Des milliers de Cubains ont manifesté dans la rue dimanche pour protester contre le gouvernement et sa gestion de la crise économique.
« Les gens manquent de tout, la situation économique et sociale est absolument horrible », a analysé lundi 12 juillet sur franceinfo Janette Habel, spécialiste de Cuba, tandis que des milliers de personnes ont manifesté sur l’île dimanche pour dénoncer notamment la situation économique désastreuse dans laquelle le pays est plongé. Selon cette maître de conférences à l’Institut des hautes études d’Amérique latine (IHEAL), « la population n’en peut plus ». Selon elle, « le premier problème ce sont les sanctions ».
Ainsi, Janette Habel juge « qu’avant tout autre chose, ce pays est victime depuis 62 ans de sanctions économiques absolument effarantes ».
franceinfo : Pourquoi les manifestations interviennent maintenant ? Quelle est la goutte qui a fait déborder le vase ?
Janette Habel : La goutte qui a fait déborder le vase, elle existe depuis des mois, même beaucoup plus. La situation est terrible. Ce qui est même étonnant, c’est que ça ne se produise que maintenant. Les gens manquent de tout, la situation économique et sociale est absolument horrible.
Il y a des problèmes d’alimentation, de médicaments, une pandémie de Covid-19 qui sévit comme sur tout le reste du continent, ainsi que dans les Caraïbes et en Amérique centrale. Cela aggrave considérablement la situation, il n’y a plus de tourisme, alors que l’économie est fondée dessus.
« Le fait qu’il n’y ait plus de tourisme fait qu’il n’y a plus de ressources. Le gouvernement est pris à la gorge, indépendamment des erreurs qu’il peut commettre. »
Janette Habel
à franceinfo
Si vous faites le tour de la situation, il y a eu en plus un cyclone Elsa, qui en a rajouté dans le désastre. Donc, on a la pandémie, la perte des ressources dues à l’absence de tourisme, plus d’envoi d’argent, plus de voyages, plus de transactions en dollars parce que tout ça est lié aux mesures prises par Donald Trump.
Mais aussi des mesures économiques prises par le gouvernement au début de l’année qui ont aggravé les inégalités et la pauvreté, des coupures de courant parce que le pétrole qui arrivait du Venezuela n’arrive quasiment plus.
Tout ça dans un contexte de hausse de température, donc vous imaginez ce qui se passe dans les maisons avec les climatisations et les frigidaires qui se décomposent. Les médicaments, les vaccins, le manque de seringue, pas de technologie pour réparer ce qui ne marche plus… Le mécontentement social monte, ce n’est pas étonnant. La population n’en peut plus.
Les Cubains n’ont plus peur ?
Je pense qu’une partie de la population n’a pas peur à Cuba, c’est un peuple rebelle avec des grandes traditions. Le « je n’ai plus peur » doit concerner une petite partie de la population, mais je ne suis pas sûre que ce soit le sentiment général. Le sentiment majoritaire est que les gens veulent que ça change, ils protestent contre la politique menée par le gouvernement, dont ils ne savent pas très bien où elle va. Le gouvernement n’a pas caché les difficultés. Il a appelé ses partisans à descendre dans la rue face aux autres, il y a eu des gaz lacrymogènes, des arrestations… Il n’y a pas encore eu d’affrontements, il faut espérer qu’il y en aura pas, et que le gouvernement aura l’intelligence de les éviter.
