Catégorie : droits de l’homme

Situation des droits de l’homme à Cuba, répression et prisonniers politiques

  • Václav Havel, ancien président de la République Tchèque, a fondé le Comité international pour la démocratie à Cuba. Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’État des États-Unis, André Glucksmann, philosophe français, Arpád Göncz, ancien président de Hongrie, Vytautas Landsberg, ancien président de Lituanie et Adam Michnik, ancien dissident polonais et rédacteur en chef de Gazeta Wyborcza, ont co-signé ce texte.

    Terreur tranquille chez Fidel Castro

    Ce printemps marque le troisième anniversaire de la vague de répression au cours de laquelle le régime de Fidel Castro a arrêté et infligé de longues peines d’emprisonnement à 75 dissidents cubains. Peu après, j’avais formé avec de nombreux amis le Comité international pour la démocratie à Cuba.

    La bravoure de ceux qui avaient obéi à leur conscience et vaincu leur peur pour se dresser contre la dictature communiste reste très présent dans ma mémoire.
    Cela me rappelle l’automne 1989 et l’irrésistible mouvement de libération qui, parti de la place Wenceslas à Prague, gagna l’ensemble de ce qui était encore la Tchécoslovaquie.

    C’est pour cela que j’ai sonné l’alarme lors de la Conférence pour la démocratie à Cuba que notre Comité avait tenue à Prague il y a trois ans. Je voulais attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des droits de l’homme à Cuba, soutenir l’opposition dans ce pays et y encourager toutes les forces démocratiques.

    L’Union européenne décréta alors des sanctions diplomatiques contre le régime de Castro. Même si elles étaient surtout symboliques, ces sanctions représentaient un geste important.

    Pourtant, c’est la position inverse qui peu de temps après s’imposa à Bruxelles.
    L’UE a ouvert le dialogue avec le régime cubain, les sanctions ont été suspendues sous condition et les dissidents se sont même clairement vu signifier qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans les ambassades de plusieurs pays démocratiques.

    Le lâche compromis et l’alibi politique, comme si souvent dans l’Histoire, ont ruiné une politique qui reposait sur des principes. En échange, La Havane a fait une fausse concession en libérant quelques-uns des prisonniers politiques, torturés et gravement malades, dont le régime craignait qu’ils ne meurent dans ses prisons tristement célèbres.

    Ceux d’entre nous qui vivent dans les nouvelles démocraties européennes post-communistes furent les victimes du même genre d’arrangements politiques à l’époque où ils étaient enfermés derrière le rideau de fer.

    Nous connaissons aussi très bien l’argument selon lequel la sagesse européenne a évité des arrestations de masse. Il reste que la démocratie a montré sa faiblesse et que, du coup le régime cubain a adapté sa tactique à ce constat.
    Des organisations respectées comme Reporters sans Frontières et Amnesty International ont recueilli de nombreuses preuves de violences et d’intimidations qui visent les esprits libres persistant à s’exprimer à Cuba.

    Dans leur cas, les choses se terminent plus souvent à l’hôpital que devant les tribunaux. Des groupes de «combattants de la révolution», en réalité la police secrète cubaine, brutalisent les opposants et les accusent de crimes absurdes dans l’espoir de les intimider ou de les forcer à émigrer. Sur l’île, de tels harcèlements organisés sont appelés «actos de repudio» des «actes de rejet».
    La violence politique qui se camoufle en agressions criminelles dans la rue n’est jamais facile à prouver.

    Contrairement aux longues peines de prison qui, ailleurs, frappent les dissidents, cette technique répressive n’attire pas comme elle le devrait l’attention du reste du monde. Pourtant, des milliers d’anciens prisonniers politiques d’Europe centrale et de l’Est peuvent attester du fait qu’un coup de pied flanqué dans la rue par un membre de la police secrète est aussi douloureux qu’un coup de pied asséné par un gardien derrière les portes d’une prison.

    L’impuissance de la victime face à de telles agressions organisées par l’État et aux menaces contre la famille est ressentie de la même manière que l’impuissance du suspect harcelé par la police lors d’une investigation des services de sécurité.

    Enfin, ils sont nombreux les hommes politiques européens qui, ayant cherché à enquêter, se sont retrouvés interdits d’accès au territoire cubain
    Certains Européens considèrent Cuba comme un pays lointain dont le sort ne peut que leur être indifférent car le Vieux continent est suffisamment occupé avec ses propres problèmes. Mais ce que les Cubains subissent aujourd’hui fait partie de notre histoire européenne.

