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  • Le ministre de la Communication, Ramiro Valdes, a déclaré, le 12 février 2007, qu’il considérait Internet comme un « outil d’extermination globale » (Tool for global extermination) et qu’il fallait impérativement que cette « arme sauvage » (wild colt) soit « contrôlée ». L’officiel cubain a par ailleurs expliqué que si très peu de ses citoyens accédaient à Internet, la faute en revenait à l’embargo américain, qui empêche son pays de se raccorder au Web dans de bonnes conditions. Reporters sans frontières rappelle que le retard de Cuba en matière d’Internet résulte avant tout de la volonté du gouvernement de contrôler la circulation de l’information sur son territoire.

    « Il est évident que l’embargo américain, qui empêche Cuba de se raccorder au Réseau par des câbles sous-marins, ne facilite pas le développement du Net dans ce pays. Nous avons toutefois publié un rapport, en octobre 2006, qui démontre que les autorités brident délibérément l’accès à la Toile. Il eût d’ailleurs été étonnant que ce pays, qui ne compte aucun journal, radio, ou télévision indépendant, permette un accès libre à Internet. Nous attendons avec impatience qu’une meilleure connexion au Réseau soit établie, comme l’a annoncé le ministre, par l’intermédiaire du Venezuela. Nous verrons alors si le gouvernement accepte enfin que ses citoyens accèdent à un Web non censuré », a déclaré l’organisation.

    Ramiro Valdes a fait ces déclarations, rapportées par l’Associated Press, lors de l’ouverture d’une conférence sur les technologies de la communication qui se tenait à la Havane. Il a vivement critiqué les Etats-unis, accusés d’utiliser le Web pour « affaiblir le gouvernement communiste » (undermine the communist government).

    Internet à Cuba, un réseau sous surveillance (extrait du rapport de Reporters sans frontières d’octobre 2006) :

    « Avec moins de deux internautes pour 100 habitants, Cuba figure parmi les pays les plus en retard en matière d’Internet. Il est de loin le plus mal loti d’Amérique latine – le Costa Rica fait 13 fois mieux – et se situe au niveau de l’Ouganda ou du Sri Lanka. Sur une île qui se targue d’avoir l’un des niveaux d’éducation les plus élevés de la planète, ce constat a de quoi surprendre. Les autorités défendent ce bilan catastrophique en blâmant l’embargo américain, qui les empêcherait de s’équiper du matériel nécessaire au développement du Réseau. Elles expliquent notamment que, ne pouvant pas se raccorder à l’Internet mondial par le biais de câbles optiques sous-marins, elles en sont réduites à utiliser des connexions satellitaires coûteuses et moins efficaces. Cet argument peut en effet expliquer la lenteur de l’Internet cubain et les files d’attente interminables devant les cybercafés. Mais il ne justifie en rien le système de contrôle et de surveillance du Réseau mis en place par les autorités. Dans un pays où les médias sont à la botte du pouvoir, empêcher la circulation d’informations indépendantes sur Internet est naturellement devenu une priorité.

    Le gouvernement cubain utilise plusieurs leviers pour s’assurer que ce média n’est pas utilisé de manière « contre-révolutionnaire ». Tout d’abord, il a peu ou prou interdit les connexions privées au Réseau. Pour surfer ou consulter leurs e-mails, les Cubains doivent donc obligatoirement passer par des points d’accès publics (cybercafés, universités, « clubs informatiques pour la jeunesse », etc), où il est plus facile de surveiller leur activité. Ensuite, la police cubaine a installé, sur tous les ordinateurs des cybercafés et des grands hôtels, des logiciels qui déclenchent un message d’alerte lorsque des mots-clés « subversifs » sont repérés. Le régime s’assure par ailleurs que les opposants politiques et les journalistes indépendants n’accèdent pas à Internet. Pour ces derniers, communiquer avec l’étranger est un véritable chemin de croix. Enfin, le gouvernement mise sur l’autocensure. A Cuba, on peut être condamné à vingt ans de prison pour quelques articles « contre-révolutionnaires » publiés sur des sites étrangers et à cinq ans simplement pour s’être connecté au Net de manière illégale. Peu d’internautes osent défier la censure de l’Etat et prendre un tel risque. »

  • Le décès de ce dernier, le 10 décembre 2006, empêche de fait que justice soit totalement rendue aux victimes et à leurs familles. Mais la mort du dictateur ne doit pas signifier pour autant l’impunité.

