A Cuba, Castro le dogmatique reçoit Hu Jintao le pragmatique

Premier pays d’Amérique latine à avoir reconnu la Chine de Mao Tsé-toung en 1960, Cuba s’en est presque aussitôt détournée pour Moscou à l’heure du « grand schisme » avec Pékin. Mais c’était pour se retrouver ruinée et orpheline trente ans après, une fois l’URSS disparue en 1991.

Depuis, Cuba est passée de la Lada soviétique à la bicyclette chinoise, et la quasi totalité des principaux dirigeants chinois ont visité l’île communiste.

Mais les retrouvailles restent laborieuses et semblent reposer sur un malentendu permanent : alors que depuis vingt cinq ans, les communistes chinois ont fait de la « réforme » la clé de leur succès économique et l’emblème de leur politique, ce terme reste soigneusement banni à Cuba.

Les slogans chinois répètent que « s’enrichir est glorieux ». Fidel Castro, lui, n’est jamais revenu sur son crédo de 1968, quand il déclarait « nécessaire de démythifier l’argent et non de le réhabiliter ».

Egalitariste convaincu, il s’est toujours méfié de la renaissance d’un secteur privé, si mince soit-il, dénonçant jusqu’aux marchands de hot-dogs ou de glace privés.

Chute des investissements étrangers, dénonciation du « consumérisme », effondrement de la production sucrière, pénuries d’électricité, remise à l’honneur de la « traction animale », interdiction des marchés libres pour les paysans : les recettes cubaine sont aux antipodes de celles appliquées en Chine, lancée dans un gigantesque « compromis historique » avec le capitalisme.

Dans sa plus longue intervention publique connue sur la révolution chinoise, à l’occasion de son 50ème annniversaire en 1999, le dirigeant cubain, tout en saluant le rôle de Pékin, n’a pas fait une seule allusion aux réformes engagées après la mort de Mao par Deng Xiaoping.

Il avait par contre souligné que « l’impérialisme a crée de nouvelles émissions (de radio) pour transmettre à 1,25 milliard de Chinois les idées occidentales, les habitudes de consommation occidentales, les folies occidentales, et principalement les folies américaines ».

Fidel Castro revendique en outre avec les Etats-Unis une confrontation permanente, héritée de la guerre froide, très éloignée des préocupations chinoises.

Il faudra attendre 1995 pour que le dirigeant cubain se rende à Pékin. Dans les milieux diplomatiques à La Havane, on affirme qu’il en est revenu « horrifié » par le foisonnement capitaliste et le consumérisme du géant chinois.

Pourtant, les deux pays ont en commun les institutions-clé des régimes communistes : parti unique, monopole d’Etat sur la presse et la justice, et strict contrôle social.

De retour en février 2003, il déclarera à Shanghai : « Nous voulons nous inspirer de l’expérience chinoise ». Mais, évoquant les « quelques difficultés » de l’économie cubaine, il suggerera des « ajustements structurels », se gardant de prononcer le mot de « réformes ».

Héritier de la politique d’ouverture de Deng Xiaoping, Hu Jintao, qui effectue sa première visite à Cuba en qualité de chef d’Etat, a déjà rencontré au moins deux fois Fidel Castro dans les années 1990 à La Havane.

Lundi et mardi, il prendra la mesure de la timide ouverture cubaine initiée en 1996, mais déjà sérieusement compromise par une recentralisation tous azimuths.

A 61 ans, Hu Jintao symbolise la transition réussie vers une nouvelle génération de dirigeants communistes, après le retrait « en douceur » de la vieille garde chinoise.

Mais Fidel Castro, 78 ans, dont 45 au pouvoir, a prévenu : « Les révolutionnaires ne se retirent pas ».

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