Catégorie : droits de l’homme

Situation des droits de l’homme à Cuba, répression et prisonniers politiques

  • Le 16 septembre 2006, le journaliste Odelín Alfonso a été arrêté chez lui par la Sécurité de l’Etat. Le 13 septembre, Alberto Gil Triay Casales, détenu à la prison de Valle Grande (ouest de La Havane), a entamé un grève de la faim pour protester contre la peine de sept ans de prison qu’il encourt pour « propagande subversive ».

    « Nous condamnons fermement la détention arbitraire d’Odelín Alfonso, déjà retenu par la Police nationale révolutionnaire en mai dernier. Nous sommes très inquiets du sort d’Alberto Gil Triay Casales, dont l’état de santé s’aggrave.
    Après avoir fait plusieurs infarctus, le journaliste souffre d’hypertension et d’un sérieux problème aux hanches qui risque de le laisser invalide s’il ne prend pas de traitement adapté.
    Nous demandons aux autorités cubaines de libérer ces deux journalistes, conformément aux engagements qu’elles ont pris en matière de droits de l’homme à l’issue du dernier sommet des non-alignés », a déclaré Reporters sans frontières.

    Odelín Alfonso a été arrêté à son domicile de La Havane par des agents de la Sécurité de l’Etat le 16 septembre. Le correspondant du site Cubanet (publié à Miami) avait déjà été retenu par la police politique en mai dernier et sommé de mettre fin à ses activités journalistiques. Odelín Alfonso s’est vu également interdire de poursuivre son travail de technicien en électronique pour son propre compte, sous peine de prison. Le journaliste a expliqué qu’il ne céderait pas à ces exigences.

    Alberto Gil Triay Casales, 55 ans, a débuté, le 13 septembre, une grève de la faim pour protester contre la peine qu’il encourt. Fondateur du centre d’information La Estrella Solitaria, il publiait chaque semaine ses articles sur le site Payolibre, basé à Miami.

    Arrêté le 9 novembre 2005, le journaliste avait d’abord été détenu vingt jours dans un Département technique d’investigation. A la suite de plusieurs infarctus, il avait été hospitalisé, puis transféré début décembre à la prison de Valle Grande. Son procès a eu lieu le 22 juin 2006 sans aboutir à l’énoncé d’un jugement. Il risque une peine de sept ans de prison pour « propagande subversive ».

  • Succédant à la Malaisie, Cuba prend la présidence de ce mouvement fondé en 1961 à Belgrade, en pleine guerre froide, dans le sillage de la Conférence de Bandung de 1955, par les pays qui voulaient se distinguer de la bipolarisation du monde. Aujourd’hui, fort de ses 116 membres pour son 14e sommet, le Mouvement des pays non alignés représente les deux tiers de l’Assemblée générale des Nations unies. Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus les 15 et 16 septembre à La Havane, dont le Vénézuélien Hugo Chávez ou encore l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad.

    à la veille de l’ouverture du sommet, le ministre des Affaires étrangères cubain, Felipe Pérez Roque, a répondu en partie aux attentes du millier de journalistes accrédités à l’occasion de la première conférence de presse concernant la réunion du Mouvement des non-alignés. « Le président Fidel Castro dirige la délégation cubaine et recevra plusieurs personnalités, notamment le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan », a annoncé le chef de la diplomatie cubaine cité par Granma, le journal officiel de La Havane.

    Reste que pour la première fois, Cuba est dans l’incertitude sur le réel détenteur du pouvoir : Fidel Castro demeure invisible depuis son opération, et son successeur désigné Raul Castro brille pas son absence.

    Si Fidel Castro se décidait à mourir aujourd’hui, la veillée funèbre serait peuplée de gens plus nerveux qu’affligés. Pour Raúl Castro, son frère et héritier désigné, la prise de pouvoir ne serait plus aussi facile. Et encore moins l’exercice réel du pouvoir. Les témoignages selon lesquels Raúl Castro aurait été très lié au cartel de Medellín dans les années 1980 viennent de refaire surface. La nouvelle a éclaté il y a quelques semaines, par le biais d’une dépêche de Televisión Española : John Jairo Velásquez, surnommé Popeye, le bras droit et le chef de la sécurité de Pablo Escobar – le baron du cartel de Medellín, tué par balle en 1993 –, est passé à table. Depuis la prison de Bogotá, où il est détenu pour assassinat, il a donné toutes sortes de détails sur les étroites relations existant entre Raúl Castro et les barons de la drogue colombiens.

