Cuba d’un Castro l’autre : sans surprise c’est finalement le scénario « coréen » d’une succession familiale dans le clan le Castro qui est validé. Totalement absent du processus de décision, le peuple cubain spectateur de son histoire depuis un demi siècle, n’a plus qu’a attendre la suite d’un épisode somme toute habituel dans les dictatures communistes.
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Cuba a t-il imprudemment décidé de jouer avec le feu en autorisant un honorable dirigeant (Ricardo Alarcon) à débattre « librement » avec des étudiants ? Ce pauvre Alarcon habitué à plus de respect a fait vraiment pitié. A la question « Pourquoi le peuple de Cuba n’a pas la possibilité de se rendre dans des hôtels ou de voyager dans des endroits déterminés dans le monde ? » Il a répondu visiblement surpris par tant d’audace : « Si les six milliards d’habitants de la planète pouvaient voyager où ils voulaient, la cohue serait énorme dans le ciel ». Cette réponse grotesque montre à quel point les dirigeants cubains sont peu habitués à répondre a de vraies questions.
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Le président Bush envisage de délivrer un avertissement disant que les États-Unis ne veulent pas accepter une transition politique à Cuba, qui prendrait la forme d’un simple transfert d’un frère Castro à l’autre, plutôt que vers le peuple cubain.
Bush devrait insister sur le fait que, même si la majeure partie du reste de l’Amérique latine est passée de la dictature à la démocratie, Cuba continue de recourir à la répression et à la terreur pour contrôler sa population.
Visant directement Raúl Castro, M. Bush devrait indiquer clairement que les États-Unis s’opposent à un ancien système contrôlé par de nouveaux visages.
Phil Peters, un spécialiste de Cuba du Lexington Institute cité par le New York Times, considère que les Américains se sont fait surprendre : ce qui n’était il y a un an qu’un remplacement provisoire à la tête de l’Etat cubain est en train de prendre la forme d’une transition de pouvoir « en douceur ». Raúl Castro établit désormais ses propres relations avec des dirigeants politiques étrangers, et a engagé un dialogue avec le peuple cubain sur leur vision du pays.
Pour Peters, le discours de Bush tranche avec la stratégie des Etats-Unis, qui était fondée jusqu’à maintenant sur l’idée que le gouvernement communiste tomberait à la mort de Fidel Castro. « L’administration réalise qu’elle a manqué le bateau », explique Peters au quotidien. « La succession a déjà eu lieu. Ils ne peuvent plus suivre une stratégie selon laquelle il faut attendre que Castro meure alors que le reste du monde a déjà passé cette étape. »
Un autre expert John Kavulich, conseiller principal en politique à l’US Trade and economic council, a déclaré le véritable destinataire du discours de M. Bush n’est pas Fidel Castro ni le peuple cubain, mais la très influente communauté cubaine en exil à Miami.
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Cuba occupe la 165e position du classement de RSF, et un an et demi après l’investiture officielle de Raúl Castro à la tête de l’Etat, la situation des droits de l’homme sur l’île n’a pas évoluée.
La violence perdure sur le continent américain, notamment au Pérou et au Mexique
Cette année, l’Erythrée remplace la Corée du Nord en dernière position du classement mondial de Reporters sans frontières, publié aujourd’hui pour la sixième reprise, et qui mesure le degré de liberté de la presse dans 169 pays.
« Cela n’a rien de surprenant. Même si toutes les violations de la liberté de la presse ne sont pas connues en Corée du Nord ou au Turkménistan, qui précèdent immédiatement l’Erythrée dans le classement, ce pays mérite sa dernière place. Nous savons que quatre journalistes sont morts en prison et nous avons toutes les raisons de croire que d’autres vont suivre », a déclaré Reporters sans frontières.
En dehors de l’Europe – d’où sont issus les quatorze premiers pays du classement -, aucune région du monde n’est épargnée par la censure.
Parmi les vingt pays les plus mal classés, on trouve 7 asiatiques (Pakistan, Sri Lanka, Laos, Viêt-nam, Chine, Birmanie, Corée du Nord), 5 africains (Ethiopie, Guinée équatoriale, Libye, Somalie, Erythrée), 4 du Moyen-Orient (Syrie, Irak, Territoires palestiniens, Iran), 3 de l’ancien espace soviétique (Bélarus, Ouzbékistan, Turkménistan) et 1 américain (Cuba).
A Cuba (165e), un an et demi après l’investiture officielle de Raúl Castro, à la tête de l’Etat, la transition annoncée n’a rien changé à la situation des droits de l’homme sur l’île. Cuba reste la deuxième prison du monde pour la presse après la Chine avec 24 journalistes incarcérés et soumis à de très sévères conditions de détention.
