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Les libertés et la répression à Cuba

  • Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont décidé lundi de prolonger jusqu’en juin 2006 la suspension des sanctions européennes contre Cuba, tout en déplorant l’absence de progrès en matière de droits de l’Homme.

    L’Union Européenne, et en particulier l’Espagne, est bien la seule à penser que le dialogue avec Fidel Castro peut encore servir à quelquechose. En 45 ans de pouvoir absolu, le dictateur cubain n’ a jamais fait la moindre concession, autrement que sous la pression.

    « Le Conseil des ministres a décidé que ces mesures resteraient suspendues et seront réexaminées en juin 2006 », a affirmé à la presse le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn, en se référant aux sanctions diplomatiques imposées par l’UE à l’encontre de Cuba en juin 2003 et qui avaient été suspendues en janvier dernier.

    Dans le même temps, les ministres européens ont déploré l’absence de progrès en matière de respect des droits de l’Homme à Cuba et regretté qu’il n’y ait pas eu de « nouvelles libérations de prisonniers politiques », selon des conclusions adoptées par le Conseil des ministres des Relations extérieures réunis au Luxembourg.

    Les ministres ont en outre « condamné de manière catégorique certaines attitudes des autorités cubaines à l’égard de parlementaires ou de journalistes européens expulsés ou interdits de se rendre à une assemblée générale de l’opposition », a indiqué M. Asselborn.

    M. Asselborn faisait référence à la tenue au mois de mai à Cuba d’un congrès inédit de dissidents cubains et aux expulsions décidées par La Havane de parlementaires et de journalistes européens venus assister à la réunion.

    Toutefois, l’UE n’en réaffirme pas moins sa « disposition » à maintenir son dialogue politique avec le régime de Fidel Castro et la nécessité de poursuivre le développement de contacts avec l’opposition cubaine pacifique.

    « Pour rendre ceci possible, il faut maintenir la suspension des mesures prises en juin 2003 », a affirmé M. Asselborn.

    L’Union européenne avait suspendu pour six mois fin janvier, sous la pression notamment du gouvernement socialiste espagnol, les sanctions diplomatiques adoptées contre Cuba en juin 2003 après une dure vague de répression contre la dissidence.

    Depuis 1996, l’UE a adopté une « position commune » sur Cuba, qui lie ses relations avec l’île à l’ouverture démocratique du régime et à l’amélioration de la situation sur le plan des droits de l’Homme.

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’attitude de l’Union européenne, est plutôt ambiguë : les Européens ont d’abord pris conscience très tardivement de l’existence d’une répression contre les opposants à Cuba, et leur soutien aux dissidents est jusqu’à présent surtout verbal.

    Il faut dire que depuis dix ans ( la loi permettant aux étrangers d’investir à Cuba date de 1995), les Européens (en particulier les Espagnols, 50% des IDE à Cuba) ont généreusement apporté leurs capitaux à Fidel Castro, fermant les yeux sur les violations des droits de l’homme, car trop contents de ravir les meilleures places au nez et à la barbe des Américains.

    Pour faire des affaires à Cuba, les investisseurs européens ont accepté des conditions d’emploi de la main d’oeuvre cubaine indignes, totalement contraires à plusieurs conventions de l’ONU.

    Le salaire des Cubains qui travaillent dans les hôtels pour touristes est misérable : 210 pesos (environ 8 euros, soit 5 centimes de l’heure). Un salaire dont ne voudrait pas un journalier de l’Uttar Pradesh (en Inde le salaire horaire d’un travailleur non qualifié est de 0,5 dollar, 1 dollar pour un employé d’un centre d’appel .

    A ceci s’ajoutent bien entendu les menus inconvénients propres au système socialiste réputé sans classe, donc sans conflit : un syndicat unique au service du parti unique, et l’interdiction de faire grève.

    Une sorte de « capitalisme monopolistique d’Etat » à la cubaine, résultat de l’alliance cynique des investisseurs européens avec le complexe militaro communiste qui impose ses conditions draconiennes d’emploi de la main d’œuvre. Même dans ses rêves les plus fous, le MEDEF n’a jamais envisagé un système d’exploitation (au sens marxiste du terme) aussi efficace.