    Ce sont les Européens qui, après avoir inventé le communisme, l’exportèrent dans le monde entier pour finalement en payer chèrement le prix des décennies durant.

    Qui donc mieux que les Européens peut être au courant de chacun des tourments infligés au peuple cubain ?
    L’humanité continuera de payer le prix du communisme aussi longtemps que nous n’aurons pas appris à affronter cette idéologie avec esprit de décision et responsabilité politique.

    Nous avons de nombreuses occasions d’agir dans ce sens, en Europe et à Cuba.
    Il n’est pas surprenant que les nouveaux pays membres de l’UE aient apporté à l’Europe une expérience historique nouvelle et, avec elle, beaucoup moins de compréhension et de tolérance à l’égard des concessions et des compromis.

    Les représentants des États-membres de l’UE se réuniront à Bruxelles à la mi-juin pour décider d’une politique commune vis-à-vis de Cuba. Les diplomates européens devraient soigneusement peser les conséquences d’une politique d’apaisement à l’égard du régime de Castro.

    Ils devraient en profiter pour démontrer qu’ils ne fermeront jamais les yeux sur les détestables pratiques de La Havane et qu’ils se refuseront toujours à ignorer les souffrances des prisonniers politiques cubains. Nous ne devons jamais oublier les victimes anonymes des «actes de rejet» de Castro.

    Par Václav Havel, Madeleine Albright, André Glucksmann, Arpád Göncz, Vytautas Landsbergis et Adam Michnik

    Copyright: Project
    Syndicate, 2006.
    www.project-syndicate.org
    Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot.

  • Les restrictions à la liberté d’expression, d’association et de mouvement demeuraient un sujet de préoccupation majeur. Environ 70 prisonniers d’opinion étaient toujours incarcérés. Cette année encore, l’embargo des États-Unis a eu des effets négatifs sur les droits humains dans le pays. La situation économique s’est dégradée et les pouvoirs publics ont tenté de mettre fin à l’entreprenariat privé. Plus de 30 prisonniers se trouvaient encore dans le quartier des condamnés à mort ; aucune exécution n’a eu lieu.

    Contexte

    Au niveau international, la préoccupation suscitée par l’absence de progrès dans le domaine des droits civils et politiques n’a cessé de croître. En avril, dans un contexte fortement influencé par des enjeux politiques, la Commission des droits de l’homme [ONU] a une fois encore condamné le bilan cubain en matière de droits humains.
    Les autorités ont maintenu sous étroite surveillance ceux qui se montraient critiques à l’égard du régime, et elles ont gardé en détention plusieurs défenseurs des droits humains et opposants politiques. En mai, toutefois, l’Asamblea para promover la sociedad civil (Assemblée pour la promotion de la société civile), une coalition de plus de 350 organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes, a organisé le plus grand rassemblement d’opposants jamais observé à Cuba.
    Les pouvoirs publics ont lancé une grande campagne de lutte contre l’économie informelle et contre la corruption généralisée dans le secteur public.

    Prisonniers d’opinion

    Les arrestations pour délit d’opinion ont continué et des personnes ayant exprimé leur point de vue, même de manière pacifique, ont été condamnées. Un certain nombre de détenus ont été libérés pour raisons de santé.
    René Gómez Manzano et César López Rodríguez figuraient parmi les personnes qui ont été arrêtées à La Havane pour avoir participé à une manifestation antigouvernementale pacifique le 22 juillet. De même que huit autres personnes, le premier, membre de l’Assemblée pour la promotion de la société civile, a été maintenu en détention dans l’attente de son procès.
    Le 13 juillet, une vingtaine de personnes ont été interpellées lors d’une cérémonie pacifique organisée à La Havane pour commémorer le naufrage du remorqueur 13 de Marzo : en 1994, environ 35 personnes avaient péri en tentant de fuir Cuba à bord de cette embarcation qui aurait été éperonnée par les autorités cubaines. Six d’entre elles sont restées en détention sans inculpation et une autre a été condamnée à un an d’emprisonnement pour « dangerosité prédélictuelle », définie comme la « propension particulière d’une personne à commettre des délits, attestée par une conduite en contradiction évidente avec les normes de la morale socialiste ».
    Le 1er décembre, le prisonnier d’opinion Mario Enrique Mayo Hernández, condamné à vingt ans de détention en 2003, a bénéficié d’une libération conditionnelle pour raisons de santé.

