Catégorie : libertés

Les libertés et la répression à Cuba

  • Depuis l’ouverture du sommet des non-alignés lundi, tout le monde attendait l’apparition du líder máximo. Mercredi soir, la télévision nationale cubaine a diffusé des photographies de Fidel Castro, amaigri et en pyjama. Le président cubain apparaît en compagnie de l’émissaire argentin au sommet des non-alignés, le député et écrivain Miguel Bonasso.

    Fidel Castro a profité de cet entretien pour apporter son soutien à Hugo Chavez et à sa bataille pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Chavez, fils spirituel de Castro est selon lui un « leader mondial en train de créer un modèle indestructible ».

    Raul Castro, qui assure l’intérim de son frère Fidel à la tête de Cuba, a fait jeudi sa première apparition officielle lors d’un événement international à l’occasion d’une réunion du Groupe des 15 pays en développement, à la veille de l’ouverture du sommet des pays Non-alignés à la Havane.

    Il en a profité pour salué l’Iran et d’autres pays en développement pour leur action en vue d’un « monde meilleur et plus juste ».

    Le président vénézuélien Hugo Chavez était également invité à se joindre au groupe.
    Selon lui, Fidel Castro, toujours en convalescence après son intervention chirurgicale aux intestins, « marche et chante », et il est pratiquement en assez bonne forme pour « jouer au base-ball ».

    Même malade et absent, Fidel Castro a toujours le don de concentrer l’actualité sur lui. La grande inconnue du sommet des Non-alignés reste de savoir si Fidel Castro participera en personne aux activités.

    Reste que pour la première fois, Cuba est dans l’incertitude sur le réel détenteur du pouvoir : Fidel Castro demeure invisible depuis son opération, et son successeur désigné Raul Castro brille pas son absence.

    Si Fidel Castro se décidait à mourir aujourd’hui, la veillée funèbre serait peuplée de gens plus nerveux qu’affligés. Pour Raúl Castro, son frère et héritier désigné, la prise de pouvoir ne serait plus aussi facile. Et encore moins l’exercice réel du pouvoir. Les témoignages selon lesquels Raúl Castro aurait été très lié au cartel de Medellín dans les années 1980 viennent de refaire surface. La nouvelle a éclaté il y a quelques semaines, par le biais d’une dépêche de Televisión Española : John Jairo Velásquez, surnommé Popeye, le bras droit et le chef de la sécurité de Pablo Escobar – le baron du cartel de Medellín, tué par balle en 1993 –, est passé à table. Depuis la prison de Bogotá, où il est détenu pour assassinat, il a donné toutes sortes de détails sur les étroites relations existant entre Raúl Castro et les barons de la drogue colombiens.

    Les militaires, le Parti communiste, le ministère de l’Intérieur et d’autres instances gouvernementales cubaines en sont convaincus : après la mort du Líder Máximo, l’île aura désespérément besoin d’une personnalité qui confère une légitimité internationale à un régime impopulaire et chancelant, totalement anachronique.

    Aussi ne peuvent-ils voir d’un bon œil la désignation à la tête de l’Etat d’un homme ayant trempé dans le trafic de cocaïne. Ce serait même dangereux, comme on a pu l’observer à Panamá, après l’invasion qui a renversé Noriega en décembre 1989. Personne au monde n’avait alors remué le petit doigt pour le défendre.

  • «Il est regrettable que la question des droits de l’Homme ne soit pas la réelle et véritable priorité du Mouvement des Non-alignés», a affirmé Elizardo Sanchez, président du Comité cubain pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN), illégal, mais toléré par les autorités.

    Le dissident a fustigé les pays membres du Mouvement des Non-alignés comme appartenant «aux pires et coutumiers violeurs des droits civils et politiques à l’échelle mondiale», citant outre Cuba, la Corée du nord, l’Arabie saoudite, la Syrie ou le Zimbabwe.

    Les chefs d’État et de gouvernement des 118 pays membres du MNA, qui se réunissent vendredi et samedi au plus haut niveau, sont appelés à défendre «tous les droits de l’Homme et les libertés fondamentales pour tous», selon le texte de la résolution finale. Toutefois, cette déclaration ne précise pas la définition des droits de l’Homme.

    «La majorité des délégations des membres à part entière (des Non-alignés), notamment ceux d’Afrique et d’Asie, représentent les régimes dictatoriaux ou les autorités touchées par la corruption, le népotisme», dénonce un rapport de la CCDHRN, diffusé mardi.