  • Plutot ambigue, l’attitude de la France envers Cuba : après s’être tardivement émue des violations des droits des droits de l’homme à Cuba, la France était-elle vraiment obligée de se faire representer par un ministre pour inaugurer un banal salon commercial à Cuba ?

    La semaine dernière encore, Elizardo Sanchez, le dissident historique et défenseur des droits de l’homme à Cuba, dénonçait les arrestations massives de jeunes (plus de 400) en majorité noirs, sans qu’aucun délit n’ait été retenu contre eux. En effet à Cuba la loi sur la « dangerosité sociale » permet d’interner sans jugement quiconque se comporte de façon contraire « à la morale socialiste ».

    Le régime castriste s’est doté en 45 ans d’un véritable « goulag tropical », avec plus de 100.000 détenus aujourd’hui contre moins de 4.000 avant son arrivée au pouvoir.
    Président de la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN, interdite), Elizardo Sanchez Santa Cruz, lui-même ancien prisonnier politique, souligne l’hypertrophie du système carcéral cubain, passé de 14 prisons en 1958 à plus de 200 aujourd’hui.

    Au total, entre 0,7 % et 0,9 % de la population cubaine est sous les verrous, le taux d’enfermement le plus élevé du monde.

    Faut-il le rappeller : parmi les 75 dissidents et journalistes arretés en mars 2003, seulement une dizaine ont retouvé, provisoirement et pour raisons de santé, la liberté.

    « Le modèle du tout balnéaire est partout à bout de souffle », a diagnostiqué Léon Bertrand. Mais est ce que ce n’est pas plutôt le « modèle » socialiste cubain qui est au bout du rouleau ?

    Il faut une certaine dose de cynisme pour défendre le tourisme à Cuba, alors que les travailleurs qui servent les touristes y sont exploités comme nulle part ailleurs dans le monde : 210 pesos de salaires mensuels en moyenne, soit 8 euros environ, ou 5 centimes de l’heure.

    Lorsqu’un touriste déjeune à Cuba, il dépense entre deux et trois mois de salaire de la personne qui tavaille pour le satisfaire.

    En outre selon Reporters sans frontières,
    « La soixantaine de dissidents, dont 21 journalistes, emprisonnés depuis la vague répressive de mars 2003, sont eux aussi à bout de souffle. Confinés dans des cellules sans fenêtre, soumis à des conditions sanitaires exécrables, maltraités, mal nourris et mal soignés, ces prisonniers d’opinion ont quelques raisons de soutenir que le soleil cubain n’est plus ce qu’il était…/… Dommage donc, que la France, « invitée d’honneur » à Cuba, n’ait pas rappelé que dans l’île, l’hôtellerie n’a pas le monopole du « service » et de l’ « efficacité » et que des sites tels que la prison du Combinado del Este à La Havane ou de Kilo 8 à Camagüey font hélas, eux aussi, partie du « patrimoine ». Quant à la culture cubaine, elle ne se limite pas à la salsa, à la langouste et au cigare, mais en l’absence de liberté d’expression, ses autres richesses échappent largement au chaland touristique. »

  • Le président de la CCDHRN, Elizardo Sánchez, a considéré que les sentences émises après le jugement le 12 janvier « ont été excessives », parce que, à son avis, « les personnes impliquées n’ont blessé personne, et le gouvernement du Mexique s’est abstenu de présenter des demande pour des dommages ».

    Le Mexique a sollicité l’aide de Cuba pour l’évacuation pacifique des personnes qui s’étaient introduites dans l’ambassade, 18 d’entre elles avaient forcé la grille de l’ambassade à bord d’un autobus de transport urbain.

    La CCDHRN a rappelé que quatre autres jeunes ont sauté la clôture depuis des bâtiments proches de l’ambassade mexicaine, et un cinquième est entré en marchant par le trou qu’avait laissé le véhicule, en profitant de la confusion .

    Les condamnés les plus lourdement sont Pedro Plasencia Achón (avec une peine de 18 années de prison) ; Serguey Cruz Rodriguez (condamné à 15) ; Bismar Echeverria Moreno, Osvaldo Ineraity Calvo et Yovani Alfonso Crespo (avec une peine de 12 années).

    Ramón Enríquez Méndez Sosa (condamné à 10 années de prison) ; et Henry Urrutia Pérez, Michel Iroy Rodriguez, Carlos Mateo López et Leonardo Alfonso Hernández (tous condamnés a neuf années de prison). Alexis Leal Contreras et Alexarsarais Pérez Alcina (à huit années de prison).

