Catégorie : libertés

Les libertés et la répression à Cuba

  • On est jamais trop prudent : pourtant à Cuba seuls les journalistes au dessus de tout soupçon (c’est à dire dûment encartés au Parti communiste ou dans une de ses innombrables officines) sont autorisés dans les médias officiels.

    Les choses sont donc claires dès le départ, et pour ceux qui n’auraient pas bien compris, un article de la constitution précise que  » Les libertés d’expression et de la presse sont reconnues, « en conformité avec les objectifs de la société socialiste ».(article 53 de la Constitution de 1976)
    Mais apparemennt le gouvernement cubain n’a même plus confiance en ses propres journalistes puisque le 13 août 2007, l’Institut cubain de radio et télévision (ICRT), sur ordre du ministre de la Communication, Ramiro Valdés, a envoyé une lettre aux dirigeants des médias officiels annonçant de nouvelles restrictions pour leurs personnels. Les sites Web et les services de messagerie électronique devront êtres consultés à partir d’un portail de l’entreprise cubaine de télécommunications, enet.cu, ce qui permet au gouvernement de contrôler facilement les utilisateurs et leurs activités sur la Toile.

    « Cette mesure est une preuve supplémentaire de la paranoïa du gouvernement, qui se donne les moyens de surveiller les faits et gestes sur la Toile des journalistes des médias officiels, en les forçant à s’informer et à communiquer via un site officiel. Il est important de rappeler que l’immense majorité des citoyens cubains ne peut pas avoir de connexion au Réseau, sous prétexte que l’embargo américain empêche son développement », a déclaré Reporters sans frontières.

    Selon l’agence Encuentro en la Red, ce document, envoyé le jour de l’anniversaire de Fidel Castro, somme également les médias de sélectionner de façon « appropriée » le personnel chargé de l’actualisation des sites Web. Les services de navigation, accessibles aux journalistes de « confiance » pourraient faire l’objet de contrôles renforcés.

    Les journalistes des quotidiens officiels Granma, Juventud Rebelde et Trabajadores, concernés par cette mesure, seront contraints d’utiliser le nouveau système de connexion.

    Cette décision fait suite aux déclarations de février 2007 du ministre de la Communication à propos d’Internet qu’il qualifiait d’ »outil d’extermination globale » qui devait être impérativement « contrôlé ».
    D’après Encuentro en la Red, le temps de navigation sur le Web des journalistes de la presse écrite a été limité à une heure par jour depuis 2003. En avril 2007, le gouvernement a bloqué l’accès aux sites Yahoo et Hotmail dans les radios et télévisions officielles.

    Internet à Cuba, un réseau sous surveillance (extrait du rapport de Reporters sans frontières d’octobre 2006) :

    « Avec moins de deux internautes pour 100 habitants, Cuba figure parmi les pays les plus en retard en matière d’Internet. Il est de loin le plus mal loti d’Amérique latine – le Costa Rica fait 13 fois mieux – et se situe au niveau de l’Ouganda ou du Sri Lanka. Sur une île qui se targue d’avoir l’un des niveaux d’éducation les plus élevés de la planète, ce constat a de quoi surprendre. Les autorités défendent ce bilan catastrophique en blâmant l’embargo américain, qui les empêcherait de s’équiper du matériel nécessaire au développement du Réseau. Elles expliquent notamment que, ne pouvant pas se raccorder à l’Internet mondial par le biais de câbles optiques sous-marins, elles en sont réduites à utiliser des connexions satellitaires coûteuses et moins efficaces. Cet argument peut en effet expliquer la lenteur de l’Internet cubain et les files d’attente interminables devant les cybercafés. Mais il ne justifie en rien le système de contrôle et de surveillance du Réseau mis en place par les autorités. Dans un pays où les médias sont à la botte du pouvoir, empêcher la circulation d’informations indépendantes sur Internet est naturellement devenu une priorité.