    Elizardo Sanchez a accusé le gouvernement cubain, qui occupera la présidence des Non-alignés durant trois ans à l’issue du sommet, de «violer, comme il l’a fait depuis des décennies, tous les droits civils, politiques et économiques».

    Le dissident a souhaité que les Non-alignés «montrent une meilleure volonté politique sur ce sujet» et de promouvoir des «programmes d’action pour l’amélioration de la situation des droits de l’Homme dans tous les pays».

    Selon la CCDHRN, quelque 300 prisonniers politiques sont actuellement détenus à Cuba.

    De son cotéReporters sans frontières entend rappeler à cette occasion que plusieurs chefs d’Etat connus pour leur mépris de la liberté de la presse et du pluralisme, comme l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad, le Pakistanais Pervez Musharraf ou le Vietnamien Nguyen Minh Triet feront le déplacement à La Havane où les recevra un autre prédateur de la liberté d’expression en la personne de Fidel Castro.

    Ce sommet ne doit pas servir de paravent à des gouvernements pour qui les déséquilibres Nord-Sud justifient la dictature, l’oppression et l’absence d’Etat de droit. L’organisation souligne également que « la protection et la promotion des droits de l’homme » comptent parmi les objectifs fixés dans le projet de document final qui sera soumis à l’approbation des pays membres au cours du sommet.

    On peut malheureusement s’attendre à ce que des pays comme l’Iran, l’Ouzbékistan, le Zimbabwe, la Libye ou le Bélarus paraphent une promesse qu’ils ne sont pas près d’honorer, sans oublier Cuba qui, en tant que président du Mouvement, devra veiller à ce qu’elle soit tenue. La référence à la charte des Nations unies et aux lois internationales dont se parent ces pays les oblige logiquement vis-à-vis de l’Onu et de la communauté internationale. Nous espérons que le sécrétaire général de l’Onu Kofi Annan saura le leur rappeler.

    Un très mauvais signe a déjà été donné à la veille du sommet par les autorités cubaines qui ont tout fait pour limiter la couverture de l’événement en expulsant des journalistes étrangers. Cuba demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine avec 23 prisonniers issus de la profession.

    Le Mouvement des non-alignés est né en septembre 1961 à Belgrade sous l’impulsion du maréchal yougoslave Tito, dont le but était de rassembler des pays refusant, à l’époque de la guerre froide, de se rallier aux Etats-Unis ou à l’URSS.

  • Succédant à la Malaisie, Cuba prend la présidence de ce mouvement fondé en 1961 à Belgrade, en pleine guerre froide, dans le sillage de la Conférence de Bandung de 1955, par les pays qui voulaient se distinguer de la bipolarisation du monde. Aujourd’hui, fort de ses 116 membres pour son 14e sommet, le Mouvement des pays non alignés représente les deux tiers de l’Assemblée générale des Nations unies. Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus les 15 et 16 septembre à La Havane, dont le Vénézuélien Hugo Chávez ou encore l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad.

    à la veille de l’ouverture du sommet, le ministre des Affaires étrangères cubain, Felipe Pérez Roque, a répondu en partie aux attentes du millier de journalistes accrédités à l’occasion de la première conférence de presse concernant la réunion du Mouvement des non-alignés. « Le président Fidel Castro dirige la délégation cubaine et recevra plusieurs personnalités, notamment le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan », a annoncé le chef de la diplomatie cubaine cité par Granma, le journal officiel de La Havane.

    Reste que pour la première fois, Cuba est dans l’incertitude sur le réel détenteur du pouvoir : Fidel Castro demeure invisible depuis son opération, et son successeur désigné Raul Castro brille pas son absence.

    Si Fidel Castro se décidait à mourir aujourd’hui, la veillée funèbre serait peuplée de gens plus nerveux qu’affligés. Pour Raúl Castro, son frère et héritier désigné, la prise de pouvoir ne serait plus aussi facile. Et encore moins l’exercice réel du pouvoir. Les témoignages selon lesquels Raúl Castro aurait été très lié au cartel de Medellín dans les années 1980 viennent de refaire surface. La nouvelle a éclaté il y a quelques semaines, par le biais d’une dépêche de Televisión Española : John Jairo Velásquez, surnommé Popeye, le bras droit et le chef de la sécurité de Pablo Escobar – le baron du cartel de Medellín, tué par balle en 1993 –, est passé à table. Depuis la prison de Bogotá, où il est détenu pour assassinat, il a donné toutes sortes de détails sur les étroites relations existant entre Raúl Castro et les barons de la drogue colombiens.