    Ernesto Oliva Mirabal ( à sept) ; Yunier Alberto Mosquera González et Luis Yurién Pérez Rivero ( à six) ; et Sachel Gil Pérez, Raybel García Borjas, José Luis Mulen Nodal ( à cinq).

  • L’armée cubaine déclenche une chasse à l’homme sans merci, on “peigne” les poches de résistance. Les combattants, désignés « bandits » par le discours officiel, lorsqu’ils sont faits prisonniers sont généralement passés par les armes. Sauf certains, qui voient leur peine commuée en longues décennies de prison (30 ans).


    C’est pendant cette période d’emprisonnement que va apparaître l’attitude de « plantado » – résistance à tout compromis avec les autorités carcérales – ou le corps, espace de défi infiniment châtié, devient le territoire de cette confrontation avec le pouvoir comme lieu d’une stratégie de résistance aux propositions de reniement.



    Cette recherche trouve sa source dans les récits autobiographiques de ceux qui survécurent à la longueur de leurs peines que nous nous sommes patiemment attachés à récolter de leur bouche propre même, ainsi que dans des témoignages écrits par certains survivants.



    Elisabeth Burgos, « Plantados jusqu’à la liberté : le corps comme territoire de résistance et d’affirmation de l’intégrité face au système carcéral à Cuba » , Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Número 5 – 2005, Coloquio, mis en ligne le 19 mars 2005, référence du 16 avril 2005, disponible sur : http://nuevomundo.revues.org/document873.html.


  • Cet incident serait le deuxième incident arrivé dans ce centre pénitentiaire en moins de 20 jours.

    « Les faits sont extrêmement graves et il est très probable que plusieurs détenus décedent des suites de leurs blessures » a déclaré Elizardo Sánchez, président de la Commission cubaine des Droits de l’homme et de la Réconciliation Nationale (CCDHRN).


    « Mais le mutisme officiel est absolu bien que les incidents aient été rapportés à la population de la Capitale ».

    Comme a déclaré le militant des droits de l’homme au Nuevo Herald, la protestation collective s’est déclenchée dans le Bâtiment 3 du pénitencier, et a été maitrisée avec un fort déploiement de troupes du Ministère de l’Intérieur.

    Le ministre l’Intérieur, Abelardo Colomé Ibarra, et d’autres hauts gradés et chefs de la police, se sont présentés sur les lieux, et ont supervisé les opérations répressives.

    Sánchez a indiqué que son organisation a pu confirmer avec des sources familiales, que plusieurs prisonniers ont souffert de brulures et au moins un a perdu un oeil suite à l’impact d’une balle en plastique.



    Presque 72 heures après les événements, les autorités cubaines
    n’ont pas publiquement donné d’information sur ce qui s’est produit.

    Toutefois, les visites familiales au centre pénitentiaire ont
    reprise hier.

    « Ces protestations ont eu lieu étant donné les conditions
    infra-humaines d’internement qui caractérisent le système carcéral
    cubain, l’alimentation désastreuse, l’attention médicale insuffisante, l’extrême sévérité des peines, et le manque de protection juridique
    effective et la politique de transfert massif de prisonniers vers des
    prisons très éloignées de leur logement », a signalé une déclaration de la CCDHRN.

    Une mutinerie semblable s’est produite le 19 mars passé dans cette meme installation pénitentiaire, faisant des dizaines de blessés.

    Le Combiné de l’Est — une des plus grandes prisons du pays —
    abrite actuellement entre 4.000 et 5.000 prisonniers, chiffres non officiel, car le gouvernement cubain ne donne aucun chiffre sur la population carcerale de Cuba.

    Cuba compterait selon certaines sources plus de 100 000 détenus pour un population de 11 millions d’habitants, soit un taux d’emprisonnement proche de 1%, parmi les plus élévés du monde.

