coupés en 1959. En effet en bon disciple de l’agit-prop, Castro a réécrit l’histoire du Cuba d’avant la Révolution pour en faire un repoussoir au service de sa propagande.

    Ce travail de reconstruction s’avère indispensable puisqu’il permet aussi de faire une sorte de bilan des années de « socialisme héroïque ». Le Cuba de 1958 n’était certes pas un
    paradis, mais il n’était pas non plus l’enfer que décrit le discours officiel. Les indices économiques de Cuba en 1958 sont parlants : parmi les pays d’Amérique latine, Cuba se classait en 4 e position pour l’espérance de vie, et son PIB par habitant était alors comparable avec celui des pays pauvres d’Europe comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce.

    Le taux d’alphabétisation de Cuba était alors de 76,4 % soit la quatrième place sur le continent latino américain après l’Argentine, l’Uruguay et le Chili. Cuba comptait en 1958 une presse abondante : la troisième du continent latino américain en diffusion par habitant avec 58 quotidiens et 129 magazines. Son système de santé était très développé avec un lit d’hôpital pour 300 habitants (contre un pour 875 au Mexique à la même époque). Enfin, concernant la mortalité infantile, avec un taux de 32 pour mille, Cuba arrivait en 1957, en 13 e position devant….la France.

    Mais à Cuba le simple fait de rappeler quelques données critiques, peut coûter très cher : parmi les dissidents arrêtés en 2003 et les plus lourdement condamnés, figurent des journalistes économistes comme Oscar Espinosa Chepe, condamné à 18 ans de prison et en liberté provisoire depuis décembre 2004 pour raisons de santé.

    Le constat de Chepe sur les années Castro est sans appel :
    « Le soit disant « modèle » cubain n’existe pas : le pays n’a survécu qu’avec l’aide de l’Union Soviétique. Aujourd’hui cette aide a disparu et le bilan est catastrophique. L’industrie sucrière a pratiquement disparu : avec 2,1 millions de tonnes cette année, nous allons atteindre la moitié de la production de 1920 (4,2 millions de tonnes) et nous avons les rendements les plus bas du monde. Il y a plus grave : Cuba est complètement dépendant des importations pour ses besoins alimentaires de base. Selon les propres chiffres du gouvernement 55% des calories, 50% des protéines et 90% des graisses végétales sont importées de l’étranger. En 1957, Cuba comptait parmi les pays d’Amérique Latine en pointe pour l’élevage du bovin et la consommation de viande (0,9 tête de bétail par habitant). Aujourd’hui la viande de bœuf a disparu de l’assiette des Cubains : il ne reste que 4 millions de tête de bétail pour une population de 11 millions d’habitants. »

    Les données publiées par Chepe n’ont rien de subversif, mais au pays de la ‘novlangue’ castriste, une simple mise en perspective historique suffit à être catalogué parmi les « mercenaires au service d’une puissance étrangère ».

    Quant à l’état d’esprit des Cubains il est bien résumé par le sociologue Vincent Bloch (cite par Le Monde) « La population vit dans l’obsession de ne pas se faire remarquer. L’insuffisance des revenus et des services publics, l’impossibilité de respecter à la lettre toutes les règles concernant le logement, les transports ou les loisirs, l’irrationalité des normes de travail et de production, l’invraisemblance des lois, obligent à un viol systématique de la légalité, poursuit-il. Tout citoyen devient ainsi un coupable potentiel, devant se méfier des voisins, des collègues et des proches, sans parler des étrangers, dont la fréquentation est déconseillée. »

    En outre, « les Cubains sont plongés dans un univers de délation et d’endoctrinement depuis presque un demi-siècle. Cela pousse à adopter un comportement ambigu, dissimulé derrière la langue de bois et la participation aux manifestations officielles. On répond aux sollicitations pour éviter les sanctions, mais aussi par ambition, car seule l’adhésion ostensible à la révolution autorise l’ascension sociale. Les Cubains ont donc pris pour habitude de manier faux semblants et doubles registres. Personne ne vit de son seul salaire, personne ne croit à ce qu’on dit. »

    Il est vrai que les Cubains doivent supporter chaque jour une propagande abrutissante (sans compter les innombrables manifestations obligatoires du « peuple héroïque », sinon on perd son travail) alors qu’ils doivent se contenter d’un salaire mensuel médian de 240 pesos (soit 8 euros).
    Une rémunération misérable dont ne voudrait pas un journalier de l’Uttar Pradesh (en Inde le salaire horaire d’un travailleur non qualifié est de 0,5 dollar, 1 dollar pour un employé d’un centre d’appel).