    Le gouvernement cubain utilise plusieurs leviers pour s’assurer que ce média n’est pas utilisé de manière « contre-révolutionnaire ». Tout d’abord, il a peu ou prou interdit les connexions privées au Réseau. Pour surfer ou consulter leurs e-mails, les Cubains doivent donc obligatoirement passer par des points d’accès publics (cybercafés, universités, « clubs informatiques pour la jeunesse », etc), où il est plus facile de surveiller leur activité. Ensuite, la police cubaine a installé, sur tous les ordinateurs des cybercafés et des grands hôtels, des logiciels qui déclenchent un message d’alerte lorsque des mots-clés « subversifs » sont repérés. Le régime s’assure par ailleurs que les opposants politiques et les journalistes indépendants n’accèdent pas à Internet. Pour ces derniers, communiquer avec l’étranger est un véritable chemin de croix. Enfin, le gouvernement mise sur l’autocensure. A Cuba, on peut être condamné à vingt ans de prison pour quelques articles « contre-révolutionnaires » publiés sur des sites étrangers et à cinq ans simplement pour s’être connecté au Net de manière illégale. Peu d’internautes osent défier la censure de l’Etat et prendre un tel risque. »

  • Le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a en effet décidé de barrer Cuba et la Biélorussie de la  » liste noire  » des pays dont la situation était analysée par cette instance. Il a ainsi éliminé le poste de rapporteur spécial pour Cuba.

    Selon Felipe Perez Roque, le ministre des affaires étrangères de Cuba « Le gouvernement cubain considère que c’est une victoire retentissante, incontestable et historique de la diplomatie cubaine ».

    Comme d’habitude on a pas le triomphe très modeste à La Havane, mais pour une fois il faut reconnaître que le gouvernement cubain a raison. L’absolution de Cuba par l’ONU de tous ses crimes et violations des droits de l’homme est bien une victoire des bourreaux de Fidel Castro su ses dizaines de milliers de victimes.

    Pour sa part l’organisation de défense des journalistes Repoters sans frontières(26 journalistes sont encore emprisonnés à Cuba pour des peines allant jusqu’à 28 ans de prison) constate que :

    Comme la défunte commission, le Conseil des droits de l’homme se heurte aux manoeuvres des Etats les plus liberticides. Les mandats des rapporteurs spéciaux sur Cuba et le Belarus, deux des pires prédateurs de la liberté de la presse dans le monde, n’ont pas été renouvelés. C’est extrêmement inquiétant et révélateur de l’état d’esprit dans lequel le Conseil des droits de l’homme fonctionne depuis sa création, il y a un an.

    Le mandat sur le Belarus n’a pas été renouvelé alors même que ce pays n’a pas été élu comme membre du Conseil, en mai dernier, en raison de son bilan catastrophique en matière de droits de l’homme. Cette situation paradoxale illustre toute la difficulté qu’ont les vrais défenseurs des droits de l’homme présents au sein du Conseil, à faire leur travail. Par ailleurs, il est à craindre que l’abandon de ces deux mandats ouvre en fait la voie à la fin des rapports par pays, comme l’avaient exigé d’abord les intéressés avec le soutien actif de l’Iran, de la Chine et d’autres pays liberticides.

  • Parce que jamais
    une prise d’otage n’a duré aussi longtemps dans la bande de
    Gaza, la mobilisation pour Alan Johnston est essentielle. Reporters
    sans frontières a réuni, le 20 juin 2007, une centaine de
    militants et de bénévoles sur la pelouse du Champ-de-Mars, à
    Paris, en face de la tour Eiffel. Ils ont brandi les logos de 100
    médias du monde entier qui ont répondu à l’appel de
    l’organisation de défense de la liberté de la presse pour demander
    la libération d’Alan Johnston et des 14 autres journalistes
    kidnappés en Irak.

    La veille, Reporters sans frontières avait organisé une projection
    du portrait du journaliste britannique sur la façade du bâtiment
    de Battersea Station, à Londres. Par ailleurs, des portraits du
    journaliste ont été affichés à Gaza et à Beyrouth et
    prochainement dans d’autres capitales du Moyen-Orient. Et
    l’organisation a également réalisé un spot en langue arabe
    appelant à la libération des journalistes retenus en otages dans
    les Territoires palestiniens et en Irak. Il a été diffusé par
    plusieurs chaînes satellitaires et locales de la région.