    « Nous regrettons, comme beaucoup, que le général Pinochet soit mort sans jamais avoir comparu devant un tribunal. Son décès suscite, à juste titre, de lourdes frustrations qui ne pourront s’apaiser, à défaut de disparaître, que si la justice chilienne s’engage résolument à juger et à condamner les responsables des violations de droits de l’homme commises entre 1973 et 1986. Nous rendons hommage aux victimes de ce régime sanglant, qui a bénéficié de la scandaleuse complaisance des puissances occidentales et du soutien des Etats-Unis. Nos pensées vont en particulier aux 68 professionnels des médias et à leurs familles, pour qui la mort du dictateur ne doit pas rimer avec l’impunité », a déclaré Reporters sans frontières.

    Du coup d’Etat du 11 septembre 1973 à 1986, quatre ans avant le retour du pouvoir civil, la dictature du général Augusto Pinochet a causé la mort ou la disparition de 68 professionnels des médias, dont 21 rédacteurs, 20 photographes, cameramen ou techniciens et 27 ouvriers de presse. La plupart ont été arrêtés, torturés et assassinés dans les semaines qui ont suivi le coup d’Etat, mais une loi promulguée par la junte en 1978 a amnistié tous les crimes commis antérieurement. Le 21 mars 2006, treize militaires ont été inculpés par la justice pour leur participation à la « Caravane de la mort », un commando itinérant chargé d’éliminer les opposants, qui a sévi en octobre et novembre 1973. Leur procès n’a toujours pas commencé. La « Caravane de la mort » a exécuté au moins 75 prisonniers politiques, dont le directeur de la station Radio Loa, Carlos Berger Guralnik, le 19 octobre 1973.

    Dans les années 1980, d’autres journalistes ont été tués lors de la répression par le pouvoir des vagues de protestations précédant le référendum de 1988, prélude à la fin de la dictature. Le 2 juillet 1986, le photographe indépendant Rodrigo Rojas est mort après avoir été brûlé vif par une patrouille de l’armée. Le responsable direct de l’assassinat, le lieutenant Pedro Fernández Dittus, a été condamné à une peine de prison. Le 8 septembre 1986, au lendemain d’un attentat manqué contre le général Pinochet, le directeur de l’hebdomadaire Análisis (aujourd’hui disparu) José Carrasco Tapia a été tué à la mitraillette avec trois autres opposants. Quatorze anciens agents de la police politique ont été inculpés, le 26 octobre 2005, mais leur supérieur hiérarchique, le général Humberto Gordon, est décédé en 2000 d’un cancer, alors qu’il bénéficiait d’une liberté conditionnelle.

    José Carrasco Tapia est le dernier journaliste assassiné sous la dictature. A l’endroit où son corps a été retrouvé, un monument à la mémoire des journalistes tués et disparus sous le régime de Pinochet a été inauguré le 8 septembre 1999.

    Fin du communiqué de RSF

    La question se pose maintenant pour Fidel Castro, dont le bilan n’a rien à envier à Pinochet
    De très nombreux témoignages ont permis d’établir que la torture a été pratiquée massivement à Cuba, et continue de l’être. Selon l’organisation CubaArchive.org, le castrisme aurait fait 9.240 victimes à Cuba.

    María C. Werlau et le directeur de recherches de cette organisation, Armando Lago, économiste, estiment que jusqu’à 77.000 Cubains peuvent avoir perdu la vie en tentant de s’échapper de l’île.

    María C. Werlau, qui a vécu au Chili pendant la dictature de Pinochet, a personnellement vu comment la conscience internationale des atrocités en matière de droits de l’homme a aidé le Chili à reconstituer sa démocratie. « Le régime de Castro a exécuté davantage de gens durant seulement ses trois premières années, que le régime de Pinochet a fait de tués ou « disparus » durant toutes ses 17 années de pouvoir » précise Werlau.