    A ceci s’ajoutent bien entendu les menus inconvénients propres au système socialiste réputé sans classe, donc sans conflit : un syndicat unique au service du parti unique, et l’interdiction de faire grève bien entendu.

  • Succédant à la Malaisie, Cuba prend la présidence de ce mouvement fondé en 1961 à Belgrade, en pleine guerre froide, dans le sillage de la Conférence de Bandung de 1955, par les pays qui voulaient se distinguer de la bipolarisation du monde. Aujourd’hui, fort de ses 116 membres pour son 14e sommet, le Mouvement des pays non alignés représente les deux tiers de l’Assemblée générale des Nations unies. Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus les 15 et 16 septembre à La Havane, dont le Vénézuélien Hugo Chávez ou encore l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad.

    à la veille de l’ouverture du sommet, le ministre des Affaires étrangères cubain, Felipe Pérez Roque, a répondu en partie aux attentes du millier de journalistes accrédités à l’occasion de la première conférence de presse concernant la réunion du Mouvement des non-alignés. « Le président Fidel Castro dirige la délégation cubaine et recevra plusieurs personnalités, notamment le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan », a annoncé le chef de la diplomatie cubaine cité par Granma, le journal officiel de La Havane.

    Reste que pour la première fois, Cuba est dans l’incertitude sur le réel détenteur du pouvoir : Fidel Castro demeure invisible depuis son opération, et son successeur désigné Raul Castro brille pas son absence.

    Si Fidel Castro se décidait à mourir aujourd’hui, la veillée funèbre serait peuplée de gens plus nerveux qu’affligés. Pour Raúl Castro, son frère et héritier désigné, la prise de pouvoir ne serait plus aussi facile. Et encore moins l’exercice réel du pouvoir. Les témoignages selon lesquels Raúl Castro aurait été très lié au cartel de Medellín dans les années 1980 viennent de refaire surface. La nouvelle a éclaté il y a quelques semaines, par le biais d’une dépêche de Televisión Española : John Jairo Velásquez, surnommé Popeye, le bras droit et le chef de la sécurité de Pablo Escobar – le baron du cartel de Medellín, tué par balle en 1993 –, est passé à table. Depuis la prison de Bogotá, où il est détenu pour assassinat, il a donné toutes sortes de détails sur les étroites relations existant entre Raúl Castro et les barons de la drogue colombiens.

    Les militaires, le Parti communiste, le ministère de l’Intérieur et d’autres instances gouvernementales cubaines en sont convaincus : après la mort du Líder Máximo, l’île aura désespérément besoin d’une personnalité qui confère une légitimité internationale à un régime impopulaire et chancelant, totalement anachronique.

    Aussi ne peuvent-ils voir d’un bon œil la désignation à la tête de l’Etat d’un homme ayant trempé dans le trafic de cocaïne. Ce serait même dangereux, comme on a pu l’observer à Panamá, après l’invasion qui a renversé Noriega en décembre 1989. Personne au monde n’avait alors remué le petit doigt pour le défendre.

  • «Nous nous adressons à vous, non pour vous demander de l’aide pour poursuivre la guerre, mais pour vous demander de nous aider à trouver une solution politique au conflit social et armé dont souffrent les Colombiens depuis 60 ans», écrivent les FARC dans une missive envoyée au sommet du MNA et publiée sur leur site Internet.