    Les militaires, le Parti communiste, le ministère de l’Intérieur et d’autres instances gouvernementales cubaines en sont convaincus : après la mort du Líder Máximo, l’île aura désespérément besoin d’une personnalité qui confère une légitimité internationale à un régime impopulaire et chancelant, totalement anachronique.

    Aussi ne peuvent-ils voir d’un bon œil la désignation à la tête de l’Etat d’un homme ayant trempé dans le trafic de cocaïne. Ce serait même dangereux, comme on a pu l’observer à Panamá, après l’invasion qui a renversé Noriega en décembre 1989. Personne au monde n’avait alors remué le petit doigt pour le défendre.

  • Cuba assume, à compter du 11 septembre 2006 et pour trois ans, la présidence tournante du Mouvement des non-alignés (MNOAL), dont La Havane accueille pour cinq jours le 14e sommet. Cinquante chefs d’Etat ou de gouvernement, 3 000 délégués de 116 pays membres (bientôt 118 avec l’adhésion prochaine d’Haïti et de Saint-Kitts et Nevis) et les représentants de plusieurs pays observateurs, comme la Chine, sont attendus dans la capitale de l’île du 11 au 16 septembre, en présence du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan.

    Ce sommet ne doit pas servir de paravent à des gouvernements pour qui les déséquilibres Nord-Sud justifient la dictature, l’oppression et l’absence d’Etat de droit. L’organisation souligne également que « la protection et la promotion des droits de l’homme » comptent parmi les objectifs fixés dans le projet de document final qui sera soumis à l’approbation des pays membres au cours du sommet.

    « Les chefs d’Etat et de gouvernement ont réaffirmé l’importance significative qu’attache le Mouvement à la promotion et à la protection des droits de l’homme, et à l’engagement de remplir les obligations destinées à promouvoir le respect universel, l’observance et la protection de tous les droits humains et libertés fondamentales en accord avec la charte des Nations unies, les autres textes relatifs aux droits de l’homme et les lois internationales », lit-on au paragraphe 193-1 du projet, entériné le 30 mai 2006 à Putrajaya (Malaisie).

    On peut malheureusement s’attendre à ce que des pays comme l’Iran, l’Ouzbékistan, le Zimbabwe, la Libye ou le Bélarus paraphent une promesse qu’ils ne sont pas près d’honorer, sans oublier Cuba qui, en tant que président du Mouvement, devra veiller à ce qu’elle soit tenue. La référence à la charte des Nations unies et aux lois internationales dont se parent ces pays les oblige logiquement vis-à-vis de l’Onu et de la communauté internationale. Nous espérons que le sécrétaire général de l’Onu Kofi Annan saura le leur rappeler.

    Un très mauvais signe a déjà été donné à la veille du sommet par les autorités cubaines qui ont tout fait pour limiter la couverture de l’événement en expulsant des journalistes étrangers. Cuba demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine avec 23 prisonniers issus de la profession.

    Benoît Hervieu
    Despacho Américas / Americas desk
    Reporters sans frontières
    5, rue Geoffroy-Marie
    75009 Paris – France

  • Hugo Chavez se lamente au Vietnam ; Evo Morales sort son mouchoir rouge du poncho ; le président chinois, Hu Jintao, tape sur son ordinateur un télégramme triste que lui dicte Mao ; il y a des fêtes, des défilés et des discours à Miami ; des hommes et des femmes donnent leur avis à Mexico, Madrid et Buenos Aires. A Cuba, personne ne dit rien. Il y règne un silence plus grand que la nuit et à la télévision officielle un enfant murmure : « Les médecins vont le guérir. C’ est un homme bon. »

    C’est tout. Là-dessus coulent le sirop tropical du triomphalisme et la chanson de l’éternité. Jusque dans ces moments-là, ou plus que jamais dans une telle circonstance, les contrôles, les fers, les cadenas qui enferment les 11 millions de Cubains sautent aux yeux.