    Il y peu Elizardo Sanchez avait déclaré à un journaliste du Monde que « Depuis la modification de la politique de l’UE, nous assistons à un retour à des actions musclées contre les opposants. Outre la répression politique, il y a une recrudescence de la répression sociale. Depuis janvier, des centaines de jeunes âgés de 16 à 20 ans ont été détenus dans des prisons de haute sécurité, comme Combinado del Este ou la prison 1580 à La Havane, accusés de dangerosité sociale, de conduite politiquement incorrecte, d’indifférence ou de non-participation aux mobilisations officielles. Cette répression massive est silencieuse, car il ne s’agit pas de dissidents, mais de victimes anonymes, sans relais auprès de l’opinion. »

  • On le sait Cuba fait maintenant partie des destinations phares pour les célibataires (hommes et femmes) à la recherche d’aventures, le plus souvent payantes. La police a beau se montrer de plus en plus sévère avec les « jineteras », le phénomène réapparait dès que la pression se relache un peu.

    Pour le gouvernement c’est évidemment gênant de constater qu’il existe à Cuba, comme dans les autres pays pauvres d’Amérique Latine, des filles obligées de se prostituer pour survivre. Ca ne colle pas trop avec le « socialisme heroique » etc…



    Certes la prostitution n’a pas été inventée par Castro : elle existait déjà beaucoup sous Batista quand on disait « Cuba, bordel de l’Amérique ». Cette phrase maintes fois reproduite et un cliché qui n’a pas vraiment de fondement historique : le nombre de touristes américains sous Batista oscillait entre 250 et 300 000 par an. On est loin des hordes de touristes européens (près de 2 millions en 2004).



    Par conséquent si Cuba a jamais été un bordel, c’est aujourd’hui, bien plus que sous Batista. Pendant les années 1990 (de 1992 à 1995 en particulier), la prostitution était légale à Cuba, et les hotels de l’Etat cubain accueillaient sans sourciller les touristes « accompagnés » , moyennant un supplément qui allait directement dans les caisses de Castro : il y a eu, à cette époque un véritable proxénétisme d’Etat cubain, bien plus étendu que sous Batista.



    Mais il semble que lorsque le « client » est allemand, français ou espagnol, et sous Castro, c’est beaucoup moins grave que si il est américain et sous Batista.



    Aujourd’hui les Européens, les Canadiens et les Mexicains ont remplacé les Américains, mais le dollar fait toujours la loi sur les trottoirs de La Havane. Les cubains les appellent les « jineteras » (écuyères en espagnol) ou les « pingueros » (qui est à la « pinga » ce que le machetero est à la macheta) : de jeunes Cubaines et Cubains qui arpentent les alentours des hôtels à la recherche d’un touriste aux poches remplies de devises convertibles.



    Après avoir pratiqué pendant plusieurs années la politique de l’autruche le pouvoir tente aujourd’hui de reprendre les choses en main. Mais il paye au prix fort le laxisme des années précédentes qui a conduit au développement d’un tourisme bas de gamme : le pouvoir a tardé à interdire l’accès des prostituées aux hôtels jusqu’en 1995 et à démanteler les réseaux de proxénètes qui travaillaient avec des agences de voyages.


    Certes la perspective de gagner en une soirée le salaire de plusieurs mois continue à attirer beaucoup de cubaines (à Cuba le salaire mensuel et de 8 euros en moyenne, soit 5 centimes de l’heure environ) et de cubains vers le tourisme, mais la police procède désormais régulièrement à des rafles de grande envergure et embarque sans ménagement les suspects, réels ou supposés, en plein milieu des quartiers touristiques.



    Cuba a reconnu pour la première fois en 1999 l’existence d’une prostitution massive dans les rues de la Havane.



    Plusieurs milliers (au moins 7000 selon les chiffres officiels en 1998) de jeunes filles ont été arrêtées et détenues au « centre de réception et classification de la Havane ». La majorité originaires des provinces de l’île ont été réexpédiés manu militari dans leur foyer avec une « carta de advertencia » (avertissement sans frais) les plus récalcitrantes écopant d’un séjour dans une des prisons géantes des environs de La Havane ou dans un centre d’activité et de « rééducation à la campagne » véritables camps de travaux forcés.



    Des entreprises de promotion touristique ont aussi été sanctionnée pour avoir un peu trop axé leurs campagnes de promotions sur les charmes des jeunes cubaines.


    Par bien des cotés le jineterisme est une sorte paradigme de la société Cubaine des années 90 qui a décidé de vivre du tourisme et de l’argent des étrangers, autrefois vilipendé par le pouvoir.