    Restrictions à la liberté d’expression, d’association et de mouvement

    Des militants des droits humains, des opposants politiques et des syndicalistes ont été la cible d’actes de harcèlement et d’intimidation souvent imputables aux Brigades d’intervention rapide, des groupes quasiment officiels qui auraient agi en collusion avec des membres des forces de sécurité.
    Cette année encore, la liberté d’expression et d’association a été visée. Tous les médias autorisés étaient sous le contrôle des autorités et les médias indépendants demeuraient interdits. Les journalistes indépendants qui publiaient des articles à l’étranger s’exposaient à des manœuvres d’intimidation et de harcèlement, et pouvaient être emprisonnés. Les défenseurs des droits humains risquaient eux aussi de faire l’objet d’actes d’intimidation et d’être arêtes arbitrairement ou pour des motifs politiques.
    Les lois relatives à la diffamation, à la sûreté nationale et au trouble à l’ordre public, invoquées pour arrêter et emprisonner les journalistes, n’étaient pas conformes aux normes internationales.
    Selon l’ONG internationale Reporters sans frontières, 24 journalistes étaient en prison à la fin de 2005.
    Oscar Mario González Pérez, journaliste indépendant, a été arrêté le 22 juillet après avoir couvert une manifestation. Il est resté en détention sans être inculpé.

    En 2005, des restrictions étaient encore imposes aux opposants tentant de se rendre à l’étranger.
    Miguel Sigler Amaya, membre du Movimiento Opción Alternativa (Mouvement d’option alternative), non officiel, et sa famille ont été arrêtés et places en détention à l’aéroport international de La Havane alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer dans un avion à destination des États-Unis, dûment munis des visas de réfugiés nécessaires à leur sortie du pays. Ils ont été remis en liberté plusieurs jours plus tard et sont finalement partis de Cuba le 5 octobre. Guido et Ariel, deux frères de Miguel Sigler Amaya et tous deux prisonniers d’opinion, continuaient de purger des peines de vingt et vingt-cinq ans d’emprisonnement respectivement.

    En décembre, des représentantes de Las Damas de Blanco (Les Dames en blanc), un groupe de parentes de prisonniers qui, depuis mars 2003, manifestent chaque dimanche pour demander la libération de leurs maris, de leurs frères ou de leurs fils, se sont vu refuser l’autorisation de se rendre à Strasbourg pour y recevoir le prix Sakharov de la liberté de pensée, décerné par le Parlement européen.

  • L’organisation non gouvernementale dont le siège est à Paris « Reporters sans frontières » dénonce la brutalité et l’arbitraire des arrestations d’Odelín Alfonso, correspondant régulier du site Cubanet (http://www.cubanet.org), et de Milisa Valle Ricardo, de l’agence Jóvenes sin Censura (jeunes sans censure), dans la journée du 13 mai 2006. La seconde a été relâchée, mais le premier reste détenu sans qu’aucune charge précise lui ait été notifiée.

    « Ces arrestations relèvent, une fois encore, de l’arbitraire et du déni de justice. Aucun motif réel ne vient expliquer ces actes de répression. Il s’agit d’une manoeuvre d’intimidation pure et simple, dirigée contre des opposants pacifiques dont le sort varie, semble-t-il, selon l’humeur de leurs geôliers. Nous espérons qu’Odelín Alfonso sera libéré dans les plus brefs délais », a déclaré Reporters sans frontières.

    Odelín Alfonso, membre du Parti libéral orthodoxe et correspondant du site Cubanet, a été arrêté avec son épouse, le 13 mai, dans un quartier de La Havane, alors qu’il revenait d’une réunion organisée par les Dames en blanc (collectif des mères et épouses de prisonniers politiques). Un officier de la Sécurité de l’Etat (police politique), surnommé Moísés, avait sommé le journaliste de ne pas se rendre à la réunion. Odelín Alfonso et sa femme ont été interpellés brutalement à leur domicile sous les yeux de leur petite fille, sur dénonciation d’un voisin. La Sécurité de l’Etat les a conduits dans un local de la Police nationale révolutionnaire (PNR) où le journaliste est toujours détenu. Sa femme a été relâchée quelques heures plus tard.