    « Mais les victimes de Castro qui sont souvent plus nombreuses– et qu’incluent non seulement des adversaires politiques mais aussi des familles complètes assassinées pour avoir essayé de s’enfuir — sont encore inconnues, ignorées ou oubliées. »

  • Cuba assume, à compter du 11 septembre 2006 et pour trois ans, la présidence tournante du Mouvement des non-alignés (MNOAL), dont La Havane accueille pour cinq jours le 14e sommet. Cinquante chefs d’Etat ou de gouvernement, 3 000 délégués de 116 pays membres (bientôt 118 avec l’adhésion prochaine d’Haïti et de Saint-Kitts et Nevis) et les représentants de plusieurs pays observateurs, comme la Chine, sont attendus dans la capitale de l’île du 11 au 16 septembre, en présence du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan.

    Ce sommet ne doit pas servir de paravent à des gouvernements pour qui les déséquilibres Nord-Sud justifient la dictature, l’oppression et l’absence d’Etat de droit. L’organisation souligne également que « la protection et la promotion des droits de l’homme » comptent parmi les objectifs fixés dans le projet de document final qui sera soumis à l’approbation des pays membres au cours du sommet.

    « Les chefs d’Etat et de gouvernement ont réaffirmé l’importance significative qu’attache le Mouvement à la promotion et à la protection des droits de l’homme, et à l’engagement de remplir les obligations destinées à promouvoir le respect universel, l’observance et la protection de tous les droits humains et libertés fondamentales en accord avec la charte des Nations unies, les autres textes relatifs aux droits de l’homme et les lois internationales », lit-on au paragraphe 193-1 du projet, entériné le 30 mai 2006 à Putrajaya (Malaisie).

    On peut malheureusement s’attendre à ce que des pays comme l’Iran, l’Ouzbékistan, le Zimbabwe, la Libye ou le Bélarus paraphent une promesse qu’ils ne sont pas près d’honorer, sans oublier Cuba qui, en tant que président du Mouvement, devra veiller à ce qu’elle soit tenue. La référence à la charte des Nations unies et aux lois internationales dont se parent ces pays les oblige logiquement vis-à-vis de l’Onu et de la communauté internationale. Nous espérons que le sécrétaire général de l’Onu Kofi Annan saura le leur rappeler.

    Un très mauvais signe a déjà été donné à la veille du sommet par les autorités cubaines qui ont tout fait pour limiter la couverture de l’événement en expulsant des journalistes étrangers. Cuba demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine avec 23 prisonniers issus de la profession.

    Benoît Hervieu
    Despacho Américas / Americas desk
    Reporters sans frontières
    5, rue Geoffroy-Marie
    75009 Paris – France

  • Reporters sans frontières regrette cette politique timorée dont l’inefficacité a pu être constatée durant ces trois dernières années. Le Conseil a lui-même reconnu que « la situation des droits de l’homme à Cuba (s’était) encore détériorée depuis juin 2005 » et que « le nombre de prisonniers politiques avait augmenté au cours des douze derniers mois ».

    Face à ce triste constat, une redéfinition de la position de l’Union européenne envers Cuba semble logique. Certes, la mise en place de sanctions économiques n’est pas souhaitable, mais l’utilisation de sanctions politiques permettrait de rappeler le gouvernement à ses obligations. Ces dernières seraient un outil de pression approprié pour inciter les autorités cubaines à prendre leurs responsabilités en ce qui concerne les droits fondamentaux.

    Reporters sans frontières rappelle que vingt journalistes sont encore emprisonnés depuis la vague de répression de mars 2003 et que quatre autres ont été arrêtés au cours de l’été 2005. Depuis le « printemps noir » de 2003, les journalistes encore en exercice sont soumis à une pression constante des autorités. Une nouvelle vague de répression politique sévit depuis le début de l’année 2006.

    Elle prend la forme d’actions violentes et intimidantes, notamment envers la presse indépendante, comme l’illustre l’arrestation d’Armando Betancourt, journaliste indépendant, arrêté le 23 mai. Enfin, le gouvernement refuse d’accorder une connexion Internet à Guillermo Fariñas dont l’état de santé s’est dramatiquement détérioré depuis le début de sa grève de la faim, le 31 janvier 2006.