Violence et censure sur le continent américain
Aucun journaliste n’a été tué en Colombie (126e) pendant la période étudiée pour l’établissement de ce classement. C’est une première. Pour autant, la pression des groupes armés et des paramilitaires reste forte. Des cas de violence contre des journalistes ont été relevés au Brésil (84e) et en Argentine (82e), mais le record en la matière revient au Pérou (117e) où près d’une centaine de journalistes ont été pris à partie physiquement. Le nombre de menaces est tout aussi élevé.
Le Mexique (136e) est toujours le pays le plus dangereux du continent pour la presse. Huit professionnels de l’information ont été tués dans le pays entre septembre 2006 et septembre 2007. La justice ne parvient pas à sanctionner tous les responsables et l’impunité reste largement la règle.
Au Venezuela (114e), l’exclusion de la chaine RCTV du reseau hertzien, le 27 mai 2007, à la demande d’Hugo Chavez, a mobilisé à elle seule toute l’attention. Contestée même parmi les partisans du président bolivarien, la mesure traduit une véritable mainmise du pouvoir sur l’espace audiovisuel. (suite…)
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Reporters sans frontières déplore que le bilan de la liberté de la presse à Cuba se soit encore aggravé avec la détention de Ramón Velázquez Toranso, journaliste de l’agence indépendante Libertad. Arrêté le 23 janvier 2007 et détenu à la prison provinciale de Las Tunas (Est), le journaliste a entamé le 30 janvier une grève de la faim. Depuis la prise de fonctions de Raúl Castro à la tête de l’État, le 31 juillet 2006, une quarantaine de journalistes ont été interpellés, agressés ou menacés, dont certains à plusieurs reprises.
« Les rares promesses d’ouverture du pouvoir intérimaire de Raúl Castro ne se sont traduites par aucune avancée en matière de liberté de la presse. Les journalistes indépendants continuent de subir les harcèlements et les brutalités de la Sécurité de l’État. Ramón Velázquez Toranso n’a commis d’autre crime que de manifester pacifiquement pour demander davantage de liberté d’expression. Le pouvoir croit-il sérieusement se rapprocher de la communauté internationale en persistant dans l’intransigeance et l’arbitraire ? Il aurait tout à gagner en libérant les prisonniers d’opinion », a déclaré Reporters sans frontières.
Le 23 janvier, Ramón Velázquez Toranso a été arrêté avec sa femme et sa fille à la gare routière de Ciego de Ávila (Centre). La famille du journaliste avait été à l’initiative, le 10 décembre 2006, d’une Marche pour l’unité, reliant Las Tunas à La Havane, destinée à obtenir des autorités le respect des libertés fondamentales. Le 4 janvier, Rámon Velázquez Toranso, sa famille et d’autres marcheurs avaient été arrêtés une première fois à Ciego de Ávila puis relâchés. Renvoyé à Las Tunas, le journaliste avait été intercepté le lendemain à Camagüey (Centre), d’où il tentait de relancer la marche pacifique. Harcelé depuis plusieurs mois par la Sécurité de l’État (police politique), le journaliste avait été condamné à trois ans de « liberté surveillée » par le tribunal provincial de Las Tunas pour « dangerosité sociale prédélictueuse ».
Le 23 janvier, la femme et la fille du dissident ont recouvré rapidement la liberté tandis que leur mari et père a été incarcéré dans les locaux de la troisième unité de la police nationale de Las Tunas. Transféré au mitard de la prison provinciale « El Típico » du département, le journaliste a entamé une grève de la faim le 30 janvier. La Sécurité de l’État a averti sa famille qu’il serait privé de visite tant qu’il s’abstiendrait de s’alimenter. Ramón Velázquez Toranso fait partie de l’agence indépendante Libertad, basée à Las Tunas, dont le directeur et fondateur, José Luis García Paneque, purge une peine de 24 ans de prison depuis le « printemps noir » de mars 2003.
Directrice de l’agence La Voz de Oriente, Haydee Rodríguez a entamé, elle aussi, une grève de la faim après une perquisition musclée de la Sécurité de l’État à son domicile de Santiago de Cuba (Sud-Est), le 20 janvier 2007. La police politique lui a confisqué les livres, les revues et les crayons qu’elle devait livrer à une bibliothèque indépendante. Le capitaine Giovanis Durán a également emporté son matériel d’enregistrement, deux postes de radio et des documents de l’Union européenne que la journaliste, de nationalité espagnole, reçoit régulièrement.