    « Nous devons, plus que jamais, nous mobiliser pour réclamer la
    libération rapide d’Alan Johnston. Alors que la bande de Gaza ne
    cesse de traverser des crises toujours plus violentes, il est
    essentiel de ne pas oublier le journaliste de la BBC. Il est de la
    responsabilité du Hamas, désormais seul à contrôler la bande
    de Gaza, de tout mettre en oeuvre pour assurer la libération du
    reporter. Alan Johnston ne doit pas payer le prix de l’instabilité
    politique dans les Territoires palestiniens, dont il couvrait
    l’évolution depuis 2005 », a déclaré Reporters sans
    frontières

    « Ismaël Haniyeh et les autres responsables du parti doivent
    également ordonner à leurs services de s’assurer que les
    journalistes qui travaillent dans la région peuvent le faire
    librement et en toute sécurité. Sans cela, d’autres
    professionnels des médias seront, à leur tour, pris en
    otages », a ajouté l’organisation.

    100 jours de détention

    Alan Johnston est détenu à Gaza depuis le 12 mars 2007. Il a
    déjà passé 100 jours en captivité. Le chaos qui règne dans
    la bande de Gaza rend encore plus difficiles les négociations. Les
    promesses d’une libération rapide faites par différents
    officiels palestiniens n’ont pas été tenues. D’abord
    silencieux pendant près de deux mois, les ravisseurs du journaliste,
    un groupe connu sous le nom de « l’Armée de l’islam », ont
    revendiqué son enlèvement le 8 mai 2007 en demandant la
    libération de plusieurs musulmans détenus en Grande-Bretagne, dont
    celle de Abou Qatada, un Palestinien emprisonné depuis 2005. Près
    d’un mois plus tard, l’Armée de l’islam a diffusé une
    vidéo montrant des images du journaliste britannique. Dans cet
    enregistrement non daté, les ravisseurs ont réitéré leurs
    revendications.

    Liste des 100 médias mobilisés sur le Champ-de-Mars

    Algérie :  El Watan

    Allemagne :  ARD, Arte, Der Spiegel, Deutsche Welle,
    Die Tageszeitung, Die Welt, Focus, Frankfurter Rundschau, Stern,
    Süddeutsche Zeitung, ZDF
    Arabie Saoudite :  Al-Arabiya, Asharq Al-Awsat
    Autriche : Die Presse, ORF
    Azerbaïdjan : Turan

    Belgique : Belga, De Standaard, La Libre Belgique, Le
    Soir, RTBF TV, RTL TVI
    Bosnie : Oslobodjenje
    Brésil : O Globo
    Burkina Faso : L’Evénement

    Canada : CBC, Radio Canada, La Presse, The Gazette
    Corée du Sud : The Monthly Chosun
    Emirats Arabes Unis : Gulf News
    Espagne : ABC, Antena 3, Cadena SER, EFE, El País, El
    Periódico, Servimedia, TeleCinco, TVE, La Vanguardia

    Etats Unis : ABC News, AP, Boston Globe, CBS News, CNN
    France : 20 Minutes, AFP, Euronews, Europe 1, France 2,
    France 24, France 3, France Info, France Inter, I-Télé, La Croix,
    Le Figaro, Le Monde, Les Echos, L’Express, Libération, Métro,
    Nouvel Observateur, NRJ, Ouest France, RMC Info, RTL, TF1, TV5
    Monde

    Gambie : The Point
    Grande Bretagne : BBC, Channel 4 News, News of the World,
    The Guardian, The Sun, The Sunday Times, The Times

    Israël : Jerusalem Post
    Italie : Il Manifesto, Il Messaggero, La Stampa
    Japon : Asahi Shimbun
    Liban : As-Safir

    Maroc : Le Journal hebdomadaire
    Pays Bas : VRT
    Pakistan : Daily Times
    Pologne : Gazeta Wyborcza, TVN 24

    Qatar : Al-Jazira
    Suède : Aftonbladet, SVD, Svenska Daglabet
    Suisse : Giornale del Popolo, Le Courrier, Le Temps,
    Tribune de Genève
    Ukraine : Unian

    Venezuela : Tal Cual

    D’autres médias se sont associés à l’appel lancé par
    Reporters sans frontières

    Allemagne : EPD, Financial Times Deutschland, N-TV
    Autriche : APA, Der Osterreichische Journalist, Der
    Standard, Profil, Stadt Wien