    Les militaires, le Parti communiste, le ministère de l’Intérieur et d’autres instances gouvernementales cubaines en sont convaincus : après la mort du Líder Máximo, l’île aura désespérément besoin d’une personnalité qui confère une légitimité internationale à un régime impopulaire et chancelant, totalement anachronique.

    Aussi ne peuvent-ils voir d’un bon œil la désignation à la tête de l’Etat d’un homme ayant trempé dans le trafic de cocaïne. Ce serait même dangereux, comme on a pu l’observer à Panamá, après l’invasion qui a renversé Noriega en décembre 1989. Personne au monde n’avait alors remué le petit doigt pour le défendre.

  • Cuba assume, à compter du 11 septembre 2006 et pour trois ans, la présidence tournante du Mouvement des non-alignés (MNOAL), dont La Havane accueille pour cinq jours le 14e sommet. Cinquante chefs d’Etat ou de gouvernement, 3 000 délégués de 116 pays membres (bientôt 118 avec l’adhésion prochaine d’Haïti et de Saint-Kitts et Nevis) et les représentants de plusieurs pays observateurs, comme la Chine, sont attendus dans la capitale de l’île du 11 au 16 septembre, en présence du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan.

    Ce sommet ne doit pas servir de paravent à des gouvernements pour qui les déséquilibres Nord-Sud justifient la dictature, l’oppression et l’absence d’Etat de droit. L’organisation souligne également que « la protection et la promotion des droits de l’homme » comptent parmi les objectifs fixés dans le projet de document final qui sera soumis à l’approbation des pays membres au cours du sommet.

    « Les chefs d’Etat et de gouvernement ont réaffirmé l’importance significative qu’attache le Mouvement à la promotion et à la protection des droits de l’homme, et à l’engagement de remplir les obligations destinées à promouvoir le respect universel, l’observance et la protection de tous les droits humains et libertés fondamentales en accord avec la charte des Nations unies, les autres textes relatifs aux droits de l’homme et les lois internationales », lit-on au paragraphe 193-1 du projet, entériné le 30 mai 2006 à Putrajaya (Malaisie).

    On peut malheureusement s’attendre à ce que des pays comme l’Iran, l’Ouzbékistan, le Zimbabwe, la Libye ou le Bélarus paraphent une promesse qu’ils ne sont pas près d’honorer, sans oublier Cuba qui, en tant que président du Mouvement, devra veiller à ce qu’elle soit tenue. La référence à la charte des Nations unies et aux lois internationales dont se parent ces pays les oblige logiquement vis-à-vis de l’Onu et de la communauté internationale. Nous espérons que le sécrétaire général de l’Onu Kofi Annan saura le leur rappeler.

    Un très mauvais signe a déjà été donné à la veille du sommet par les autorités cubaines qui ont tout fait pour limiter la couverture de l’événement en expulsant des journalistes étrangers. Cuba demeure la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine avec 23 prisonniers issus de la profession.

    Benoît Hervieu
    Despacho Américas / Americas desk
    Reporters sans frontières
    5, rue Geoffroy-Marie
    75009 Paris – France

  • Hugo Chavez se lamente au Vietnam ; Evo Morales sort son mouchoir rouge du poncho ; le président chinois, Hu Jintao, tape sur son ordinateur un télégramme triste que lui dicte Mao ; il y a des fêtes, des défilés et des discours à Miami ; des hommes et des femmes donnent leur avis à Mexico, Madrid et Buenos Aires. A Cuba, personne ne dit rien. Il y règne un silence plus grand que la nuit et à la télévision officielle un enfant murmure : « Les médecins vont le guérir. C’ est un homme bon. »

    C’est tout. Là-dessus coulent le sirop tropical du triomphalisme et la chanson de l’éternité. Jusque dans ces moments-là, ou plus que jamais dans une telle circonstance, les contrôles, les fers, les cadenas qui enferment les 11 millions de Cubains sautent aux yeux.

    La passation de pouvoir dans l’île et la soudaine gravité de l’état de Fidel Castro provoquent des réactions dans le monde entier. Sauf dans le pays qui l’a supporté pendant un demi-siècle, sauf dans les foyers où vivent les membres restants des familles dispersées, sauf sur les lieux de travail où les employés oeuvrent pour un salaire de misère, sauf dans les unités militaires où nombre d’officiers et de soldats plongent dans des pensées profondes.