    < Dans cette lettre, signée Raul Ryes, le numéro deux du mouvement rebelle, les FARC font part de leur disposition à envoyer leurs représentants dans les pays membres du MNA. De même, les FARC qui s’auto-qualifient de «guérilla la plus ancienne du monde», réaffirment leurs conditions pour procéder à un échange humanitaire avec le gouvernement du président colombien Alvaro Uribe. La guérilla marxiste, la plus importante du pays avec 17 000 combattants, mène depuis quatre ans un semblant de négociation via les médias avec le président Uribe, réélu le 28 mai. Chaque camp s’efforce de faire porter sur la partie adverse la responsabilité d’un échec. Les FARC réclament la libération de 500 guérilleros emprisonnés contre celle de 58 otages, des personnalités politiques et militaires dont trois Américains et la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, 44 ans, ex-candidate à l’élection présidentielle enlevée le 23 février 2002. Une initiative qui ne manque pas de surprendre car on sait que le régime de Fidel Castro a été un soutien et un allié de longue date de la guerilla marxiste en Colombie. Dans « Cuba Nostra » publié en 2005, les journalistes Alain Ammar et Jacobo Machover écrivent: « Le chef d’Etat cubain, qui désire ouvrir un nouveau front antiaméricain en Amérique latine avec l’argent du Venezuela, arme et soutien les FARC de concert avec son homologue « bolivarien » (Hugo Chavez), d’une manière directe avec des armes légères mais également grâce à un appui financier et des hôpitaux de campagne installés, selon des médecins cubains exilés ayant fui le Venezuela, à la frontière entre la Colombie et le Venezuela, et consacrés spécialement aux blessés des FARC. »

  • Cuba assume, à compter du 11 septembre 2006 et pour trois ans, la présidence tournante du Mouvement des non-alignés (MNOAL), dont La Havane accueille pour cinq jours le 14e sommet. Cinquante chefs d’Etat ou de gouvernement, 3 000 délégués de 116 pays membres (bientôt 118 avec l’adhésion prochaine d’Haïti et de Saint-Kitts et Nevis) et les représentants de plusieurs pays observateurs, comme la Chine, sont attendus dans la capitale de l’île du 11 au 16 septembre, en présence du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan.

    Ce sommet ne doit pas servir de paravent à des gouvernements pour qui les déséquilibres Nord-Sud justifient la dictature, l’oppression et l’absence d’Etat de droit. L’organisation souligne également que « la protection et la promotion des droits de l’homme » comptent parmi les objectifs fixés dans le projet de document final qui sera soumis à l’approbation des pays membres au cours du sommet.

    « Les chefs d’Etat et de gouvernement ont réaffirmé l’importance significative qu’attache le Mouvement à la promotion et à la protection des droits de l’homme, et à l’engagement de remplir les obligations destinées à promouvoir le respect universel, l’observance et la protection de tous les droits humains et libertés fondamentales en accord avec la charte des Nations unies, les autres textes relatifs aux droits de l’homme et les lois internationales », lit-on au paragraphe 193-1 du projet, entériné le 30 mai 2006 à Putrajaya (Malaisie).

    On peut malheureusement s’attendre à ce que des pays comme l’Iran, l’Ouzbékistan, le Zimbabwe, la Libye ou le Bélarus paraphent une promesse qu’ils ne sont pas près d’honorer, sans oublier Cuba qui, en tant que président du Mouvement, devra veiller à ce qu’elle soit tenue. La référence à la charte des Nations unies et aux lois internationales dont se parent ces pays les oblige logiquement vis-à-vis de l’Onu et de la communauté internationale. Nous espérons que le sécrétaire général de l’Onu Kofi Annan saura le leur rappeler.

    Un très mauvais signe a déjà été donné à la veille du sommet par les autorités cubaines qui ont tout fait pour limiter la couverture de l’événement en expulsant des journalistes étrangers. Cuba demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine avec 23 prisonniers issus de la profession.

    Benoît Hervieu
    Despacho Américas / Americas desk
    Reporters sans frontières
    5, rue Geoffroy-Marie
    75009 Paris – France