    La passation de pouvoir dans l’île et la soudaine gravité de l’état de Fidel Castro provoquent des réactions dans le monde entier. Sauf dans le pays qui l’a supporté pendant un demi-siècle, sauf dans les foyers où vivent les membres restants des familles dispersées, sauf sur les lieux de travail où les employés oeuvrent pour un salaire de misère, sauf dans les unités militaires où nombre d’officiers et de soldats plongent dans des pensées profondes.

    Le gouvernement contrôle la parole et ce peuple n’y a pas droit. Dans aucune circonstance. De même qu’il n’a rien à voir dans aucune cérémonie sociale, dans aucun événement en rapport avec son présent ni avec son avenir. Le peuple est une ombre que l’on sort dans la rue pour qu’elle prenne peur et à qui l’on ordonne ensuite de rentrer pour que croisse cette peur. Une masse informe à qui l’on ment pour qu’elle s’endorme.

    L’opposition pacifique, la presse indépendante, les militants des droits de l’homme, les démocrates qui se sont montrés de face, à visage découvert ? Cernés, surveillés, traqués jusque dans leur maison, le téléphone sur écoutes et une brigade paramilitaire en faction au cas où ils veuillent s’aventurer au coin de la rue. Une telle paix semble peu croyable, à moins qu’elle ne vienne de la contrainte ; une telle tranquillité, si les gens ne savaient pas – pour l’avoir vécu – que derrière le discours d’amour, il y a un tank. Tout comme derrière l’obsession à fabriquer des médecins et à inventer des instituteurs en deux semaines seulement se cache le mépris pour la santé et l’éducation. C’est un étendard sombre que l’on éclaire d’une lumière artificielle quand on le montre au monde.

    Jusqu’à maintenant, il est vrai qu’ils ont pu conserver leur goût du secret, les mystères, les pièges, les manipulations possibles dans une société dont 70 % des citoyens (nés après 1959) n’ont jamais vécu en démocratie, ne connaissent pas la liberté et sont bourrés de propagande. Mais il semble que puisse venir la dernière saison du mystère, des barrages, des masques parce que les dictatures personnelles sont ce qu’elles sont : des dictatures et personnelles. Elles ne se partagent pas comme une liasse de billets ou comme un butin dans une bande de pirates.

    Ecoutez bien les derniers silences du communisme créole parce qu’ils ne reviendront pas. Ecoutez-les bien, là-bas, sous la terreur policière.

    Parce que l’on sait qu’un chemin vient de s’ouvrir et que des milliers d’hommes et de femmes parcourent maintenant leurs labyrinthes avec cette philosophie pragmatique des vieux bagnards : faire des petits pas et voir loin

    Raul Rivero

    Raúl Rivero est né en 1945. Après des études de journalisme à l’université de La Havane, il se met au service de la révolution de Fidel Castro, et entre à l’agence de presse officielle Prensa Latina. Sa rupture avec le régime castriste date de la fin des années 80 : en 1989, il quitte l’Union des écrivains et artistes cubains, et signe en 1991  » La lettre des 10 « , pétition demandant à Fidel Castro des élections libres et la libération des prisonniers politiques. En 1995, il fonde l’agence indépendante Cuba Press. Il est aujourd’hui le seul cosignataire de  » La lettre des 10  » à demeurer à Cuba, en dépit des pressions, des menaces et des arrestations :  » dans l’espace qui existe entre partir et revenir, il faut fonder la permanence, parce que rester sera toujours un antidote contre le désenchantement et un venin contre l’oubli « . Sa liberté de circuler a été restreinte, il a été séquestré et menacé à plusieurs reprises, sa famille intimidée et ses documents confisqués. Depuis le mois de mai 2000, il faisait partie de la Société de Journalistes  » Manuel Marquez Sterling « , qui s’est donné pour mission la promotion de la liberté d’expression et d’information, ainsi que la formation professionnelle de journalistes cubains.

    Au printemps 2003, le journaliste Raul Rivero a été arrêté avec 28 de ses collègues et condamné à 20 ans de prison. Libéré pour raisons de santé en novembre 2004, il vit en exil en Espagne.