    Milisa Valle Ricardo, de la petite agence indépendente Jóvenes sin Censura, a été arrêtée le même jour à Gibara (province de Holguín, Est), avec son mari, Alexander Santos Hernández, membre du Mouvement libéral cubain (MLC) et directeur d’une bibliothèque indépendante. Le couple a été intercepté par la PNR à son retour de La Havane où se tenait une réunion du MLC. La police a investi le domicile conjugal et confisqué tous les livres de la bibliothèque indépendante « Guillermo Cabrera Infante II » et deux postes de radio, avant d’emmener la journaliste et son mari au commissariat. Milisa Valle Ricardo et Alexander Santos Hernández ont été prévenus que « leurs activités ne seraient plus tolérées » et que cet avertissement serait « le dernier ».

    Directrice de l’agence Jóvenes sin Censura, fondée en septembre 2005 par de jeunes journalistes indépendants, Liannis Meriño Aguilera, 21 ans, avait été menacée de prison, le 29 décembre dernier, par deux agents de la Sécurité de l’Etat à Obrero Banes, près d’Holguín.

    Rappelons que la semaine dernière le nouveau conseil des droits de l’homme de l’ONU a décidé de compter Cuba parmi ses membres, aux côtés d’autres « références » en matière de défense des libertés fondamentales comme la Chine ou l’Arabie Saoudite.

  • Le journal gouvernemental officiel Granma (seule la presse du parti communiste est autorisée à Cuba) voit dans cette élection « un soutien international croissant à Cuba » et « une victoire fulgurante contre la puissance impérialiste et la preuve irréfutable du prestige international de Cuba »

    La position de l’ONU sur le droits de l’homme à Cuba semble toutefois comporter quelques contradictions, puisqu’en mars 2006 la représentante du Haut Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU pour Cuba critiquait dans son rapport, les cas de mauvais traitement dans les prisons cubaines.

    Dans son rapport pour le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Mme Chanet a affirmé que sa principale source de préoccupation concernait le maintien en détention de dizaines de dissidents arrêtés en mars et avril 2003. Elle s’est dite « alarmée par les allégations de mauvais traitements en détention » rapportées par les familles de détenus.

    « L’alimentation et l’hygiène sont en-dessous des normes et les soins médicaux sont soit inexistants soit inadaptés », a jugé Mme Chanet, qui a été nommée à son poste en 2002.

    La magistrate, qui n’a toujours pas pu se rendre sur l’île, a affirmé que les arrestations pour délit d’opinion s’étaient multipliées au cours de l’année écoulée.

    À la mi-mars 2003, après une période d’ouverture apparente et de plus grande permissivité, les autorités cubaines ont mené une campagne de répression sans précédent envers le mouvement dissident de l’île. En l’espace de quelques jours, les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation de 75 dissidents lors d’opérations ciblées.

    À l’exception d’une demi-douzaine de personnalités très connues et critiques à l’égard du régime, la plupart des chefs de file du mouvement dissident, des personnes militant depuis dix ans ou plus, ont été arrêtés. Ils ont été jugés de manière hâtive et inique et, quelques semaines seulement après leur arrestation, condamnés à de sévères peines de prison dont certaines allaient jusqu’à vingt-huit ans.

    Parallèlement, en avril 2003 le gouvernement cubain a mis fin au moratoire sur les exécutions qui était en vigueur de facto depuis trois ans,- en faisant fusiller par un peloton d’exécution trois hommes impliqués dans un détournement de ferry qui n’avait fait aucun blessé. Le procès et les procédures d’appel de ces accusés ont été expéditifs et sommaires ; les trois hommes ont été exécutés moins d’une semaine après le début de leur procès.

  • Se réveiller chaque matin dans une cellule de prison est une expérience qui affaiblit la volonté de vivre. Petit-déjeuner d’une tranche de pain sale et moisie avec de l’eau sucrée, en attendant quelques cuillerées de riz et d’herbes au déjeuner et le même menu au dîner, est un antidote à toute lueur d’espoir. Si vous devez attendre trois mois avant de voir votre famille pendant quelques heures dans une cellule, sur des bancs de pierre, sous l’oeil vigilant des gardiens, vous pouvez difficilement être impatient à l’idée de retrouver et de partager un moment avec ceux que vous aimez.

