Critique constructive, mensonge et vidéo

alarcon debateCuba a t-il imprudemment décidé de jouer avec le feu en autorisant un honorable dirigeant (Ricardo Alarcon) à débattre « librement » avec des étudiants ? Ce pauvre Alarcon habitué à plus de respect a fait vraiment pitié. A la question « Pourquoi le peuple de Cuba n’a pas la possibilité de se rendre dans des hôtels ou de voyager dans des endroits déterminés dans le monde ? » Il a répondu visiblement surpris par tant d’audace : « Si les six milliards d’habitants de la planète pouvaient voyager où ils voulaient, la cohue serait énorme dans le ciel ». Cette réponse grotesque montre à quel point les dirigeants cubains sont peu habitués à répondre a de vraies questions.
Depuis, des enregistrements vidéo de ces critiques ont commencé à circuler sur Internet et ont été repris par des médias étrangers. Sur les images, Alejandro Hernandez, un étudiant de l’Université des sciences informatiques, s’insurge contre la consigne officielle qui préconise un mode de scrutin fermé.

« Le peuple n’a pas d’indicateurs pour mesurer la qualité de la gestion des dirigeants, demande Alejandro Hernandez. J’ai vu les photos et les biographies de tous les délégués et députés, candidats à l’Assemblée et je me suis dit: ‘Qui sont-ils?’ Je ne sais pas qui ils sont. (…) Qu’est-ce qui se passe quand l’homme qui t’a fait devenir révolutionnaire, qui est Fidel Castro pour nous tous, qui t’a donné cette idéologie, te conseille le vote uni et que ta conscience te dit de faire autre chose? (…) Je me demande quelle est la limite entre le bourrage de crâne et la persuasion ».
Très bonne question : tout le monde connait d’ailleurs parfaitement la réponse à Cuba, mais il est déconseillé de la donner, du moins en public. Mais déjà poser une question c’est prendre un risque énorme. Raul Castro sera t-il le Gorbatchev de Cuba ? Il avait invité les Cubains à donner « librement » leur opinion sur les problèmes du pays, et des milliers de réunions ont été organisées sur les lieux de travail et les quartiers. La quesion est : Raul Castro peut-il controler le mouvement une fois qu’il a commencé ? Visiblement non.

Un autre étudiant, Eliecer Avila, critique de son côté la politique économique des autorités. « Pourquoi le commerce intérieur de tout le pays a migré vers le peso convertible alors que nos ouvriers, nos travailleurs et nos agriculteurs touchent leur salaire en monnaie nationale dont le pouvoir d’achat vaut 25 fois moins, soit deux ou trois jours de travail pour acheter une brosse à dents? » « Pourquoi n’existe-t-il pas un échange plus constant entre, par exemple, le Conseil des ministres et le peuple? »demande t-il très justement ?

Tout le monde sait à Cuba que le socialisme n’est qu’un décor de pacotille destiné à masquer la calamiteuse gestion d’une petite oligarchie militaro communiste. Mais les journalistes qui ont commencé à écrire la dessus ont écopé de 20 ans de prison en mars 2003. Alors pourquoi provoquer ce débat en public ? Il semble que les rivalités pour la succession de Castro poussent certains dirigeants cubains à commettre de grosses imprudences. Ce pauvre Alarcon en a fait l’amère expérience. Mais qui donc a encouragé ces étudiants à parler : aucun cubain n’est assez fou pour prendre un tel risque sans avoir une bonne raison de le faire.

C’est pourquoi dès le 11 lendemain, une autre vidéo, recadre l’affaire. On y voit, toujours à l’université, les quatre mêmes étudiants, qui dénoncent la façon dont la première vidéo a été utilisée. « Je n’ai jamais éprouvé dans ma chair une manipulation aussi criminelle que celle-là », déclare l’un d’eux. Et Eliecer Avila : « Tout ce qui se dit est un mensonge total. Nos propos avaient pour objectif d’améliorer le socialisme et non de le détruire. » . Heureusement car sinon c’était la prison pour 20 ans.

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