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Cuba : voyager sans fermer les yeux

bodega Plus de deux millions de touristes ont encore visité Cuba en 2007 : deux millions de soutiens à une dictature commmuniste ? La question mérite d’être posée même si la réponse n’est pas évidente car l’opacité du système cubain rend difficile un bilan financier des recettes touristiques.

En 2007 Cuba a accueilli 2,15 millions de touristes étrangers qui ont généré un revenu de 2,38 millions de dollars soit la principale source de devises du pays (en dehors des recettes pétrolières offertes par le Venezuela). Un chiffre légèrement inférieur à celui de l’année précédente, tandis que l’occupation des hôtels a aussi diminué, avec une baisse de 45,7% en 2007 par rapport aux 46,6% de 2006. Mais le flux de touristes en direction de Cuba reste important : 2007 est la 4e année consécutive durant laquelle Cuba a reçu plus de 2 M de touristes étrangers. Une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les Cubains ?

Personnellement je ne pense pas que appeller à boycotter Cuba en tant que destination touristique soit la bonne solution. L’afflux de touristes a permis de désenclaver l’île d’un point de vue de l’information : les touristes sont des sources d’informations ambulantes et leur contact, si superficiel soit-il, permet de relativiser la propagande castrite dont sont abreuvés les Cubains quotidiennement.

En revanche, il est préférable de ne pas voyager n’importe comment : la première chose est d’éviter d’aller à l’hôtel ou de partir avec un voyage organisé : vous risquez de passer completement à coté de la réalité cubaine et de vous retrouver dans des hôtels ou le service est souvent de mauvaise qualité. Avec en plus la désagreable impression de financer directement la dictature castriste (l’Etat cubain est propriétaire au minimum à 50% de tous les hotels de Cuba, même ceux construits par des investisseurs étrangers).

Notre conseil est d’acheter un vol sec, avec eventuellement une ou deux nuits d’hotel pour vous poser, et ensuite de loger chez l’habitant. Vous serez ainsi au contact de la réalité cubaine avec ce qu’elle a parfois de chaleureux, mais aussi de contraignant.

Les coupures d’eau ou d’electricité ne vous serons pas épargné, mais sachez que la pénurie fait partie du paysage cubain au même titre que la salsa ou les palmiers. Si vous êtes du genre à ne pas vous contentez des clichés touristiques, votre séjour à Cuba sera bien plus enrichissant au contact d’une famille cubaine.

Un autre argument c’est l’exploitation de la main d’oeuvre cubaine dans les hotêls pour touristes. Car pour engager du personnel cubain, une entreprise étrangère présente à Cuba doit impérativement passer par l’agence du gouvernement cubain (ACOREC1) qui détient le monopole de la fourniture du personnel aux entités étrangères. Une fois le contrat d’embauche signé, l’entreprise étrangère paye directement le salaire en dollars à ACOREC, qui paye à son tour le personnel mais en pesos cubains, soit environ ….25 fois moins, compte tenu du taux de change réel.

Un travailleur cubain dans le secteur du tourisme reçoit, de fait, moins de 5 % du salaire payé par son employeur étranger. Un bel exemple de plus-value et d’exploitation au sens marxiste du terme, et au passage une source de devises non négligeable pour le gouvernement cubain. Un carambar et les remerciements du Parti, voilà à quoi se résume le « salaire » horaire d’un Cubain en 2007. Un système plus proche de la spoliation que de la sous-traitance, qui prend la forme d’une redevance versée par les investisseurs étrangers à l’Etat cubain pour avoir le droit de disposer de « sa » main d’œuvre. L’Etat cubain se comporte de fait en véritable négrier avec sa propre population, et certains chercheurs qualifient ce système d’ esclavage moderne – modern slavery. En outre ce système monopolistique n’admet aucune intervention des syndicats, ce qui est contraire aux conventions de l’OIT.

Dans un article intitulé « Votre argent finance la dictature » un journaliste note que

Si l’industrie touristique cubaine emploie effectivement 100 000 personnes, l’ensemble des salaires reçus par les employés des hôtels et des restaurants dépasse à peine 32 millions de dollars américains par an, soit une maigre fraction des deux milliards de dollars américains qu’y ont dépensés les 2,2 millions de touristes venus y passer leurs vacances en 2006.

Hugo Loiseau, professeur adjoint à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et spécialiste de l’Amérique latine,explique dans ce même article que « Le maintien d’un régime totalitaire est extrêmement coûteux, parce que cela nécessite une bureaucratie lourde, mais aussi une armée toujours sur le pied d’alerte, dit-il. Il ne faut donc pas s’étonner que ce soit Raul Castro qui contrôle l’industrie touristique cubaine. »

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