    Telle a été ma vie pendant deux ans. Et telle est la vie, en ce merveilleux jour de printemps de l’année 2006, de Víctor Rolando Arroyo, journaliste à l’agence de presse indépendante Unión de Periodistas y Escritores de Cuba Independientes (UPECI), dans la prison du commandant Castro à Guantánamo, un entrepôt humain qui fonctionne depuis plus de 30 ans.

    Les dizaines de journalistes qui souffrent de la faim, de la maladie et de mauvais traitements dans les prisons de l’île de Cuba sont les otages d’une bande de compères qui ont pris le pouvoir par la force et qui s’y maintiennent par la force depuis presque un demi-siècle, un pouvoir qui s’appuie sur la police et la propagande.

    Mal soignés

    Le jeune reporter Pablo Pacheco fait l’objet d’horribles traitements dans la prison de Canaleta, de même que ses collègues Pedro Argüelles et Adolfo Fernández Sainz et le jeune photojournaliste Omar Rodríguez Saludes. Ils ont tous été condamnés à 28 ans de prison en 2003 pour avoir photographié et filmé des aspects de la société cubaine que le régime dictatorial ne souhaite pas dévoiler.

    Une autre victime est Normando Hernández, un journaliste qui a lancé un petit magazine à partir de chez lui, dans la ville de Camagüey. Il n’a réussi qu’à publier la première édition. Les tribunaux révolutionnaires ont immédiatement réclamé la prison à perpétuité pour Hernández, même si cette condamnation a par la suite été gracieusement commuée en 25 ans d’emprisonnement.

    Hernández, comme beaucoup d’autres comme lui, souffre également d’affections mal soignées en raison du manque de médicaments et du surpeuplement des prisons. Dans des cellules à l’origine conçues pour accueillir 20 détenus, on trouve souvent 35 ou 40 prisonniers, obligés de dormir à même le sol et de partager les mêmes toilettes et la même quantité d’eau rationnée.

    C’est exactement la façon dont vit à présent le poète et journaliste Ricardo González Alfonso dans le pénitencier de Combinado del Este à La Havane. Son état est aggravé par le fait qu’il a subi deux opérations dans les blocs opératoires douteux de la prison et que sa blessure initiale, qui date de novembre 2004, continue de suppurer et ne paraît jamais cicatriser.

    De la même façon, Fabio Prieto Lorente, un jeune correspondant confiné dans une prison sur l’île de Pinos, à 120 kilomètres au sud de La Havane, voit sa jeunesse lui échapper peu à peu pour avoir couvert la réalité d’un pays où la brutalité s’exerce librement en raison de l’absence de représentation diplomatique et de journalistes pour dénoncer les abus.

    Pendant ce temps, dans le centre de détention de Guanajay, à quelques kilomètres à peine de la capitale cubaine, des médecins militaires ont finalement fini par reconnaître que le journaliste souffrant José Ubaldo Izquierdo, emprisonné depuis mars 2003, ne parviendrait jamais à se rétablir dans des conditions de vie aussi difficiles. Izquierdo, qui est âgé de 40 ans et qui a travaillé comme éditorialiste pour une agence de presse cubaine indépendante, purge actuellement 16 ans de prison.

    Nous savons qu’à Cuba, la Journée mondiale de la liberté de la presse ne peut être célébrée avec dignité que dans les cellules des 300 prisons disséminées à travers cette île des Caraïbes. Les prisonniers sont enfermés dans des cellules obscures où ils ont été jetés pour avoir voulu être libres dans un pays où la liberté n’est plus qu’un mot vide, dépourvu de sens dans la bouche des scribes, un mot qui envoie les hommes libres en prison s’ils osent le prononcer.

    Mais ce n’est que là, dans ces cellules où l’espoir continue de subsister, qu’on peut légitimement et honnêtement porter un toast à cette journée — même si c’est dans une tasse sale en aluminium remplie de l’eau tiède et trouble qui provient des sources souterraines de Cuba.

  • Au moins 63 journalistes et cinq collaborateurs des médias ont été tués dans le monde en 2005, selon le rapport annuel de Reporters sans frontières (RSF).

