La libération de 300 prisonniers politiques et la retransmission en direct de toutes les messes célébrées par Jean Paul II n’ont été acquises qu’au tout dernier moment avec les risques importants que pouvait comporter une telle ouverture.
A l’occasion de la visite du Pape le pouvoir a multiplié les gestes d’ouverture en direction des catholiques : rencontre entre les évêques et Fidel Castro, autorisation des messes en plein air, rétablissement de Noël comme jour férié et de processions religieuses autrefois interdites.
Parmi les composantes de la société cubaine qui sont amenées à jouer un rôle important dans les prochaines années figure sans nul doute l’Église cubaine. Depuis le début des années 90 la place de l’Église dans la société cubaine n’a cessé de croître et elle constitue aujourd’hui le principal, sinon le seul, espace de liberté et de débat en dehors des structures ultra contrôlées de l’État et du parti.
Certaines paroisses disposent même d’une presse indépendante dont le contenu va bien au delà des simples débats oecuméniques. La revue « Vitral » de la paroisse de Pinar del Rio est un épais fascicule ronéoté dans lequel on aborde toutes sortes de sujets, à l’exception évidemment de ceux qui ont un contenu directement politique.
Pendant les quelques jours qu’ a duré la visite du pape, Cuba a présenté un visage totalement inédit : celui de manifestations massives convoquées en dehors des canaux habituels de mobilisation du pouvoir. Les slogans criés a gorge déployée sur la place de la révolution avaient de quoi faire frémir des apparatchiks habituellement bercés par la rhétorique soporifique des grands rassemblements organisés par le parti.
On a bien entendu à la Havane des milliers de personnes crier à plein poumon « liberté, liberté », « le Pape libre nous veux libre » le jour où le Pape a célébré en plein air sa grand messe sur la « place de la révolution » .
Certes la visite du Pape a brisé quelques tabous qui sont autant de petites enclaves de liberté sur lesquelles le pouvoir aura du mal à faire retomber son habituel manteau de silence. Mais dans le duel feutré qui oppose depuis 40 ans l’Église et le pouvoir, chaque partie a toujours su faire les concessions nécessaires pour éviter la rupture.
A Cuba jamais les églises n’ont été fermées ni les relations avec le Vatican rompues : de son coté l’Église cubaine a toujours su organiser sa survie dans une semi clandestinité et dans un climat de suspicion.