    Belgique : Enjeux Internationaux, Le Vif / L’Express,
    Vers l’Avenir
    Biélorussie : BelaPan
    Brésil : FSB
    Cameroun : Le Jeune observateur

    Canada : Le Devoir, Le Journal de Montréal
    Corée du Sud : Busan Ilbo
    Espagne : Cambio 16, Cuatro, El Mundo, Grupo EIG, La
    Sexta
    Etats Unis : Newstatesman

    France : EMI CFD (école), LCI
    Grande Bretagne : CPU, ITN, ITV News, Skynews, The
    Independent
    Grèce : Infogrece
    Israël : Yedioth Ahronoth

    Italie : AGR , La Repubblica, What’s up
    Liban : Al-Akhbar, LBC
    Moldavie : Timpul
    Pakistan : Friday Times
    Pologne : Dziennik
    Suède : Daglabet, Göteborgs Posten, Svenska
    Suisse : Sonntags Blick
    Ukraine : Kanal 5

    Christine
    Leduc-Poumarède
    Responsable Presse et
    Parrainages
    REPORTERS SANS FRONTIÈRES
    Secrétariat international
    5, rue Geoffroy-Marie
    75 009 Paris – France
    France

  • La farce des droits de l’homme à l’ONU se termine en beauté : cette fois au moins les choses sont claires car on a décidé de ne même plus chercher à laborieusement sauver les apparences.

    Cuba qui a refusé de recevoir le rapporteur spécial des droits de l’homme de l’ONU pendant cinq années consécutives (Mme Christine Chanet) est récompensé pour sa bonne conduite. La mandat de Mme Chanet est tout simplement supprimé. Parmi les autres « lauréats » du nouveau « Comité » des droits de l’homme de l’ONU, on trouve également le Bélarus, une autre grande démocratie très respectueuse des droits de l’homme. La dictature communiste de Fidel Castro se retrouve donc en bonne compagnie.

    Les violations des droits de l’homme à Cuba et au Bélarus ne font plus l’objet d’enquêtes spécifiques de l’ONU à compter de lundi minuit aux termes des règles de fonctionnement adoptées par le Conseil des droits de l’homme.

    Le Conseil des droits de l’homme a fixé des critères pour procéder au renouvellement des rapporteurs spéciaux chargés d’enquêter dans les pays accusés de violations et les rapporteurs spéciaux sur Cuba et le Bélarus ne figurent plus dans la liste des dix rapporteurs spéciaux chargés d’enquêter sur la situation des droits de l’homme dans des pays.

    les victimes de la répression politique à Cuba apprécieront certainement le résultat de ces lamentables tractations qui réduit la défense des droits de l’homme à l’ONU à un décor de pacotille.

    Les 47 pays membres se sont mis d’accord sur leurs règles de fonctionnement. Celle-ci prévoient que tous les Etats du monde devront se soumettre tous les quatre ans à un « examen périodique universel » de leur respect des droits de l’homme. Il sera intéressant de voir la réaction de Cuba quand son tour arrivera : à Cuba la Croix rouge n’a jamais accès aux prisons, et les ONG chargées de faire respecter les droits de l’homme sont sytématiquement interdites de séjour.

    Les organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch, a qualifié d’ »injustifiable » la décision du Conseil, « compte tenu du triste état des droits de l’homme à Cuba et au Bélarus ».

    Depuis sa création il y a un an, le nouvel organe a condamné Israël à plusieurs reprises pour sa politique dans les territoires palestiniens et au Liban, mais a peiné pendant des mois avant de nommer un groupe d’experts pour se pencher sur les exactions commises au Darfour (Soudan).

    Pour sa part, l’agence d’information officielle gouvernmentale cubaine ahora.cu, a publié le communiqué suivant :

    Le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a décidé de barrer Cuba et la Biélorussie de la  » liste noire  » des pays dont la situation est analysée par cette instance.

    Cette liste a toujours été, jusqu’à présent, confectionnée par le gouvernement des Etats-Unis.

    Le Conseil des Droits de l’Homme remplace depuis l’année dernière la Commission de Genève manipulée et assujettie aux diktats de la Maison-Blanche. Cette instance créée par l’Assemblée générale de l’ONU est formée de 47 Etats et cherche à améliorer l’image des Nations Unies dans le domaine de la protection des droits humains.