    La décision de l’UE est en effet difficile à comprendre alors même qu’elle indique dans son rapport que :

    « L’organisation, depuis 2005, de dizaines d’actes violents de harcèlement et d’intimidation, y compris d’actes dits de répudiation, est un sujet de préoccupation particulière. Le Conseil a fait part de l’inquiétude que lui inspirent les informations selon lesquelles certains actes de « répudiation » ont lieu avec la complicité de la police et des forces de sécurité. En tout état de cause, les autorités cubaines ne respectent pas l’obligation qui leur incombe de protéger tous les citoyens. Le Conseil a invité instamment le gouvernement cubain à prendre sans tarder des mesures visant à mettre fin à la vague actuelle de harcèlement et à s’efforcer d’empêcher réellement qu’elle reprenne. »

  • Plus qu’un rapport, il s’agit d’une enquête réalisée par Benoit Hervieu sur l’état de la presse indépendante à Cuba, trois ans après la vague de répression du 18 mars 2003. RSF n’ayant pas obtenu l’autorisation de se rendre à Cuba, son représentant pour l’Amérique basé à Paris, a du se contenter d’une enquête téléphonique. Malgré cette limite, il brosse un tableau intéressant et très complet de l’état de la presse indépendante à Cuba, et de ses faibles moyens humains et matériels.

    Extraits du rapport de RSF sur la presse indépendante à Cuba

    Le 18 mars 2003, une vague de répression sans précédent s’abat sur la dissidence cubaine. Pendant trois jours, quatre-vingt dix opposants sont arrêtés sous prétexte d’être des « agents de l’ennemi américain ». Parmi eux figurent vingt-sept journalistes. Tous ou presque tombent sous le coup de la « loi 88 » de février 1999 qui protège « l’indépendance nationale et l’économie de Cuba » et écopent de peines comprises entre 14 et 27 ans de prison. Ce printemps noir porte un coup très dur à la presse indépendante, qui avait commencé à émerger dans l’île au tournant des années 90 avec la création de petites agences d’information. Les fondateurs et directeurs de ces dernières étant incarcérés, nombre de journalistes préfèrent renoncer à leur métier ou choisir la voie de l’exil. Le journalisme indépendant à Cuba est-il mort ce jour-là ? Trois ans après la vague de répression, Reporters sans frontières a voulu dresser un nouvel état des lieux. Faute de pouvoir se rendre sur place, l’organisation a contacté des journalistes encore présents sur l’île ou exilés, membres d’une agence ou indépendants, des familles de dissidents incarcérés et des médias – sites Internet, radios ou revues -, basés pour la plupart à Miami (deuxième ville cubaine du monde avec près de 3 millions de ressortissants), Puerto Rico et Madrid. Si le nombre exact de journalistes en activité à Cuba est difficile à établir aujourd’hui, et si leurs conditions de travail sont encore plus précaires, à l’aune d’une autre vague de répression qui traverse actuellement le pays, la presse non officielle cubaine n’a pas désarmé. Elle constitue même la première source d’information concernant la situation des droits de l’homme sur l’île. Néanmoins, sa clandestinité la condamne à être une presse « de l’intérieur pour l’extérieur », quasi inaccessible à ceux dont elle parle pourtant au quotidien.

    «De toute façon, les particuliers ne peuvent s’offrir
    un ordinateur, rappelle utilement Armando
    Betancourt, collaborateur indépendant de
    Nueva Prensa Cubana résidant à Camagüey. Il
    faut l’acheter pièce par pièce. Un moniteur
    coûte 200 pesos convertibles, soit l’équivalent
    en dollars. Un ordinateur complet vaut 600 dollars
    et une caméra numérique, 300 dollars. Du
    coup, je m’en fais prêter une. Quant aux imprimantes,
    elles sont interdites à la vente.» Pour
    Jaime Leygonier, ancien prisonnier politique et
    collaborateur indépendant de Cubanet : «cette
    absence de moyens de transmission pose aussi
    le problème de la dépendance, de plus en plus
    grande, vis-à-vis des supports extérieurs,
    notamment de Miami. Leur demande est forte,
    surtout en ce qui concerne l’information relative
    à la situation des droits de l’homme. Nous
    devons rendre notre copie plus vite et nous
    n’avons plus aucun moyen de contrôler notre
    propre travail.»