    Le gouvernement contrôle la parole et ce peuple n’y a pas droit. Dans aucune circonstance. De même qu’il n’a rien à voir dans aucune cérémonie sociale, dans aucun événement en rapport avec son présent ni avec son avenir. Le peuple est une ombre que l’on sort dans la rue pour qu’elle prenne peur et à qui l’on ordonne ensuite de rentrer pour que croisse cette peur. Une masse informe à qui l’on ment pour qu’elle s’endorme.

    L’opposition pacifique, la presse indépendante, les militants des droits de l’homme, les démocrates qui se sont montrés de face, à visage découvert ? Cernés, surveillés, traqués jusque dans leur maison, le téléphone sur écoutes et une brigade paramilitaire en faction au cas où ils veuillent s’aventurer au coin de la rue. Une telle paix semble peu croyable, à moins qu’elle ne vienne de la contrainte ; une telle tranquillité, si les gens ne savaient pas – pour l’avoir vécu – que derrière le discours d’amour, il y a un tank. Tout comme derrière l’obsession à fabriquer des médecins et à inventer des instituteurs en deux semaines seulement se cache le mépris pour la santé et l’éducation. C’est un étendard sombre que l’on éclaire d’une lumière artificielle quand on le montre au monde.

    Jusqu’à maintenant, il est vrai qu’ils ont pu conserver leur goût du secret, les mystères, les pièges, les manipulations possibles dans une société dont 70 % des citoyens (nés après 1959) n’ont jamais vécu en démocratie, ne connaissent pas la liberté et sont bourrés de propagande. Mais il semble que puisse venir la dernière saison du mystère, des barrages, des masques parce que les dictatures personnelles sont ce qu’elles sont : des dictatures et personnelles. Elles ne se partagent pas comme une liasse de billets ou comme un butin dans une bande de pirates.

    Ecoutez bien les derniers silences du communisme créole parce qu’ils ne reviendront pas. Ecoutez-les bien, là-bas, sous la terreur policière.

    Parce que l’on sait qu’un chemin vient de s’ouvrir et que des milliers d’hommes et de femmes parcourent maintenant leurs labyrinthes avec cette philosophie pragmatique des vieux bagnards : faire des petits pas et voir loin

    Raul Rivero

    Raúl Rivero est né en 1945. Après des études de journalisme à l’université de La Havane, il se met au service de la révolution de Fidel Castro, et entre à l’agence de presse officielle Prensa Latina. Sa rupture avec le régime castriste date de la fin des années 80 : en 1989, il quitte l’Union des écrivains et artistes cubains, et signe en 1991  » La lettre des 10 « , pétition demandant à Fidel Castro des élections libres et la libération des prisonniers politiques. En 1995, il fonde l’agence indépendante Cuba Press. Il est aujourd’hui le seul cosignataire de  » La lettre des 10  » à demeurer à Cuba, en dépit des pressions, des menaces et des arrestations :  » dans l’espace qui existe entre partir et revenir, il faut fonder la permanence, parce que rester sera toujours un antidote contre le désenchantement et un venin contre l’oubli « . Sa liberté de circuler a été restreinte, il a été séquestré et menacé à plusieurs reprises, sa famille intimidée et ses documents confisqués. Depuis le mois de mai 2000, il faisait partie de la Société de Journalistes  » Manuel Marquez Sterling « , qui s’est donné pour mission la promotion de la liberté d’expression et d’information, ainsi que la formation professionnelle de journalistes cubains.

    Au printemps 2003, le journaliste Raul Rivero a été arrêté avec 28 de ses collègues et condamné à 20 ans de prison. Libéré pour raisons de santé en novembre 2004, il vit en exil en Espagne.

  • Dans son éditorial publié par le journal Granma (organe officiel du Parti communiste cubain, seule presse autorisée à Cuba) à propos du sommet de Vienne, Cuba a traité vendredi l’Union Européenne (UE) de «laquais» des États-Unis et qualifié de «pathétique» l’alliance transatlantique.

    Sous le titre «Bien faible est le pouvoir des laquais», l’organe officiel du Parti communiste cubain a estimé que lors du sommet mercredi à Vienne entre le président américain George W. Bush et l’UE, cette dernière avait «cédé lâchement sur tout».

    «Cela a été le sommet d’un seul côté de l’Atlantique», pour Granma, dont les éditoriaux sont souvent inspirés au plus haut niveau et en particulier par Fidel Castro lui même.