  • Juan Carlos Robinson Agramonte, membre du Bureau politique du Parti communiste cubain (PCC) jusqu’en avril dernier, date de son exclusion du PCC, a été condamné à 12 ans de prison pour « trafic d’influence », a annoncé mercredi un communiqué du Bureau politique, publié en page deux de Granma, organe central du PCC.

    Comme toujours en pareil cas à Cuba, les véritables raisons de cette condamnation sont impossibles à deviner derrière l’intitulé des charges reprochées à l’accusé.

    « Après examen des preuves et des allégations de l’accusation et de la défense, le Tribunal a jugé l’accusé responsable du délit de trafic d’influence à caractère répété et lui a imposé une sanction de 12 ans de privation de liberté », précise le communiqué

    « Dans la sentence prononcée, il est démontré que Robinson Agramonte (…), a oublié ses hautes responsabilités et l’honnêteté exigée de la part d’un cadre révolutionnaire et a fait usage de son influence en vue d’en tirer des bénéfices », ajoute le communiqué, qui ne fournit toutefois aucune indication précise sur les faits reprochés à l’ancien responsable.

    Agé de 49 ans et depuis neuf ans l’un des 23 membres du Bureau politique, Juan Carlos Robinson avait été exclu à grand fracas du PCC le 28 avril dernier, au cours d’une réunion de cette instance présidée directement par le chef de l’Etat, Fidel Castro, également premier secrétaire du PCC.

    Selon le communiqué officiel d’alors, le dirigeant, « malgré des avertissements répétés » de ses pairs, avait conservé une attitude de « toute-puissance, de morgue, d’abus de pouvoir, d’ostentation dans ses fonctions, d’indiscrétions et d’affaiblissement de ses principes moraux ».

    En outre, Juan Carlos Robinson était accusé « d’attitudes malhonnêtes incompatibles avec la conduite d’un communiste et encore plus de la part d’un cadre du parti », d’après le communiqué qui concluait qu’ »une enquête était en cours sur les conséquences légales » de ses agissements.

    C’est la première fois qu’une sanction frappe publiquement un dirigeant cubain de haut niveau depuis l’exclusion en juillet 2002 du Bureau politique et des rangs du PCC de l’ex-chef de la diplomatie cubaine Roberto Robaina, limogé par Fidel Castro en mai 1999. Roberto Robaina n’avait cependant pas été traduit devant la justice, ni condamné, à l’issue de son exclusion du Parti Communiste et du gouvernement.

    Un autre membre du Bureau politique, Carlos Aldana, chargé de l’idéologie, avait également fait l’objet d’une exclusion, révélée en octobre 1992.

    Mais hormis plusieurs proches de Fidel Castro au début de la révolution, il faut remonter à 1989 et à « l’affaire Ochoa » pour qu’un membre de la haute hiérarchie cubaine -à l’époque le général José Abrantes, ministre de l’Intérieur et membre du comité central- soit jeté en prison.

    José Abrante avait été alors jugé par un tribunal militaire qui l’avait condamné en septembre 1989 à 20 ans de prison pour divers « abus de position ». Il est mort en prison d’un infarctus en janvier 1991.

    Son cas était lié à celui du général Arnaldo Ochoa, héros de l’intervention militaire cubaine en Angola, fusillé le 12 juillet 1989 avec son aide de camp Jorge Martinez Valdes, et deux haut responsables du ministère de l’intérieur (dont le colonel Antonio de La Guardia) sous l’accusation de trafic de drogue, au cours d’un procès expéditif sans aucune garantie de défense pour les accusés.

  • Reporters sans frontières regrette cette politique timorée dont l’inefficacité a pu être constatée durant ces trois dernières années. Le Conseil a lui-même reconnu que « la situation des droits de l’homme à Cuba (s’était) encore détériorée depuis juin 2005 » et que « le nombre de prisonniers politiques avait augmenté au cours des douze derniers mois ».

    Face à ce triste constat, une redéfinition de la position de l’Union européenne envers Cuba semble logique. Certes, la mise en place de sanctions économiques n’est pas souhaitable, mais l’utilisation de sanctions politiques permettrait de rappeler le gouvernement à ses obligations. Ces dernières seraient un outil de pression approprié pour inciter les autorités cubaines à prendre leurs responsabilités en ce qui concerne les droits fondamentaux.