    Le jineterisme, qui peut aller jusqu’au mariage avec un étranger pour pouvoir quitter le territoire, contient en lui même une forme de contestation de l’ordre socialiste : ceux qui le pratiquent vivent souvent en marge de la société et leur « travail » met au grand jour le phénomène de la « pyramide inversée ».

  • Une trentaine de membres et d’amis de l’organisation de défense de la liberté de la presse ont pénétré dans l’enceinte du salon pour déployer des banderoles et coller des affiches demandant la libération de journalistes et blogueurs emprisonnés, devant les stands des trois pays. Les manifestants ont entouré de rubalise (ruban de signalisation) le stand de la Tunisie et accroché des souris informatiques à celui de l’Egypte. Le stand de Cuba a été recouvert de bandes noires symbolisant des barreaux de prison. Les militants de l’organisation portaient des tee-shirts « Cuba = prison », « Tunisie = terre de répression » ou encore « Egypte = ennemie d’Internet ».

    « Nous avons choisi ces pays car ils sont des ennemis de la liberté de la presse, mais également des destinations privilégiées des touristes. Nous souhaitons ainsi attirer l’attention des millions de vacanciers qui se rendent chaque année à Cuba, en Egypte ou en Tunisie sur la situation des professionnels de l’information qui y travaillent. Les touristes doivent connaître l’envers du décor. Derrière les plages et les palmiers, on cache des journalistes ou des blogueurs emprisonnés, des médias harcelés et des familles intimidées », a déclaré Reporters sans frontières.

    Quatre ans après la vague répressive de mars 2003, Cuba compte toujours 270 prisonniers d’opinion dont 25 journalistes, ce qui fait de l’île la deuxième prison du monde pour la presse après la Chine. La situation des droits de l’homme dans l’île n’a connu aucune amélioration, depuis que Fidel Castro a officiellement cédé les rênes de l’État à son frère Raúl, le 31 juillet 2006. La répression s’est même accentuée depuis l’automne dernier, avec une multiplication d’agressions, de perquisitions et de gardes à vue contre des journalistes indépendants.

    Les journalistes cubains indépendants, emprisonnés ou non, ont connu un mois de mars particulièrement éprouvant. Vingt d’entre eux, toujours détenus depuis le « printemps noir » de mars 2003 et condamnés à l’époque à des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison, continuent de subir les mauvais traitements de leurs gardiens, alors que leur santé s’est nettement dégradée.

    Incarcéré à la prison de haute sécurité Kilo 8 à Camagüey (Centre-Est) et régulièrement frappé par le personnel pénitentiaire, Juan Carlos Herrera Acosta, de la Agencia de Prensa Libre Oriental (APLO), a entamé, le 7 mars dernier, une grève de la faim avec dix-sept autres détenus pour protester contre les conditions de détention. Son geste était également destiné à alerter sur son état de santé et ceux de ses collègues Alfredo Manuel Pulido López, de l’agence El Mayor et Normando Hernández González, directeur du Colegio de Periodistas Independientes de Camagüey (CPIC). Ce dernier, détenu à la prison Kilo 7 dans la même ville, est atteint de tuberculose et ne reçoit pas les soins requis. Il a refusé de s’alimenter depuis le 4 mars.

    Le 7 mars, Laura Pollán Toledo, épouse d’Héctor Fernando Maseda Gutiérrez, 64 ans, cofondateur de l’agence Grupo de Trabajo Decoro, s’est plainte auprès du ministère de l’Intérieur des conditions du transfert de son mari de la prison d’Agüica (Ouest) vers un hôpital où il devait être opéré. En état d’extrême faiblesse, le journaliste a été placé trois heures au mitard avant d’être enchaîné au moment du transfert. L’ordre aurait été donné par le capitaine Emilio Cruz Rodríguez, dont Laura Pollán Toledo a dénoncé le « sadisme ».

    Condamné en 2003 à 20 ans de prison, Ricardo González Alfonso, directeur de la revue De Cuba et correspondant de Reporters sans frontières, est toujours en salle de convalescence à l’hôpital militaire du Combinado del Este (La Havane), depuis les trois interventions chirurgicales qu’il a dû subir en décembre 2005.