    À l’approche de la prise de direction par le président Fidel Castro du Mouvement des non-alignés, dont le sommet doit se tenir en septembre à La Havane, l’UE, «alliée mineure» de Washington, «a fait la preuve de sa honteuse double morale en matière de droits de l’homme et de sa traditionnelle subordination à la politique agressive des États-Unis contre le Tiers-monde», estime l’organe officiel cubain.

    La déclaration finale du sommet de Vienne présente «une vue hégémonique, néo-colonisatrice, menaçante et manipulatrice» de la situation internationale, poursuit le journal, jugeant que «le plus scandaleux» était l’absence «de référence la plus minimale» aux prisonniers détenus dans la base américaine de Guantanamo, sur le sol cubain.

    «Nouveau chapitre de soumission honteuse et cynique aux diktats de Washington», l’UE a en outre «accepté pour la première fois d’inclure dans un document commun avec les États-Unis son inquiétude sur la situation des droits de l’homme à Cuba», poursuit le journal.

    «L’UE démontre ainsi qu’elle manque de capacités pour résister aux pressions» de Washington, estime l’éditorial, selon lequel «l’Europe doit clarifier si cela signifie qu’elle a décidé de se rallier au «Plan Bush» contre Cuba» et à ses «méthodes fascistes» en faveur d’une transition démocratique.

    Relevant que le 12 juin dernier, les ministres européens des Affaires étrangères avaient décidé de prolonger la suspension des sanctions diplomatiques contre Cuba, le journal estime que «pour la première fois ils ont assumé le langage nord-américain en vue d’accélérer une soi-disant transition» dans l’île communiste, ce qui revient, pour le journal, à «soutenir pratiquement et de façon officielle la contre-révolution organisée et payée par les États-Unis».

    Cuba et son président Fidel Castro sont coutumiers des excès de langage et insultes contre les autres pays ou leurs gouvernements: en mai 2005, Fidel Castro avait traité Bush et les Etats Unis de régime « nazi-fasciste » et en mai 2004, une manifestation contre les sanctions européennes avec Fidel Castro avait montré des photos d’Aznar déguisé en Hitler avec la légende le « fuhrercito » (le petit furher).

    Cette nouvelle attaque contre l’UE survient alors que l’Europe a pourtant adopté une position particulièrement conciliante envers Cuba, et fortement critiquée par la dissidence interne. Ceci alors que les agressions physiques contre les opposants par la police politique cubaine sont en forte augmentation.

    Dans son rapport rendu public le 12 juin dernier l’UE avait reconnu que « L’organisation, depuis 2005, de dizaines d’actes violents de harcèlement et d’intimidation, y compris d’actes dits de répudiation, est un sujet de préoccupation particulière. Le Conseil a fait part de l’inquiétude que lui inspirent les informations selon lesquelles certains actes de « répudiation » ont lieu avec la complicité de la police et des forces de sécurité. En tout état de cause, les autorités cubaines ne respectent pas l’obligation qui leur incombe de protéger tous les citoyens. « 

  • Juan Carlos Robinson Agramonte, membre du Bureau politique du Parti communiste cubain (PCC) jusqu’en avril dernier, date de son exclusion du PCC, a été condamné à 12 ans de prison pour « trafic d’influence », a annoncé mercredi un communiqué du Bureau politique, publié en page deux de Granma, organe central du PCC.

    Comme toujours en pareil cas à Cuba, les véritables raisons de cette condamnation sont impossibles à deviner derrière l’intitulé des charges reprochées à l’accusé.

    « Après examen des preuves et des allégations de l’accusation et de la défense, le Tribunal a jugé l’accusé responsable du délit de trafic d’influence à caractère répété et lui a imposé une sanction de 12 ans de privation de liberté », précise le communiqué

    « Dans la sentence prononcée, il est démontré que Robinson Agramonte (…), a oublié ses hautes responsabilités et l’honnêteté exigée de la part d’un cadre révolutionnaire et a fait usage de son influence en vue d’en tirer des bénéfices », ajoute le communiqué, qui ne fournit toutefois aucune indication précise sur les faits reprochés à l’ancien responsable.

    Agé de 49 ans et depuis neuf ans l’un des 23 membres du Bureau politique, Juan Carlos Robinson avait été exclu à grand fracas du PCC le 28 avril dernier, au cours d’une réunion de cette instance présidée directement par le chef de l’Etat, Fidel Castro, également premier secrétaire du PCC.