    Par ailleurs, au moins 807 journalistes ont été interpellés, plus de 1.300 agressés ou menacés et un millier de médias censurés en 2005. Près du tiers de la population mondiale vit dans un pays où il n’existe aucune liberté de la presse, la situation étant particulièrement préoccupante au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique.
    Le nombre de journalistes tués en 2005 est le plus élevé depuis 1995, année noire de l’islamisme radical algérien. « Aujourd’hui, dans certains pays comme le Bangladesh, les Philippines, le Nigeria ou le Mexique, la violence fait partie du quotidien des journalistes », souligne RSF.

    Depuis début 2006, 16 journalistes et six collaborateurs des médias ont été tués. Actuellement, 120 journalistes et 56 « cyberdissidents » sont emprisonnés pour avoir simplement voulu faire leur métier, précise l’organisation basée à Paris: « Les plus grandes prisons de la planète varient peu: la Chine, Cuba, l’Erythrée, l’Ethiopie, l’Iran, la Birmanie ».

    Aucun média n’échappe à la censure, pas même les blogs sur Internet. « A ce jeu-là, la Chine conserve une longueur d’avance, mais d’autres nations rattrapent leur retard », explique l’organisation de défense de la presse.

    Au Maghreb et au Moyen-Orient, la liberté et la sécurité des journalistes sont mises à rude épreuve. Marquée par la guerre en Irak et le conflit israélo-palestinien, la région a connu une recrudescence de la violence l’an dernier.
    « Avec 27 journalistes tués en 2005, le Moyen-Orient a été, pour la presse, la zone la plus meurtrière du globe », note RSF. « L’insécurité qui règne en Irak en est la principale raison », avec 24 des 63 journalistes tués tombés dans ce pays. En Libye, Iran, Tunisie, Syrie et Arabie saoudite, pays « parmi les plus répressifs de la planète, « les gouvernements exercent un contrôle absolu sur l’information ».

    En Afrique, l’impunité est la règle. Parmi les pays montrés du doigt, l’Erythrée, « fermée et bâillonnée » depuis plus de cinq ans, le Zimbabwe où le président Robert Mugabe « ne tolère aucune voix discordante », ou la République démocratique du Congo (RDC), qui a connu une vague d’assassinats de journalistes.

    En Asie, le roi Gyanendra du Népal, tenté par l’absolutisme, a ordonné plus de la moitié des cas de censure survenus dans le monde, souligne RSF. « A 567 reprises, l’administration royale a interdit la diffusion des informations dans les nombreuses publications et radios indépendantes du pays. Les journalistes entrés en résistance ont partiellement fait plier le roi, dans la rue ou devant les tribunaux. »
    Autres points noirs du continent, la Corée du Nord toujours soumis à la « propagande assourdissante » du régime, la Birmanie et la Chine.

    Sur le continent américain, sept journalistes et un collaborateur des médias ont été tués en 2005, la région restant zone à risque, « même si la liberté d’informer y est officiellement reconnue dans tous les pays, à l’exception de Cuba ».

    Dans la zone Europe-Russie-Asie centrale, la situation s’est globalement aggravée: « cinq journalistes y ont été assassinés pour des raisons professionnelles (contre deux en 2004) et la dérive autoritaire de certains Etats issus de l’ancien bloc soviétique s’est accentuée. » Les conditions de travail se sont détériorées notamment en Ouzbékistan, au Bélarus, en Russie et en Azerbaïdjan. En Russie, où deux journalistes ont été tués en 2005, les actes de violence à leur encontre sont nombreux.

    Même si la situation est bien meilleure en Europe de l’Ouest, des progrès restent encore à faire, affirme RSF. Au sein de l’Union européenne, notamment en France, Italie, Belgique et Pologne, l’année 2005 a été marquée par un nombre élevé de perquisitions et de convocations de journalistes, sommés de livrer à la police le nom de leurs sources.

    « Alors que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme considère que ‘la protection des sources journalistiques est l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse’, plusieurs Etats membres ont multiplié les atteintes à ce principe essentiel », s’indigne RSF.

    Malgré un tableau général plutôt sombre, RSF fait aussi état de bonnes nouvelles. Ainsi « en Inde, dans la province indonésienne d’Aceh et dans certains pays d’Amérique centrale, les médias travaillent de plus en plus librement », tandis que le Mexique « a mis en place un parquet fédéral spécial pour enquêter sur les attaques contre des journalistes ».

  • A travers les images de ces femmes, dont les maris et les fils ont été emprisonnés par le régime de Fidel Castro
    pendant le ‘Printemps Noir ‘(mars 2003) se reflète la souffrance des conjoints, mères et parents des prisonniers de conscience à Cuba.