  • Collaborateur du site Nueva Prensa Cubana et fondateur de la revue clandestine El Camagueyano, Armando Betancourt, 45 ans, est détenu depuis un an sans jugement. Le journaliste avait été arrêté par la Police nationale révolutionnaire (PNR), le 23 mai 2006 à Camagüey (Centre). Reporters sans frontières demande sa libération.

    « Le seul tort d’Armando Betancourt est d’avoir exercé sa profession de journaliste. Aucun motif sérieux ne justifie sa détention et les magistrats ont eux-mêmes admis des contradictions dans les témoignages entourant les circonstances de son arrestation. Le doute et l’absence de charge devant profiter à l’accusé, Armando Betancourt doit recouvrer la liberté », a déclaré Reporters sans frontières.

    Le 23 mai 2006, la police avait tenté d’expulser des familles qui squattaient dans une décharge à Camagüey. Armando Betancourt s’était rendu sur les lieux pour couvrir l’événement. Le journaliste avait commencé à interroger les personnes présentes, qui protestaient contre le caractère musclé de l’intervention.

    Des agents de la Police nationale révolutionnaire (PNR) l’avaient sommé de décliner son identité, puis l’avaient arrêté lorsqu’il avait déclaré être un journaliste indépendant. Le 29 mai, Armando Betancourt avait été transféré à la troisième unité de la PNR de Camagüey et placé à l’isolement avant d’être incarcéré, le 6 juin 2006, à la prison Cerámica Roja, dans la même ville.

    Le 8 février 2007 le journaliste, accusé de « trouble à l’ordre public », a comparu devant le tribunal municipal de Camagüey (Centre). Le procès a été aussitôt reporté, les magistrats estimant « contradictoires » les dépositions de témoins et d’agents de la Sécurité de l’État (police politique).

    Cuba reste la deuxième prison du monde pour les journalistes avec 25 emprisonnés, dont 20 détenus depuis le « printemps noir » de mars 2003 et condamnés à des peines allant de 14 à 27 ans de prison. Parmi les cinq autres journalistes incarcérés depuis, deux n’ont jamais été jugés et trois ont été condamnés à des peines de trois à quatre ans de prison.

    Benoît Hervieu
    Despacho Américas / Americas desk
    Reporters sans frontières
    5, rue Geoffroy-Marie
    75009 Paris – France

  • Reporters sans frontières est extrêmement inquiète après l’annonce de la revendication de l’enlèvement du journaliste Alan Johnston par l’Armée de l’islam, un groupe connu pour son implication dans les violences qui ont plongé la bande de Gaza dans le chaos.

    Le 11 mai 2007 à 11 heures, l’organisation se mobilisera devant la représentation de l’Autorité palestinienne à Paris (14, rue du Commandant Léandri, 15e) pour demander la libération du journaliste britannique à la veille de ses deux mois de détention.

    « Nous sommes de plus en plus inquiets pour Alan Johnston alors que sa détention se prolonge et que ses ravisseurs n’ont fourni aucun élément attestant de son bon état de santé. Nous leur demandons de ne pas retarder sa libération avec des revendications irréalistes. La radicalisation du discours des ravisseurs et l’absence de preuves de vie rendent l’attente insoutenable pour sa famille et ses confrères, sans nouvelles du journaliste depuis près de deux mois », a déclaré l’organisation.

    « Les journalistes ne doivent pas servir de monnaie d’échange. La bande de Gaza risque de devenir un territoire désert de journalistes alors que d’ores et déjà la majorité des rédactions étrangères déconseillent fortement à leurs correspondants de s’y rendre », a mis en garde Reporters sans frontières.

    L’enlèvement d’Alan Johnston a été revendiqué le 8 mai 2007 par l’Armée de l’islam qui a fait parvenir un CD à plusieurs médias à Gaza. Dans un enregistrement audio, le groupe exige la libération des musulmans détenus par la Grande-Bretagne et notamment Cheikh Abou Qatada, un Palestinien emprisonné depuis 2005 et considéré comme le chef spirituel d’Al-Qaïda en Europe. « Nous demandons à la Grande-Bretagne de libérer nos prisonniers et plus particulièrement Cheikh Abou Qatada, le Palestinien. Nous n’oublions pas non plus nos prisonniers dans les autres pays d’infidèles et nous leur demandons à tous de libérer nos prisonniers ou nous vous ferons la même chose », demande le groupe. Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, le CD comporte des photos, dont celle de la carte de presse d’Alan Johnston, et un enregistrement vocal d’un individu qui n’a pas pu être identifié.