    Reporters sans frontières rappelle que vingt journalistes sont encore emprisonnés depuis la vague de répression de mars 2003 et que quatre autres ont été arrêtés au cours de l’été 2005. Depuis le « printemps noir » de 2003, les journalistes encore en exercice sont soumis à une pression constante des autorités. Une nouvelle vague de répression politique sévit depuis le début de l’année 2006.

    Elle prend la forme d’actions violentes et intimidantes, notamment envers la presse indépendante, comme l’illustre l’arrestation d’Armando Betancourt, journaliste indépendant, arrêté le 23 mai. Enfin, le gouvernement refuse d’accorder une connexion Internet à Guillermo Fariñas dont l’état de santé s’est dramatiquement détérioré depuis le début de sa grève de la faim, le 31 janvier 2006.

    La décision de l’UE est en effet difficile à comprendre alors même qu’elle indique dans son rapport que :

    « L’organisation, depuis 2005, de dizaines d’actes violents de harcèlement et d’intimidation, y compris d’actes dits de répudiation, est un sujet de préoccupation particulière. Le Conseil a fait part de l’inquiétude que lui inspirent les informations selon lesquelles certains actes de « répudiation » ont lieu avec la complicité de la police et des forces de sécurité. En tout état de cause, les autorités cubaines ne respectent pas l’obligation qui leur incombe de protéger tous les citoyens. Le Conseil a invité instamment le gouvernement cubain à prendre sans tarder des mesures visant à mettre fin à la vague actuelle de harcèlement et à s’efforcer d’empêcher réellement qu’elle reprenne. »

  • Les 25 ont adopté lundi à Luxembourg une déclaration en ce sens, en soulignant qu’ils voulaient mener un «dialogue critique et complet» avec Cuba «à tous les niveaux».

    Dans cette déclaration, ils ont néanmoins «déploré la nouvelle détérioration de la situation des droits de l’Homme» sur l’île depuis un an, et redemandé «la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques».

    Les ministres se sont également dits inquiets du «retour en arrière» de Cuba qui avait fait de timides efforts d’ouverture économique, «limitant ainsi encore plus l’espace laissé aux initiatives économiques privées».

    Les 25 ont maintenu la suspension des sanctions malgré l’opposition de la Répulique Tchèque, qui demandait un retour à une politique plus dure envers le régime de Fidel Castro.

    La République tchèque est, au sein de l’UE, l’un des principaux partisans d’une reprise des sanctions.

    Avec l’appui de la Pologne et de la Slovaquie, Prague a souvent dénoncé l’échec de la politique de «dialogue» menée par l’UE avec Fidel Castro depuis 1995.

    L’UE avait décidé en juin 2003 d’imposer des sanctions contre Cuba, après l’arrestation de quelque 75 opposants au régime castriste.

    L’UE avait alors décidé de limiter les visites européennes de haut niveau sur l’île et d’inviter les dissidents aux fêtes nationales organisées par les ambassades de l’UE à La Havane, provoquant la colère des autorités cubaines.

    Sous l’impulsion de l’Espagne, les 25 avaient cependant décidé en janvier 2005 de suspendre ces sanctions. Cette suspension avait ensuite été renouvelée jusqu’au 1er juillet 2006, d’où la nécessité de se prononcer à nouveau pour la période commençant après cette date.

    extrait du texte officiel adopté par l’Union européenne.

    L’UE reprendrait avec plaisir un dialogue politique avec les autorités cubaines. Ce dialogue devrait porter notamment sur la question des droits de l’homme et avoir lieu sur une base réciproque et non discriminatoire. Le Conseil a engagé le gouvernement cubain, en vue de favoriser un dialogue positif et mutuellement bénéfique, à montrer qu’il était prêt au dialogue en apportant des améliorations concrètes à la situation en matière de droits de l’homme. Le Conseil a souligné que tous les visiteurs de haut niveau devraient faire part aux autorités cubaines des préoccupations que suscite la situation en matière de droits de l’homme.

  • Car tel était bien le projet initial qui regroupait des hommes venus souvent d’horizons très différents : or comme l’immense majorité des membres de la guerilla, Huber Matos n’est pas communiste.