Le 29 janvier à Ciego de Ávila, selon le site Payolibre, José Mariño, chef provincial du contre-espionnage de la Sécurité de l’État, a violemment interpellé Luis Esteban Espinosa Echemendía, 20 ans, de l’agence Jóvenes sin Censura, avant de le soumettre à un contrôle au commissariat et de saisir son matériel journalistique. Le jeune journaliste avait déjà été arrêté et détenu pendant deux heures par la Sécurité de l’État le 10 janvier. Le 2 février, la police politique a mis à sac le domicile de son collègue de la même agence, Yosvani Anzardo Hernández, pour y chercher en vain de la « propagande ennemie ».
Enfin, le 24 janvier, le tribunal provincial de Camagüey a décidé de reporter au 8 février prochain le procès du journaliste indépendant Armando Betancourt, 44 ans, détenu sans jugement depuis le 23 mai 2006. Selon sa femme, Mercedes Boudet, elle-même menacée d’emprisonnement par la police, Armando Betancourt est incarcéré pour « activités anti-gouvernmentales » mais pourrait être condamné pour un délit de droit commun.
Benoît Hervieu
Despacho Américas / Americas deskReporters sans frontières
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L’après Castro ? La question est depuis un certain temps dans toutes les têtes. Mais pendant longtemps le sujet est resté tabou, preuve s’il en était besoin que même gravement malade ou moribond, Fidel Castro tenait encore les rênes du pouvoir. A l’instar des fins de règne des grands caudillos, il était indécent d’évoquer avec trop de précisions la succession du Lider Maximo de son vivant. La question n’est plus maintenant de savoir s’il y aura une transition à Cuba, mais quand et comment.
Malgré l’assurance officielle qu’il n’y a ni « transition », ni « succession » à Cuba, et que Raúl n’est au pouvoir que « temporairement », le doute susbsiste sur un retour de Fidel Castro au pouvoir. L’option militaire reste dans un premier temps la plus probable, ne serait-ce que parce qu’elle est sans doute la seule susceptible d’éviter un scénario catastrophe à la roumaine avec une explosion des tensions et des antagonismes qui minent la société cubaine. L’armée est déjà fermement implantée dans les sphères du pouvoir avec notamment la présence de deux généraux de premier plan au bureau politique (Abelardo Colomé Ibarra et Ulises Rosales del Toro). Cependant la personnalité de Raúl Castro reste un mystère.
Raúl Castro n’a que cinq ans de moins son frère ainé, et la réputation d’avoir une santé plutôt fragile : homme d’appareil et de coulisses, il est plutôt mal à l’aise en public. Autant Fidel est grand, imposant par sa carrure et sa prestance, autant Raúl est petit, chétif, terne et sans envergure. Fidel paralyse ses interlocuteurs du regard, et est encore capable de captiver ses auditeurs en alignant les anecdotes et les plaisanteries. Raúl fait pitié avec son regard chafouin, ses manières apprêtées et ses discours d’un dogmatisme et d’un ennui mortels.
Raúl a la réputation d’être un pragmatique : son appel aux Etats Unis pour négocier en est la preuve. Plus récemment il a décidé d’arreter de donner des noms aux années. 2006 était l’année de la « révolution énergétique », 2007 sera l’année du « 48 eme anniversaire de la révolution ». Et ainsi de suite. Pourquoi se casser la tête chaque année pour trouver un slogan dont tout le monde se soucie comme de sa première chaussette ?
Raúl Castro ne laisse pas beaucoup d’illusions d’ouverture du système. Bien qu’il soit une personne affable et connu pour sa cordialité, il a été le protagoniste de quelques moments d’une extrême dureté dans l’histoire de la révolution. En 1959, il assumait le commandement des troupes révolutionnaires qui prirent Santiago de Cuba, la seconde ville de Cuba ; il y ordonna l’exécution sommaire de 70 officiers et soldats qui s’étaient rendus. Après avoir été fusillés, les prisonniers furent jetés dans une fosse commune. Raúl, qui avait formé « l’Armée rebelle » à une discipline reconnue comme étant de fer, fut aussi l’organisateur, en 1996, d’une purge d’intellectuels du PCC qu’il accusa de déviations capitalistes en raison de leur appui à la politique d’ouverture économique.
Raul a toujours donné l’impression d’être un communiste dogmatique et un idéologue intransigeant : son rôle de procureur dans l’affaire Ochoa a montré qu’il était capable du pire. Mais l’histoire a déjà prouvé avec Gorbatchev que du plus terne des bureaucrates peut parfois surgir un réformateur audacieux. On sait maintenant qu’au lendemain des manifestations spontanées du mois d’août 1994 qui ont opposé la police et des émeutiers en plein centre de La Havane, Raul a fait personnellement pression sur Fidel pour obtenir la réouverture des marchés libres paysans au mois d’octobre de la même année.