    Arrêté et emprisonné depuis le 23 janvier 2007, Ramón Velázquez Toranso, de l’agence Libertad, a été placé le 3 mars dernier dans un camp de travaux forcés de la province de Las Tunas (Est). Sa femme et sa fille se sont vues répondre à leur demande d’explications que le transfert relevait d’un « ordre de la Sécurité de l’État ». Le journaliste purge une peine de trois ans de prison pour « dangerosité sociale pré-délictueuse ».

    Le 2 mars, Ahmed Rodríguez Albacia, de l’agence Jóvenes sin Censura, a été arrêté par la Sécurité de l’État alors qu’il se rendait à une exposition à La Havane avec un groupe de jeunes. Le jeune homme a été menacé d’emprisonnement par les fonctionnaires avant d’être relâché. Il avait déjà été détenu pendant vingt-quatre heures en septembre 2006, puis incarcéré dans les locaux de la Sécurité du 4 au 12 décembre dernier.

    Prix cyberliberté Reporters sans frontières – Fondation de France 2006, le directeur de l’agence Cubanacán Press, Guillermo Fariñas Hernández, a été agressé, le 2 mars, à Santa Clara par des officiers de la Sécurité de l’État, emmenés par le lieutenant Yuniel Monteagudo Reina, et quatre membres de l’Association des combattants de la Révolution cubaine. Brièvement détenu dans un commissariat de la Police nationale révolutionnaire (PNR), le journaliste souffre d’hématomes au visage et de contusions à la tête.

  • Emprisonné à Cuba lors de la vague répressive de mars 2003, condamné à vingt ans de prison pour « conspiration » contre l’Etat, Raúl Rivero a été relâché et assigné à résidence pour raison de santé, le
    30 décembre 2004. « A ma sortie de prison sous « licence extrapénale », a-t-il expliqué, les autorités m’ont dit que je pouvais continuer à écrire mais seulement comme poète. » Il a évoqué la situation d’Oscar Espinosa Chepe, libéré en même temps que lui, qui « a cessé d’écrire par peur ».

    Avant son départ pour l’Espagne, les autorités cubaines ont voulu donner à Raúl Rivero un permis de sortie « définitif ». « Finalement, ils l’ont changé en permis de sortie pour deux ans, passés lesquels je ne pourrai pas revenir. »

    Le journaliste a attribué sa sortie du pays « à la volonté de dialogue du nouveau gouvernement espagnol et en même temps à la pression médiatique, en particulier en Europe et dans les milieux de gauche ». Il croit également que « le régime cubain a monnayé un assouplissement de la position de l’Union européenne concernant Cuba et un vote favorable à la Commission des droits de l’homme des Nations unies ».

    Les Etats-Unis ont déjà posé une motion de défiance contre Cuba. « Si l’Union européenne s’abstient de la voter, ce sera une victoire pour le régime cubain ». Raúl Rivero a également souligné que « Fidel Castro donne des gages de bonne conduite avant le prochain Sommet ibéro-américain à Salamanque et qu’il est un inconditionnel du roi Juan Carlos (qu’il souhaite recevoir à Cuba) ».

    Mais sur le fond, Raúl Rivero reste lucide. « Le gouvernement cubain est léniniste, machiste, préparé pour la guerre et non pour la paix », a déclaré le journaliste qui conseille à Reporters sans frontières de « maintenir un ton vigoureux et exigeant car il y a des prisonniers politiques dans une situation humanitaire grave ». Selon lui, le nombre de dissidents emprisonnés s’élèverait à deux cents.

    Soucieux du sort des journalistes détenus, Raúl Rivero a supposé « que les conditions pénitentiaires s’étaient améliorées pour certains d’entre eux ». Il a cité José Luis García Paneque, dont l’état de santé est alarmant, transféré depuis peu dans un hôpital militaire de La Havane.



    Il a également évoqué les cas de Ricardo González Alfonso, correspondant de Reporters sans frontières, et de Omar Rodriguez Saludes, « qui restent emprisonnés, mais dans des conditions meilleures qui pourraient être le prélude à leur libération ». Optimiste, Raúl Rivero a tablé sur « la libération prochaine de huit dissidents » et a souligné qu’il y aurait « de plus en plus de journalistes à sortir de prison et de Cuba », malgré les difficultés que fait le régime pour accorder des visas de sortie.


    source : Reporters sans frontières