    Qui sont les journalistes de l’île, et combien
    sont-ils ? «Pas moins de cent»,
    assure Elizardo Sánchez qui
    prend en compte «treize agences,
    dont huit ou neuf nées
    après la vague de répression,
    mais inégalement actives en raison
    de la censure d’Internet». Un
    journaliste dissident évoque la participation à
    une Conférence sur la transition démocratique,
    le 23 février 2006 à La Havane, de «80 confrères
    indépendants». Fondateur du Grupo de Trabajo
    Decoro en 1997, Manuel Vázquez Portal, en exil
    depuis mai 2005 à Miami, se veut beaucoup
    plus prudent : «Le printemps noir de 2003 a
    découragé du monde. J’estime à une quarantaine
    ceux qui continuent vraiment à travailler.
    Les autres ont renoncé ou ont préféré s’exiler.»
    Quarante journalistes, c’est aussi l’estimation
    de Rosa Berre, vice-présidente de Cubanet, l’un
    des principaux relais extérieurs de la dissidence
    créé en 1994 à Miami

    Un nouveau printemps noir ?

    Et de fait, la répression a repris avec la lutte
    anticorruption que le gouvernement entend
    conduire et la presse indépendante est à nouveau
    en première ligne. Pour elle, le couperet du
    régime s’est même fait sentir avant le mois de
    novembre. D’abord, Cuba a continué de tenir
    son rang de deuxième prison du monde pour
    les journalistes en ajoutant, au cours de l’année
    2005, quatre nouveaux noms à
    la liste des vingt détenus depuis
    le printemps noir. Comme Oscar
    Mario González Pérez, Roberto
    de Jésus Guerra Pérez, collaborateur
    des sites Nueva Prensa
    Cubana, Payolibre et Radio Martí,
    est incarcéré sans jugement et sans charges
    précises par la Sécurité de l’Etat depuis le 13
    juillet 2005, et à la merci d’une condamnation à
    20 de prison pour «atteinte à l’indépendance
    nationale et à l’économie de Cuba».

    Rares sont les journalistes dans le monde à ne
    pouvoir travailler pour leur propre public et à
    produire une information accessible seulement
    à l’extérieur. La presse indépendante de l’île
    fonctionnera pourtant ainsi, tant que durera un
    pouvoir réfractaire au pluralisme d’opinions.
    Forçats de la correspondance, les journalistes
    cubains doivent endurer le soupçon d’être des
    «agents de l’étranger» que leur accole un gouvernement
    qui les a pourtant placés dans cette
    situation.
    Benoît Hervieu

  • Dans une lettre adressée à Willian Lara, le nouveau
    Ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela, Reporters sans frontières s’inquiète des dérives autoritaires de la « révolution bolivarienne » d’Hugo Chavez.

    Depuis son élection en 1998, Hugo Chavez a entrepris de réduire petit à petit l’indépendance des medias, par une série de lois et d’actions violentes contre les medias qui ne lui sont pas favorables. Reporters sans frontières a quelques raisons de s’inquieter puisque le modèle d’Hugo Chavez n’est autre que le Cuba de Fidel Castro, qui reste la plus grande prison du monde pour journalistes.


    Lette à l’attention de Monsieur Willian Lara
    Ministre de la Communication et de l’Information

    Monsieur le Ministre,

    A l’occasion de votre prise de fonctions, le 9 mars 2006, Reporters sans frontières souhaite revenir sur les récents échanges entre le gouvernement que vous représentez et notre organisation. Nous espérons ainsi poser les bases d’un véritable dialogue.

    En tant qu’association de défense de la liberté de la presse, nous avons dernièrement publié deux communiqués concernant des affaires, en cours de traitement judiciaire, qui suscitent une apparente controverse au sein de l’opinion publique et des médias vénézuéliens. Le premier, publié le 27 février, se présentait sous la forme d’une lettre ouverte à votre prédécesseur, M. Yuri Pimentel, l’interrogeant sur une procédure engagée contre plusieurs médias pour « outrage à la justice ». Le second communiqué portait sur la mise en détention, le 7 mars, de Gustavo Azócar Alcalá, présentateur d’une émission de la chaîne Televisora del Táchira, poursuivi pour « escroquerie » et « détournement de fonds ».

