Les journalistes privés d’Internet à Cuba

On est jamais trop prudent : pourtant à Cuba seuls les journalistes au dessus de tout soupçon (c’est à dire dûment encartés au Parti communiste ou dans une de ses innombrables officines) sont autorisés dans les médias officiels.

Les choses sont donc claires dès le départ, et pour ceux qui n’auraient pas bien compris, un article de la constitution précise que  » Les libertés d’expression et de la presse sont reconnues, « en conformité avec les objectifs de la société socialiste ».(article 53 de la Constitution de 1976)
Mais apparemennt le gouvernement cubain n’a même plus confiance en ses propres journalistes puisque le 13 août 2007, l’Institut cubain de radio et télévision (ICRT), sur ordre du ministre de la Communication, Ramiro Valdés, a envoyé une lettre aux dirigeants des médias officiels annonçant de nouvelles restrictions pour leurs personnels. Les sites Web et les services de messagerie électronique devront êtres consultés à partir d’un portail de l’entreprise cubaine de télécommunications, enet.cu, ce qui permet au gouvernement de contrôler facilement les utilisateurs et leurs activités sur la Toile.

« Cette mesure est une preuve supplémentaire de la paranoïa du gouvernement, qui se donne les moyens de surveiller les faits et gestes sur la Toile des journalistes des médias officiels, en les forçant à s’informer et à communiquer via un site officiel. Il est important de rappeler que l’immense majorité des citoyens cubains ne peut pas avoir de connexion au Réseau, sous prétexte que l’embargo américain empêche son développement », a déclaré Reporters sans frontières.

Selon l’agence Encuentro en la Red, ce document, envoyé le jour de l’anniversaire de Fidel Castro, somme également les médias de sélectionner de façon « appropriée » le personnel chargé de l’actualisation des sites Web. Les services de navigation, accessibles aux journalistes de « confiance » pourraient faire l’objet de contrôles renforcés.

Les journalistes des quotidiens officiels Granma, Juventud Rebelde et Trabajadores, concernés par cette mesure, seront contraints d’utiliser le nouveau système de connexion.

Cette décision fait suite aux déclarations de février 2007 du ministre de la Communication à propos d’Internet qu’il qualifiait d' »outil d’extermination globale » qui devait être impérativement « contrôlé ».
D’après Encuentro en la Red, le temps de navigation sur le Web des journalistes de la presse écrite a été limité à une heure par jour depuis 2003. En avril 2007, le gouvernement a bloqué l’accès aux sites Yahoo et Hotmail dans les radios et télévisions officielles.

Internet à Cuba, un réseau sous surveillance (extrait du rapport de Reporters sans frontières d’octobre 2006) :

« Avec moins de deux internautes pour 100 habitants, Cuba figure parmi les pays les plus en retard en matière d’Internet. Il est de loin le plus mal loti d’Amérique latine – le Costa Rica fait 13 fois mieux – et se situe au niveau de l’Ouganda ou du Sri Lanka. Sur une île qui se targue d’avoir l’un des niveaux d’éducation les plus élevés de la planète, ce constat a de quoi surprendre. Les autorités défendent ce bilan catastrophique en blâmant l’embargo américain, qui les empêcherait de s’équiper du matériel nécessaire au développement du Réseau. Elles expliquent notamment que, ne pouvant pas se raccorder à l’Internet mondial par le biais de câbles optiques sous-marins, elles en sont réduites à utiliser des connexions satellitaires coûteuses et moins efficaces. Cet argument peut en effet expliquer la lenteur de l’Internet cubain et les files d’attente interminables devant les cybercafés. Mais il ne justifie en rien le système de contrôle et de surveillance du Réseau mis en place par les autorités. Dans un pays où les médias sont à la botte du pouvoir, empêcher la circulation d’informations indépendantes sur Internet est naturellement devenu une priorité.

Le gouvernement cubain utilise plusieurs leviers pour s’assurer que ce média n’est pas utilisé de manière « contre-révolutionnaire ». Tout d’abord, il a peu ou prou interdit les connexions privées au Réseau. Pour surfer ou consulter leurs e-mails, les Cubains doivent donc obligatoirement passer par des points d’accès publics (cybercafés, universités, « clubs informatiques pour la jeunesse », etc), où il est plus facile de surveiller leur activité. Ensuite, la police cubaine a installé, sur tous les ordinateurs des cybercafés et des grands hôtels, des logiciels qui déclenchent un message d’alerte lorsque des mots-clés « subversifs » sont repérés. Le régime s’assure par ailleurs que les opposants politiques et les journalistes indépendants n’accèdent pas à Internet. Pour ces derniers, communiquer avec l’étranger est un véritable chemin de croix. Enfin, le gouvernement mise sur l’autocensure. A Cuba, on peut être condamné à vingt ans de prison pour quelques articles « contre-révolutionnaires » publiés sur des sites étrangers et à cinq ans simplement pour s’être connecté au Net de manière illégale. Peu d’internautes osent défier la censure de l’Etat et prendre un tel risque. »

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