    « Non seulement ces dissidents sont condamnés », a souligné le second adjoint de la Mairie de Madrid, Ana Botella, mais leurs familles aussi « accomplissent une peine » et ils sont soumis aux abus et menaces des autorités, ou des voisins soumis eux-mêmes au régime de Castro, qualifié à cette occasion de « tyran ».

    L’organisation Reporters sans Frontière (RSF) et l’ONG tchèque « People in Need » ont organisé cette exposition photographique dans le centre culturel Galileo de Madrid, dans le but de montrer la situation réelle de ces personnes et demander la solidarité avec les prisonniers du printemps 2003 (75 dissidents), dont un tiers sont des journalistes, comme l’a rappelé le secrétaire général de RSF, Rafaël Jiménez.

    Ana Botella a rappelé que le régime de Fidel Castro est responsable depuis 1959 de plus de 2 millions d’exilés et de milliers de personnes persécutées et torturées, et a critiqué « les progressistes du monde entier qui excusent Castro, l’ignorent, ou le considérent comme un révolutionnaire romantique » alors qu’en réalité c’est « un tyran ».

    Jiménez, pour sa part, a rappelé que les dissidents emprisonnés coexistent dans les prisons avec des prisonniers de droit commun « qui sont souvent hostiles pour obtenir des avantages de la prison », et a assuré que cette situation est « étendue » aux familles.

    Pendant l’inauguration de l’exposition une représentante des « Dames en blanc », conjoints et familles de dissidents emprisonnés à Cuba, a remercié « au nom de toutes les compagnes qui sont à Cuba », pour l’appui prêté par les organisations et les Espagnols « en montrant leur solidarité » et a réitéré à nouveau la nécessité de la libération « inconditionnelle et immédiate » des prisonniers de conscience.

    Dans le cadre de cet acte on a aussi présenté le livre « Fidel, le tyran favorit d’ Hollywood », de l’auteur cubain résidant aux Etats-Unis, Humberto Fontova, qui, selon le vice-président de la Fondation hispano cubaine, Alberto Recarte, « est écrit pour ces Américains qui ne savent rien des tragédies personnelles de Cuba ».

    Le journaliste et poète cubain, Raúl Rivero, qui a également été emprisonné à Cuba, est aussi intervenu dans la présentation et a assuré que le livre fournit « une approche d’ un Cuba inconnu ».

  • « Nous nous réjouissons de la libération de Lamasiel Gutiérrez Romero. Nous espérons que les 23 autres journalistes emprisonnés, certains sans jugement, en bénéficieront bientôt à leur tour. Nous savons cependant que cette libération ne relève pas de la clémence. Bizarrement, au terme sa peine, elle est remise en liberté à titre conditionnel. Cette restriction n’a aucune raison d’être et nous appelons les autorités cubaines à la lever », a déclaré Reporters sans frontières.

    Lamasiel Gutiérrez Romero, correspondante de Nueva Prensa Cubana avait été condamnée, en août 2005, à sept mois d’assignation à résidence pour « délit de résistance et désobéissance civile », après avoir été brutalement appréhendée par la Police nationale révolutionnaire (PNR) sur l’Île de la Jeunesse, où elle réside. Pendant l’exécution de sa peine, il lui était interdit d’exercer sa profession. Elle a été placée en détention le 11 octobre 2005 au centre pénitentiaire pour femmes de Mantonegro (province de La Havane), parce qu’elle avait repris ses activités journalistiques.

    La journaliste n’entend pas abandonner sa profession. Elle affirme vouloir continuer à lutter pour la démocratisation du pays et pour la liberté de la presse et d’expression.
    Albert Santiago Du Bouchet Fernández, de l’agence Habana Press, a été arrêté à la même époque et condamné pour les mêmes motifs que Lamasiel Gutiérrez Romero. Sa libération est attendue pour août 2006. Vingt journalistes incarcérés depuis le printemps noir de mars 2003 purgent des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison. Deux autres, Oscar Mario González Pérez, du Grupo de Trabajo Decoro, et Roberto de Jesús Guerra Pérez, collaborateur des sites Payolibre et Nueva Prensa Cubana, arrêtés en juillet 2005, sont depuis détenus sans jugement dans les locaux de la Sécurité de l’Etat.
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