    L’Armée de l’islam est l’un des trois groupes qui ont revendiqué la capture, en juin 2006, du caporal israélien Gilad Shalit, aux côtés de la branche armée du Hamas et des Comités de résistance populaire. Le groupe n’a donné aucune information sur l’état de santé d’Alan Johnston sans pour autant émettre de menaces directes contre lui. Le groupe a déclaré qu’il enlèverait d’autres Occidentaux si ses revendications n’étaient pas satisfaites.

    En août 2006, les ravisseurs de deux journalistes de Fox News avaient exigé, dans un enregistrement où cette fois apparaissaient les otages, la libération des musulmans détenus par les Etats-Unis.
    Alan Johnston, principal correspondant de la BBC à Gaza, a été enlevé le lundi 12 mars 2007 alors qu’il quittait son bureau pour se rendre à son domicile. Les ravisseurs ont intercepté son véhicule et l’ont obligé à les suivre vers une destination inconnue.

    Reporters Without Borders
    Press release 9 May 2007

  • Depuis six ans, Reporters sans frontières dénonce les « prédateurs de la liberté de la presse » : ces hommes et ces femmes qui s’en prennent directement aux journalistes ou qui ordonnent à leurs subordonnés de le faire.

    La plupart sont des responsables politiques de haut niveau (chef d’Etat, chef de gouvernement, ministre, monarque, etc.), mais ils peuvent également être des chefs de milice, de groupes armés ou encore de cartels de la drogue. Ils n’ont généralement de comptes à rendre à personne pour les atteintes graves à la liberté d’expression dont ils sont coupables. Cette impunité est l’une des plus grandes menaces qui pèsent aujourd’hui sur les professionnels des médias.

    En Amérique la liste des prédateurs de la liberté de la presse est selon RSF la suivante :

    COLOMBIE

    Raúl Reyes, chef de guérilla
    Raúl Reyes est membre de l’état-major et porte-parole des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Fondée en 1964 et composée d’environ 17 000 combattants, la guérilla contrôlerait entre 30 et 40 % du territoire colombien.

    Depuis longtemps, les méthodes mafieuses de l’organisation ont pris le pas sur la lutte idéologique. Spécialisées dans le racket, la séquestration – 45 personnes ont été exécutées en 2006 faute de rançon – et le narcotrafic, les FARC bataillent également sur le terrain de l’information. Elle ont été à l’origine d’une cinquantaine d’enlèvements de journalistes depuis 1997 et rendent quasiment impossible le travail de la presse dans les régions qu’elles contrôlent. En 2005, la guérilla avait mené une campagne de sabotage d’antennes de médias audiovisuels réputés hostiles.

    Alors que les pourparlers entre le gouvernement et l’autre guérilla d’extrême gauche, l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste), sont en passe d’aboutir, le dialogue est au point mort entre les autorités et les FARC. La guérilla réclame toujours la libération de 500 de leurs combattants en échange de 60 otages. Raúl Reyes communique parfois sur le sort de ces derniers.

    COLOMBIE

    Diego Fernando Murillo Bejarano, chef paramilitaire
    En 2003, « Don Berna » a mis sa puissante milice d’extrême droite au service des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), destinées à suppléer l’armée dans sa lutte contre les guérillas d’extrême gauche. De 2003 à 2006, un vaste plan de désengagement des paramilitaires s’est officiellement soldé par la démobilisation de 30 000 combattants des AUC en échange d’une large impunité. Mais démobilisation ne signifie pas désarmement.

    En majorité, les intéressés se sont reconvertis dans le meurtre sous contrat et le narcotrafic. Très actifs dans les départements du nord du pays, les paramilitaires continuent de semer la terreur, poussant les journalistes à l’autocensure ou à l’exil quand ils ne recourent pas à l’assassinat. Depuis la fin de l’année 2006, le commando des Aigles Noirs multiplie les intimidations et les violences contre la presse de la côte caraïbe.
    Arrêté et assigné à résidence depuis le 27 mai 2005, « Don Berna » incarne plus que quiconque l’essence mafieuse du paramilitarisme. En échange de quelques renseignements, il peut à loisir donner des consignes à ses compagnons d’armes et jouer son rôle de chef de cartel.