Secondé par six cadres prééminents du Parti communiste, dont le vice-président Carlos Lage, et le chef de la diplomatie Felipe Perez Roque, Raúl a adopté un style aux antipodes de celui de son frère, avec des discours synthétiques et de rares apparitions devant les caméras. Il s’est aussi dit ouvert, aux « divergences » et au débat, et favorable à l’ascension de nouvelles générations. Pour le moment, rien de concret n’est cependant venu etayer ces déclarations.
En particulier, aucune amélioration n’est intervenue du côté des droits de l’homme. La libération pour raisons de santé le 6 décembre d’Hector Palacios, l’un des dissidents les plus combatifs du groupe des 75 arrêtés en mars 2003, n’a aucunement été perçue comme un signe d’assouplissement. Les autorités de La Havane ont déjà averti qu’elles prendront «toutes les mesures nécessaires» envers la dissidence y compris pour l’empêcher de recevoir des aides de Washington.
L’ère post-Fidel Castro a bel et bien commencé. Même si Raúl Castro a été désigné en tant que garant de la continuité révolutionnaire, une véritable relève des générations est inévitable. Peut-on imaginer que le vide créé par la maladie de Fidel Castro puisse être comblé par une direction collective issue du Parti communiste sous la direction de Raúl Castro ? C’est l’option qui semble se mettre en place actuellement. Mais une fois la succession de Fidel Castro confirmée et définitive, Raúl sera obligé de faire des concessions : les Cubains n’accepteront pas de la part du petit frère, ce qu’ils ont enduré en silence de la part du grand frère pendant près d’un demi siècle de privations.
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Dans sa dernière édition (janvier/février 2007) le magazine américain Foreign Policy donne la parole à Carlos Alberto Montaner, journaliste cubain exilé en Espagne. Comme beaucoup de Cubains, il pense que la disparition de Fidel Castro ne pourra se faire sans d’importants changements. « Le pouvoir de Fidel Castro n’est pas transférable. Il a beau être communiste, il appartient au même stock anthropologique que Francisco Franco ou Rafael Trujillo : le militaire autocratique. Ce type d’autorité basée sur un mélange de respect et de peur ne peut pas être transférée. » prédit Carlos Alberto Montaner.
Le point central est que seul Fidel paraît avoir l’autorité et le charisme pour gérer la situation. L’exemple le plus souvent cité est celui du « maleconazo » de 1994. C’était en pleine crise économique, un jour de chaleur, quand la police s’était affrontée durement avec un grand groupe de Cubains qui se préparaient à prendre la mer vers Miami. Des centaines de personnes avaient attaqué la police à coups de pierres et le désordre s’était généralisé sur le Malecón, en plein centre ville. C’est alors que Fidel en personne avait fait son apparition, et le combat s’arrêta net. La foule lâcha les pierres, applaudit le dirigeant et commença à se disperser petit à petit. Lorsque Fidel s’en alla, des dizaines de camions anti-émeute et des ouvriers sélectionnés pour leur loyauté apparurent et réprimèrent durement ceux qui restaient.
En six mois d’absence du pouvoir de Fidel Castro, la dissidence cubaine a commencé à tester la direction intérimaire menée par son cadet Raul, pour obtenir des améliorations de la situation des droits de l’homme, sans espérer néanmoins des changements profonds. Souvent qualifiés de «mercenaires» de Washington, les dissidents ont d’abord opté pour la prudence quand celui-ci a fait annoncer à la télévision le 31 juillet qu’il avait été opéré et devait céder «provisoirement» le pouvoir à son cadet, Raul, 75 ans.
Fin 2006, la commission de défense des droits de l’homme (illégale mais tolérée) de M. Elizardo Sanchez a chiffré à 283 le nombre de prisonniers politiques, soit 50 de moins qu’un an auparavant. Mais selon lui, le gouvernement a seulement changé de «stratégie», abandonnant les détentions longues pour des peines courtes et un strict contrôle.
La libération pour raisons de santé le 6 décembre d’Hector Palacios, l’un des dissidents les plus combatifs du groupe des 75 arrêtés en mars 2003, n’a aucunement été perçue comme un signe d’assouplissement. Quinze autres ont été relâchés pour les mêmes raisons depuis deux ans. Mais les autorités de La Havane ont déjà averti qu’elles prendront «toutes les mesures nécessaires» envers la dissidence y compris pour l’empêcher de recevoir des aides de Washington.
