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La dictature de Batista et l’offensive castriste

Lorsque Batista se lance à l’assaut du pouvoir en plein milieu de la campagne électorale de 1952, Cuba traverse une période d’instabilité marquée par la corruption omniprésente et surtout la collusion entre les partis politiques et les gangs armés. La Havane se réveille alors régulièrement avec des coups de feu tirés au petit jour et des cadavres anonymes roulant dans les caniveaux. Il n’est donc guère surprenant de constater le peu de résistance que rencontre Batista après son coup d’État : la police disperse quelques manifestations sporadiques, notamment à l’université. Les communistes du PSP (Parti social populaire) protestent mollement : proches de Batista ils ont soutenu son gouvernement de 1940 à 1944, allant même jusqu’à accepter un portefeuille (confié à Carlos Rafael Rodriguez, qui sera plus tard ministre de Castro).

Fidel Castro n’a alors que 25 ans et vient de terminer ses études de droit à l’université de La Havane : il appartient à un groupe d’étudiants contestataires et participe activement aux affrontements entre groupes issus des partis politiques.

Sous l’emprise de Batista, Cuba est devenu une destination privilégiée pour les touristes américains, en marge de l’Amérique conservatrice des années 50. La Havane offre alors toutes sortes de plaisirs interdits : strip tease, spectacles érotiques, prostitution mais surtout de nombreux casinos tenus par la pègre américaine. L’hôtel Nacional avec sa vue imprenable sur le Malecon a les préférences de Santos Traficante, Lucky Luciano et Frank Costello , tandis que Meyer Lanski, a ses habitudes à l’hôtel-casino Riviera. Le 26 juillet 1953, en plein carnaval, Castro et 150 de ses partisans se lancent à l’attaque de la caserne Moncada à Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays. L’opération, préparée par Fidel et son frère Rau´l, se solde par un échec sanglant suivi d’une vengeance féroce de Batista. 70 des participants sont capturés, dont beaucoup seront torturés avant d’être exécutés.

En tant qu’avocat, Castro assure lui-même sa défense au cours du procès qui s’ouvre deux mois après l’attaque de la Moncada devant le tribunal de Santiago. Sa plaidoirie se transforme en un véritable réquisitoire contre le gouvernement : Castro aligne les chiffres (déjà !) et les statistiques pour démontrer le dénuement de la petite paysannerie et du prolétariat de Cuba. Il termine sa plaidoirie de deux heures par une apostrophe comminatoire à l’attention de ses juges : « Condamnez-moi, peu importe, l’Histoire m’absoudra. » Au moins pour la première partie de sa conclusion, Castro est entendu : 15 ans de prison. Mais 2 ans plus tard il est libéré par Batista à la faveur d’une amnistie et s’exile au Mexique où il prépare un retour clandestin à Cuba.

Le 2 décembre 1956 au petit matin, Castro débarque sur la côte est de Cuba avec un yacht (le Granma) sur lequel il a entassé 81 guérilleros recrutés à Mexico. Parmi eux Ernesto Guevara, un jeune médecin argentin que ses amis ont surnommé « Che » et qui qualifiera dans son journal de « naufrage » le débarquement des fidélistes. À la suite d’une embuscade, une poignée de survivants (12 selon l’histoire officielle) réussit à organiser la résistance autour de Castro dans les montagnes de la Sierra Maestra.

Personne ne prend trop au sérieux Castro dont la minuscule armée est qualifiée de « poignée de bandits » par Batista. Les Américains ne se méfient guère de cet intellectuel qui déclare simplement vouloir rétablir la démocratie à Cuba. La presse américaine le considère même avec sympathie et le surnomme « le Robin des bois de Cuba ». Parallèlement, l’agitation de petits groupes révolutionnaires gagne les grandes agglomérations : le 13 mars 1957, une tentative d’attaque contre le palais présidentiel par un groupe d’étudiants échoue lamentablement. Elle aboutit à la mort du leader de la FEU (Fédération étudiante universitaire) José Antonio Echevarria et d’une trentaine de ses complices. En avril 1958, une grève générale déclenchée sans l’appui des communistes échoue piteusement. La répression s’abat sur les opposants politiques et les méthodes de la sécurité militaire ne tardent pas à provoquer l’indignation générale : la presse publie les photos des cadavres torturés et mutilés qui discréditent la réputation de Batista.

Castro va profiter de cette situation confuse pour s’affirmer comme seul chef crédible de l’opposition armée au pouvoir. En 1958, il déclenche les offensives qui aboutiront à la chute d’un pouvoir déjà très affaibli. Les invités de la grande réception organisée par Batista pour le réveillon du 31 décembre 1958, attendront leur hôte en vain : il s’est envolé à bord d’un DC4 en direction de Saint-Domingue.

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