    Nous avons été à la fois étonnés et choqués par la violence des réactions que votre ministère a opposées à nos prises de position, dans deux déclarations datées des 1er et 9 mars. Nous avons d’ailleurs pris la peine de publier sur notre site Internet en version espagnole la réponse de M. Yuri Pimentel à la suite de la lettre ouverte que nous lui avions adressée.

    Choqués, car ces déclarations multipliaient les fausses accusations et les procès d’intention contre Reporters sans frontières. Notre organisation, « à la solde du gouvernement des Etats-Unis et de ses services secrets », aurait entrepris « le sabotage médiatique contre la Révolution bolivarienne ». Nous serions coupables, aux yeux du gouvernement de votre pays, de « diffamer le peuple vénézuélien, de mépriser le Venezuela, de faire preuve d’ingérence dans ses affaires internes ».
    Tout cela, « avec la complicité de l’opposition séditieuse et les médias privés, dans une nouvelle offensive médiatique qui fait partie des opérations de guerre psychologique de l’Empire – les Etats-Unis – pour justifier son agression contre la démocratie vénézuélienne » (communiqué du 9 mars).

    Dans un cas comme dans l’autre, nous n’avons fait qu’exprimer notre « préoccupation » sur des points juridiques précis, sans remettre en cause le principe des procédures instruites et sans dénigrer le moins du monde les autorités qui ont à charge de les conduire. Préoccupation ne signifie pas condamnation.

    Il est du rôle de toute organisation non gouvernementale d’interpeller les Etats sur les principes ou la cause qu’elle défend, et dont ces mêmes Etats démocratiques se revendiquent. Nous avons émis, c’est vrai, des critiques sur une partie de la loi de responsabilité sociale des médias audiovisuels et sur la loi de réforme du code pénal. Nous craignons que certaines dispositions de ces lois restreignent la liberté de la presse. En concluons-nous qu’il n’y aurait plus de liberté de la presse au Venezuela ? Non. La critique d’une loi ne signifie pas la condamnation d’un gouvernement.

    De là vient notre étonnement. D’une part, nous savons que la situation des journalistes est bien plus dramatique dans des pays où, à la différence du Venezuela, ils sont livrés aux représailles de groupes armées comme le Mexique ou la Colombie. D’autre part, nous avons également condamné l’incarcération, de juillet à septembre 2005, aux Etats-Unis, de Judith Miller, du New York Times, au seul motif que cette dernière avait refusé de révéler ses sources à la justice de son pays.

    Nous suivons avec la plus grande attention le cas de Sami al-Hajj, cameraman d’Al-Jazira, détenu depuis près de quatre ans sur la base militaire de Guantanamo, sans charges précises et dans des conditions contraires à toutes les conventions internationales sur les droits de l’homme. Nous vous invitons à lire notre récent rapport, disponible sur notre site, et au titre on ne peut plus clair : « Camp Bucca et Guantanamo : quand l’Amérique emprisonne des journalistes ». Nous sommes prêts à vous en adresser un exemplaire.

    Nous ne méconnaissons pas – et nous l’avons soulignée en son temps – l’attitude de certains médias privés durant la période du coup d’Etat d’avril 2002. Nous comprenons alors d’autant moins que le gouvernement de votre pays soit le seul à ne pas supporter la moindre critique à son endroit.

    Enfin, nous recevons effectivement des fonds de la National Endowment for Democracy. Cet argent représente 2 % de notre budget (nos comptes sont publics) et, outre qu’il provient du Congrès américain et non de la Maison Blanche, il est dévolu à notre action en faveur des journalistes africains emprisonnés. Il ne concerne pas le continent américain.

    En espérant que vous entendrez notre appel, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

    Robert Ménard
    Secrétaire général de RSF

  • Voici une copie de la lettre adressée par RSF aux dirigeants actuels de l’UE.