    Cela ne l’empêche pas d’obéir loyalement aux ordres de Castro, (qui s’est toujours déclaré farouchement anti communiste à cette époque), dont il critique parfois ouvertement le coté autocrate et désordonné. On apprend d’ailleurs dans le récit de Matos, que la drogue, plus précisément la culture de marijuana servait déjà à financer Castro alors qu’il était encore dans la Sierra Maestra. On apprend aussi que Fidel Castro est un trouillard maladif et que ses faits d’armes sont tout simplement inexistants : il se débrouille toujours pour être très loin des tirs et des affrontements, toujours parce que « ses camarades l’ont supplié de ne pas prendre de risques ».

    Après la fuite de Batista et l’entrée de l’armée rebelle à La Havane en janvier 1959, Huber Matos assiste impuissant à l’infiltration progressive du mouvement par les communistes, alliés de Raul Castro, qui pour la plupart n’ont d’ailleurs jamais participé aux combats dans la Sierre Maestra. Beaucoup d’opportunistes médiocres affidés des bureaucrates du PC débarquent alors de La Havane pour donner des ordres à ceux qui ont combattu pour la liberté, et pas pour passer d’une dictature à une autre. C’est pourtant ce qui va se passer.
    Les exécutions sommaires avec ou sans « jugement » se multiplient dans tout le pays et en particulier à la prison de la Cabana à La Havane sous la direction de Che Guevara.

    Commandant de la région de Camaguey, Huber Matos commence à prendre ses distances avec Fidel Castro qui esquive ses questions sur la dérive communiste de la Révolution. Lassé de ne pas être entendu, il remet sa lettre de démission à Castro, qui est publiée en annexe de son livre. Ce sera d’ailleurs son seul crime. Une trahison inacceptable pour Castro qui le fait condamner à 20 ans de prison au cours d’un « procès », monté de toutes pièces, et qui ne sera pas le dernier de la sinistre histoire judiciaire de la révolution cubaine.

    Le témoignage d’ Huber Matos montre bien que dès le départ la révolution cubaine a été un régime parfaitement stalinien avec ses purges, ces procès truqués et ses camps de prisonniers. Ce témoignage capital est en fait l’équivalent des premiers témoignages sur le Goulag en Union Soviétique dans les années 50 : ignoré aujourd’hui, il sera un jour certainement redécouvert lorsque l’histoire des crimes du castrisme sera enfin clairement établie.

    Car la torture est pratiquée massivement dans le Cuba de Fidel Castro, non pas de manière brutale et sanglante comme dans les dictatures militaires d’Amérique Latine, mais avec le raffinement appris dans les écoles d’Allemagne de l’Est ou d’Union soviétique. A Cuba on a des principes : on assassine pas purement et simplement les opposants comme un vulgaire Pinochet. On les laisse pourrir dans un cachot humide sans fenêtres, éclairé en permanence, sans sommeil et en compagnie des rats et des cafards; pendant 10, 20 et parfois 30 ans. Parfois un simple cube de béton de 3 mètres sur 3, où le détenu dort à même le sol ou dans ses excréments afin de l’humilier le plus possible, suffit à pousser les récalcitrants vers la folie et le suicide.

    Harcelés, humiliés, interrogés au milieu de la nuit, puis emmenés au milieu de nulle part pour un simulacre d’exécution, jusqu’à l’épuisement, la démence, ou la rééducation, quand celle-ci fait éventuellement partie du programme. Car c’est toute la différence entre le bourreau communiste et le bourreau nazi : le bourreau communiste n’est pas une vulgaire brute avide de sang. Il veut le rachat de l’opposant qui n’a rien compris à toutes les merveilles du système, en un mot il rééduque. Nuance.

    Avec cette particularité du castrisme qu’est son exceptionnelle longévité. C’est ce qui permet d’infliger aux opposants des peines de 20 à 30 ans (Mario Chanes de Armas), que la plupart de ces prisonniers, tout comme Huber Matos, effectueront souvent jusqu’au dernier jour. Bon nombre de prisonniers politiques, verront aussi leur peine prolongée d’un ou deux ans(comme Angle de Fana) à l’issue de leur condamnation de 20 ans, pour achever de les briser psychologiquement.