Cette année, « un ami de Castro et vétéran du parti » a confié à Jon Lee Anderson, de la revue New Yorker, que le dirigeant cubain « est angoissé par le fait de vieillir et obsédé par l’idée que le socialisme cubain pourrait ne pas lui survivre ». C’est pour cela, explique Anderson, que Castro s’est lancé dans son ultime combat, la « Bataille des idées ». Son objectif est de renouveler l’engagement des Cubains envers les idéaux de la révolution, surtout celui des jeunes qui ont atteint leur majorité durant la « Période spéciale ». C’était au début des années 90, lorsque la dissolution de l’Union soviétique laissa Cuba sans allié stratégique, sans pétrole subventionné et sans achats garantis des produits de base.
En privé, raconte le journaliste Anderson, « beaucoup de Cubains considèrent la Bataille des idées comme un spectacle qu’ils doivent tolérer mais qui n’affecte en rien leurs vies. Peu gagnent assez pour bien manger et encore moins, pour vivre à l’aise. Conséquence des carences endémiques de l’île : presque tout le monde a un contact avec le marché noir ». Anderson signale qu’il y a une tension toujours plus grande entre la vie publique cubaine, avec ses rassemblements et ses marches, et la vie privée, où chacun cherche comment gagner un peu plus. A l’intérieur et en-dehors de l’île, l’une des craintes est que la mort de Fidel Castro n’engendre une explosion de violence, accompagnée de pillages et de répression.
Raúl Castro ne laisse pas beaucoup d’illusions d’ouverture du système. Bien qu’il soit une personne affable et connu pour sa cordialité, il a été le protagoniste de quelques moments d’une extrême dureté dans l’histoire de la révolution. En 1959, il assumait le commandement des troupes révolutionnaires qui prirent Santiago de Cuba, la seconde ville de Cuba ; il y ordonna l’exécution sommaire de 70 officiers et soldats qui s’étaient rendus. Après avoir été fusillés, les prisonniers furent jetés dans une fosse commune. Raúl, qui avait formé « l’Armée rebelle » à une discipline reconnue comme étant de fer, fut aussi l’organisateur, en 1996, d’une purge d’intellectuels du PCC qu’il accusa de déviations capitalistes en raison de leur appui à la politique d’ouverture économique.
Entre temps, Cuba a du faire des concessions pour éviter la banqueroute généralisée de la « période spéciale » et les émeutes de la faim, comme celle a eu lieu à proximité du Malecon en 1994. L’ouverture au capital étranger et au tourisme a rouvert des plaies mal cicatrisées : les privilèges dont jouissent les investisseurs étrangers et les touristes sont mal supportés car ils ne sont accompagnés d’aucune ouverture en direction des Cubains. Avec Raul Castro, la junte au pouvoir entend bien conserver le juteux monopole des affaires en dollars avec les étrangers, en faisant miroiter au bon peuple de futures améliorations en pesos.
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Grande admiratrice du dictateur cubain, Danielle Mitterrand n’a jamais marchandé son amitié à Fidel Castro, avec qui elle entretient de bons rapports depuis longtemps. Sa présence à Cuba constitue aussi un marque de reconnaissance pour son frère Raul Castro, qui assume le pouvoir depuis l’hospitalisation de Fidel Castro.
La France, a été un des tout premiers pays à rompre l’isolement diplomatique cubain en 1995 grâce à Danielle Mitterrand. Certes il ne s’agissait pas d’une visite officielle mais d’une rencontre privée avec François Mitterrand : Fidel Castro était de passage en France, invité par l’UNESCO. Mais les faits sont là et les caméras de télévision ont abondamment diffusé les images de Danielle Mitterrand embrassant Fidel comme un vieil ami.
La présidente d’une association qui a pour nom « France liberté » peut-elle continuer à soutenir une dictature communiste qui emprisonne journalistes et opposants pour 15 à 20 ans ?
L’association de soutien aux prisonniers politiques cubains « Collectif Solidarité Cuba Libre » estime cette attitude indigne. Dans un communiqué diffusé à la presse elle fait valoir que « Qu’une organisation qu’elle quelle soit aide le régime cubain nous choque. La collaboration avec un régime totalitaire est inacceptable surtout lorsqu’elle se fait sous couvert d’une aide humanitaire utilisée à des fins de propagande. Mais lorsque cette organisation se réclame de la lutte pour les droits de l’homme et qu’en plus elle s’appelle France Liberté, la collaboration devient outrageuse, inacceptable. »
Parmi les personnalités qui soutiennent Fidel Castro, et se rendent fréquemment à Cuba on compte aussi Gérard Depardieu, Ry Cooder, Manu Chao, Bernard Cassen, et Ignacio Ramonet.