    A l’attention de
    M. Wolfgang Schüssel, chancelier fédéral
    Mme Ursula Plassnik, ministre des Affaires étrangères

    Madame, Monsieur

    Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté de la presse, souhaite attirer votre attention sur la situation des journalistes à Cuba, alors que les Vingt-Cinq s’apprêtent à débattre de leurs relations avec l’île. Reporters sans frontières tient à vous faire part de son désarroi et de son indignation face à la persistance des répressions du gouvernement cubain à l’encontre des journalistes indépendants qui ne sont pas en mesure d’exercer librement leurs activités et de se défendre contre la répression de l’Etat.

    Cuba reste la deuxième plus grande prison du monde après la Chine. Vingt journalistes sont encore emprisonnés depuis la vague de répression de mars 2003 et quatre autres ont été arrêtés au cours de l’été 2005. Face à cette situation alarmante, Reporters sans frontières appelle à une plus grande mobilisation et à une solidarité visible en faveur de ces prisonniers d’opinion.

    Arrêté le 22 juillet 2005, à la veille d’une manifestation de la dissidence, Oscar Mario González Pérez, de l’agence Grupo de Trabajo Decoro, a passé plus de six mois dans les geôles de la Sécurité de l’Etat. Il encourt vingt ans de prison au titre de la loi 88 sur « la protection de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba ». Pourtant, aucune charge précise n’a été retenue contre lui et le dossier d’accusation est prétendument introuvable. Ce cas fait écho à celui de Roberto de Jésus Guerra Pérez, collaborateur des sites Payolibre, Nueva Prensa Cubana et de la station Radio Martí, détenu sans jugement depuis le 13 juillet 2005.

    Les autorités cubaines exercent une véritable stratégie de harcèlement à l’encontre des journalistes cubains indépendants. Récemment, Llannis Meriño Aguilera, 21 ans, directrice de l’agence de presse Jeunes sans censure, a été l’objet de menaces de la part de deux agents de la Sécurité de l’Etat. Ils lui ont ordonné d’abandonner ses activités et l’ont accusé de diffuser de fausses informations, actes passibles de peines de prison.

    Les vingt journalistes détenus depuis mars 2003 vivent dans des conditions de détention intolérables et nombre d’entre eux, gravement malades, n’ont pas accès aux soins essentiels. Quelques députés, en Europe, parrainent ces prisonniers. Ils sont, hélas, trop peu nombreux.

    La défense de l’universalité et de l’indivisibilité des droits de l’homme constitue un des principaux objectifs de l’UE. Ce principe doit tenir lieu de préalable à toute initiative de dialogue avec les autorités cubaines.

    Le 5 juin 2003, en réaction à la vague répressive, l’UE avait décidé de limiter les visites gouvernementales de haut niveau effectuées dans un cadre bilatéral, de réduire l’importance de la participation des Etats membres aux manifestations culturelles et d’inviter les dissidents cubains aux cérémonies organisées à l’occasion des fêtes nationales. Pourtant, ces sanctions, jugées inefficaces, ont été levées le 31 janvier 2005 et le Conseil européen a confirmé ce changement d’attitude au mois de juin suivant.

    Reporters sans frontières constate avec regret que le gel des sanctions européennes et les tentatives de rapprochement de l’UE avec le régime cubain n’ont apporté aucune amélioration sur l’île concernant les droits de l’homme. Les autorités cubaines ne montrent d’ailleurs aucune considération à l’égard des représentants de l’Union. Le 17 mai, deux députés européens venus assister au congrès dissident de l’Assemblée pour la promotion de la société civile à Cuba (APSC) ont été refoulés à leur arrivée sur l’île et dix-huit autres se sont vu refuser leur visa. Enfin, les Dames en blanc, mères et épouses de prisonniers d’opinion, colauréates du prix Sakharov 2005, n’ont pas été autorisées à se rendre à Strasbourg pour recevoir leur récompense au mois de décembre.

    A l’appui de ce constat, nous appelons donc la présidence autrichienne, et avec elle les institutions européennes, à reconsidérer sérieusement la position de l’UE vis-à-vis de Cuba.

    En vous remerciant de l’attention que vous porterez cette demande, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma haute considération.