    Lorsqu’on demande à Huber Matos de porter l’uniforme des détenus de droit commun, il refuse. On lui confisque ses vêtements et il reste plus d’une année en caleçon dans sa cellule où les murs suintent l’humidité. Pour récupérer son uniforme il entame une grève de la faim : on le frappe et l’alimente de force avec un tuyau dans lesquels on verse de la soupe bouillante.
    Au bout de six mois de ce traitement , il pèse 55 kg et est à moitié sourd. Alors qu’il est en train de mourir , un « médecin » du G2 (la police politique cubaine) est chargé de le « soigner ». Pour s’assurer qu’il est encore en vie il lui enfonce régulièrement le talon de sa chaussure dans l’estomac, ou lui casse quelques cotes pour voir s’il a encore la force de crier. On lui arrache une dent en mauvaise état sans anesthésie, et autres traitement médical « de faveur ». A la suite d’un des nombreux tabassages dont il est victime, son bras est à moitié paralysé : on commence à le soigner au bout d’un an.

    Toutes ces souffrances interviennent bien entendu dans l’isolement le plus total : la famille proche de Matos(sa femme et ses enfants) exilée au Costa Rica pense qu’il a été exécuté comme beaucoup d’autres opposants morts « accidentellement » ou de « maladie » à Cuba.
    La mère de Matos meurt pendant sa détention, mais il n’est pas autorisé à se rendre aux funérailles. Tout est prétexte aux humiliations et aux brimades et pressions psychologiques : plusieurs fois on le prépare à des visites de sa famille, qui n’auront jamais lieu, annulées au dernier moment. Sa cousine Tina et son père, très âgé, tous deux restés à Cuba se déplacent parfois de l’autre bout de l’île pour le voir : quand ils sont là , le G2 fait chanter Matos. « Signe ta confession et tu pourras voir ton père ». Résultat, Huber Matos ne vois pas sa famille pendant sept années de suite.

    Une autre méthode bien connue du G2 et qui ne sera pas épargnée à Matos : l’organisation d’un nouveau procès, juste avant la fin de sa peine. On le rejuge pour « conspiration » dans la prison et le menace de le recondamner à une nouvelle peine après ses vingt ans de prison. Cette petite « blague » a déjà réussi à pousser au suicide plusieurs compagnons de cellule de Matos, mais lui refuse de se prêter au jeu de ses tortionnaires.

    Quand aux intellectuels européens, ils sont trop occupés à encenser les bienfaits du castrisme (éducation, santé etc..) et ils conspuent ces contre révolutionnaires qui font le jeu de l’impérialisme américain. Certains n’ont d’ailleurs aujourd’hui pas beaucoup changé et préfèrent passer des centaines d’heures à jouir des privilèges, et de la compagnie de Fidel Castro, plutôt que d’entendre les cris de souffrances en provenance des cachots bondés du « paradis socialiste ».

    Leur argument est toujours le même : la répression est justifiée à Cuba à cause de l’embargo américain. Et puis c’est bien connu à Cuba les pauvres sont soignés et éduqués, ce qui n’est évidemment pas les cas aux Etats Unis. D’ailleurs c’est bien connu, chaque année, des milliers de pauvres américains tentent de gagner clandestinement Cuba en radeau pour se faire soigner correctement et apprendre à lire et à écrire à leurs enfants analphabètes.

    La vérité c’est que Cuba est un pays ruiné, que même la perfusion de pétrodollars de Chavez ne réussit plus à maintenir à flots. Après 47 années de dictature aux mains d’un mégalomane, tortionnaire méthodique de tous ses opposants et bourreau de son peuple (selon l’organisation cubaarchive.org, le régime castriste est directement responsable de la mort et de la noyade d’au moins 9240 Cubains), Cuba n’est plus qu’une ruine à reconstruire, un champ de bataille livré à la folie d’un homme seul, le « comandante », que les Cubains ont renommé el « coma andante » (le coma qui marche).
    Quand a Fidel Castro, sa fonction de chef d’Etat le met pour le moment à l’abri des poursuites judiciaires, contrairement à Pinochet, qui fait pourtant figure d’amateur avec ses quinze années de dictature et ses 3000 disparus.