    Selon le communiqué officiel d’alors, le dirigeant, « malgré des avertissements répétés » de ses pairs, avait conservé une attitude de « toute-puissance, de morgue, d’abus de pouvoir, d’ostentation dans ses fonctions, d’indiscrétions et d’affaiblissement de ses principes moraux ».

    En outre, Juan Carlos Robinson était accusé « d’attitudes malhonnêtes incompatibles avec la conduite d’un communiste et encore plus de la part d’un cadre du parti », d’après le communiqué qui concluait qu’ »une enquête était en cours sur les conséquences légales » de ses agissements.

    C’est la première fois qu’une sanction frappe publiquement un dirigeant cubain de haut niveau depuis l’exclusion en juillet 2002 du Bureau politique et des rangs du PCC de l’ex-chef de la diplomatie cubaine Roberto Robaina, limogé par Fidel Castro en mai 1999. Roberto Robaina n’avait cependant pas été traduit devant la justice, ni condamné, à l’issue de son exclusion du Parti Communiste et du gouvernement.

    Un autre membre du Bureau politique, Carlos Aldana, chargé de l’idéologie, avait également fait l’objet d’une exclusion, révélée en octobre 1992.

    Mais hormis plusieurs proches de Fidel Castro au début de la révolution, il faut remonter à 1989 et à « l’affaire Ochoa » pour qu’un membre de la haute hiérarchie cubaine -à l’époque le général José Abrantes, ministre de l’Intérieur et membre du comité central- soit jeté en prison.

    José Abrante avait été alors jugé par un tribunal militaire qui l’avait condamné en septembre 1989 à 20 ans de prison pour divers « abus de position ». Il est mort en prison d’un infarctus en janvier 1991.

    Son cas était lié à celui du général Arnaldo Ochoa, héros de l’intervention militaire cubaine en Angola, fusillé le 12 juillet 1989 avec son aide de camp Jorge Martinez Valdes, et deux haut responsables du ministère de l’intérieur (dont le colonel Antonio de La Guardia) sous l’accusation de trafic de drogue, au cours d’un procès expéditif sans aucune garantie de défense pour les accusés.

  • Reporters sans frontières regrette cette politique timorée dont l’inefficacité a pu être constatée durant ces trois dernières années. Le Conseil a lui-même reconnu que « la situation des droits de l’homme à Cuba (s’était) encore détériorée depuis juin 2005 » et que « le nombre de prisonniers politiques avait augmenté au cours des douze derniers mois ».

    Face à ce triste constat, une redéfinition de la position de l’Union européenne envers Cuba semble logique. Certes, la mise en place de sanctions économiques n’est pas souhaitable, mais l’utilisation de sanctions politiques permettrait de rappeler le gouvernement à ses obligations. Ces dernières seraient un outil de pression approprié pour inciter les autorités cubaines à prendre leurs responsabilités en ce qui concerne les droits fondamentaux.

    Reporters sans frontières rappelle que vingt journalistes sont encore emprisonnés depuis la vague de répression de mars 2003 et que quatre autres ont été arrêtés au cours de l’été 2005. Depuis le « printemps noir » de 2003, les journalistes encore en exercice sont soumis à une pression constante des autorités. Une nouvelle vague de répression politique sévit depuis le début de l’année 2006.

    Elle prend la forme d’actions violentes et intimidantes, notamment envers la presse indépendante, comme l’illustre l’arrestation d’Armando Betancourt, journaliste indépendant, arrêté le 23 mai. Enfin, le gouvernement refuse d’accorder une connexion Internet à Guillermo Fariñas dont l’état de santé s’est dramatiquement détérioré depuis le début de sa grève de la faim, le 31 janvier 2006.

    La décision de l’UE est en effet difficile à comprendre alors même qu’elle indique dans son rapport que :

    « L’organisation, depuis 2005, de dizaines d’actes violents de harcèlement et d’intimidation, y compris d’actes dits de répudiation, est un sujet de préoccupation particulière. Le Conseil a fait part de l’inquiétude que lui inspirent les informations selon lesquelles certains actes de « répudiation » ont lieu avec la complicité de la police et des forces de sécurité. En tout état de cause, les autorités cubaines ne respectent pas l’obligation qui leur incombe de protéger tous les citoyens. Le Conseil a invité instamment le gouvernement cubain à prendre sans tarder des mesures visant à mettre fin à la vague actuelle de harcèlement et à s’efforcer d’empêcher réellement qu’elle reprenne. »