    Robert Ménard
    Secrétaire général

  • Monsieur le Ministre,

    Suite à la libération de quatorze dissidents en 2004 et à la récente décision des autorités cubaines de rétablir leurs relations avec les pays de l’Union européenne (UE), vous vous prononcerez, le 31 janvier prochain, avec vos homologues des vingt-quatre autres pays membres, sur une révision des mesures prises en juin 2003 à l’encontre de Cuba. A cette occasion, Reporters sans frontières souhaite attirer votre attention sur l’absence de progrès sensible en matière de respect de la liberté de la presse dans ce pays et vous prie de prendre position pour que la politique de soutien à la dissidence soit maintenue, voire approfondie.

    Notre organisation s’est, bien entendu, félicitée de la libération de Raúl Rivero et de trois autres journalistes il y a quelques semaines. Cependant, vingt-deux de leurs collègues sont toujours emprisonnés, ce qui fait de Cuba la plus grande prison de journalistes au monde après la Chine (26 détenus).

    Dès juillet 2003, les Etats membres de l’UE avaient dénoncé les « mauvaises conditions de détention » des prisonniers politiques et s’étaient inquiétés de leurs problèmes de santé. Près de deux ans après leur arrestation, ces conditions de détention n’ont pas changé et l’état de santé de plusieurs des journalistes emprisonnés est préoccupant. Détenu à Pinar del Río (Ouest), Normando Hernández González a récemment été transféré dans un hôpital après que des examens ont révélé qu’il souffre de tuberculose. Ses confrères restés libres sont interdits de publier dans leur pays et souffrent d’un harcèlement constant visant à les contraindre à l’exil.

    Pour faire entendre leurs voix, les Etats membres de l’Union européenne ont décidé de réduire leur coopération avec les autorités cubaines, de limiter les visites gouvernementales de haut niveau effectuées dans le cadre bilatéral, de réduire l’importance de la participation des Etats membres aux cérémonies culturelles et d’inviter des dissidents cubains aux cérémonies organisées à l’occasion des fêtes nationales.

    Alors que le Comité de l’Union européenne pour l’Amérique latine (COLAT) préconise la suspension de ces mesures, Reporters sans frontières appelle au contraire à leur maintien, voire à leur renforcement. En premier lieu parce que ces mesures, et en particulier les invitations aux cérémonies officielles, permettent aux dissidents de sortir de la confrontation Cuba/Etats-Unis dans laquelle tente de les enfermer le pouvoir du président Castro.

    Ensuite, parce que jamais, dans le cadre du dialogue politique, La Havane n’a fait de concessions en matière de respect des droits de l’homme et du pluralisme politique.
    Le gouvernement cubain ne donne aucun signe aujourd’hui qu’un rétablissement du dialogue permettrait des avancées significatives dans ces domaines. Jamais le dialogue n’avait d’ailleurs été aussi approfondi entre l’Union européenne et Cuba que lors des mois qui ont précédé le « printemps noir » de mars 2003. A l’époque, Cuba était sur le point de bénéficier des accords de Cotonou.

    Par ailleurs, l’annonce par le gouvernement cubain de la normalisation des relations entre l’UE et Cuba ne constitue en rien une concession puisque leur rupture avait été décrétée à son initiative, en représailles des mesures prises par l’UE.

    L’Union européenne ne peut plus se contenter de dénoncer les incarcérations de prisonniers politiques, elle doit maintenant renforcer son soutien aux démocrates qui, à Cuba, se battent pour que les libertés fondamentales et le multipartisme soient reconnus et respectés.
    Comme pour les anciens pays du bloc soviétique, devenus aujourd’hui membres de l’UE, l’avenir du pays dépendra demain de la vigueur de la société civile. Sans fermer la porte aux autorités cubaines dès lors qu’elles donneraient de vrais signes d’ouverture au dialogue (tels que la fin du monopole d’Etat sur l’information), l’Union européenne doit développer des programmes de coopération destinés à la dissidence.

    C’est pourquoi Reporters sans frontières espère que vous vous prononcerez pour le maintien des mesures adoptées après la vague d’arrestations de mars 2003 et recommanderez de soutenir plus activement les démocrates et la société civile aujourd’hui réprimée.

    Convaincu que vous ne resterez pas insensible à notre appel, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

    Robert Ménard
    Secrétaire général