    CUBA

    Fidel et Raúl Castro, président et président par intérim du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres

    En congé du pouvoir depuis le 26 juillet 2006 en raison d’une lourde opération chirurgicale, Fidel Castro a officiellement cédé les rênes du pouvoir à son frère Raúl cinq jours plus tard. Malgré quelques timides déclarations d’ouverture, l’ancien ministre de la Défense, devenu président intérimaire, ne se comporte pas mieux que son aîné sur le terrain des droits de l’homme. La période de succession a été marquée par une multiplication des attaques contre la presse indépendante : brutalités policières, convocations et perquisitions de la Sécurité de l’État (police politique), détentions de courte durée à plusieurs reprises, etc.

    Vingt journalistes arrêtés lors du « printemps noir » de mars 2003 continuent de purger des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison dans des conditions inhumaines. Trois autres, arrêtés avant le retrait de Fidel Castro, sont toujours détenus sans jugement, et deux derniers ont été emprisonnés une fois entamée la présidence intérimaire. Avec 25 détenus, Cuba reste la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine.

    MEXIQUE

    Cartels de la drogue
    Depuis la fin des années 90, quatre principaux cartels – de Tijuana, de Sinaloa, de Ciudad Juárez et du Golfe – se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de l’acheminement de la drogue dans les régions frontalières des Etats-Unis. Les narcotrafiquants travaillent parfois à leur propre compte et n’hésitent pas à corrompre certains responsables politiques pour imposer leur loi. Au Nord et dans les États côtiers, les journalistes sont bien souvent en première ligne des représailles des gangs.

    Au cours du mandat de Vicente Fox (2000-2006), la Commission nationale des droits de l’homme a recensé 31 assassinats et cinq disparitions de journalistes. Plus de la moitié d’entre eux enquêtaient sur des affaires liées au narcotrafic. Avec neuf tués et deux disparus en 2006, le Mexique s’est classé juste après l’Irak dans la liste des pays les plus meurtriers pour la presse. Aucun commanditaire de l’un de ces crimes n’a jamais été arrêté ni jugé en six ans.

  • 2006 a été la plus meurtrière depuis 1994 pour les professionnels des médias. 82 journalistes et 32 collaborateurs des médias sont morts dans l’exercice de leur fonction.

    En tête du « palmarès », l’Irak. Pour la quatrième année consécutive, les journalistes et collaborateurs des médias continuent de mourir dans ce pays à un rythme effrayant. En 2006, 64 d’entre eux y ont trouvé la mort. Ils avaient été 29 en 2005, 32 en 2004 et 15 en 2003.

    Avec neuf journalistes tués, le Mexique est devenu le pays le plus meurtrier du continent américain, devançant la Colombie.

    Quant aux Philippines, la situation n’est guère plus réjouissante. Six journalistes ont été assassinés en 2006.

    En Russie, trois journalistes ont été tués au cours de l’année (soit, au total, 21 depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en mars 2000). L’assassinat, en octobre, d’Anna Politkovskaïa, reporter de l’hebdomadaire Novaïa Gazeta et spécialiste de la Tchétchénie, est venu rappeler que même les journalistes les plus connus et les plus soutenus par la communauté internationale ne sont pas à l’abri de telles violences meurtrières.

    Quant aux journalistes emprisonnés, la Chine est le pays où il y en a le plus, avec 31, suivi par Cuba, avec 26, l’Ethiopie, avec 15 et Erythrée, avec 13. La Chine est le pays qui réprime le plus les cyber dissidents avec 50 emprisonnés, suivie de très de loin par le Vietnam avec sept. L’Ethiopie, la Gambie et la Russie dirigent la liste de pays dans lesquels la liberté d’expression s’est le plus détériorée durant les dernières cinq années. Ils sont suivi par la République du Congo, Cuba, Pakistan, l’Egypte, l’Azerbaidjan, le Maroc et la Thaïlande.

    On remarque la position très médiocre de la France, qui se classe seulement en 35e position.