Ricardo González : un homme libre à Cuba

Il y a des anniversaires que l’on aimerait ne jamais souhaiter : celui-ci en est un. L’acharnement des autorités cubaines contre un groupe de journalistes emprisonné depuis 2003 à quelque chose de consternant.

Ricardo González en fait malheureusement partie, et ce uniquement à cause de son courage et sa détermination à dire la vérité sur les innombrables fables qu’entretient le gouvernement cubain à destination des médias.Les conditions de détention de Ricardo sont exécrables, comme celles de tous les prisonniers cubains, mais il doit en plus subir les harcèlement moral que l’on réserve aux détenus politiques. Mais au fond de lui même, Ricardo est toujours resté un homme libre.

Cette liberté d’esprit à un prix à Cuba : l’emprisonnement.

LA FICHE

Ils ont donné l’ordre.
Ils ont fouillé Å“il par oeil
feuille par feuille
dans mon arbre généalogique
depuis Adam jusqu’à mes vers.

Ils ont donné l’ordre.
Le Figaro dans son ardeur
a rasé mon raisonnement
pour me dépouiller de mes illusions
et de mes cheveux.

Ils ont donné l’ordre.
Dans un cimetière de papier
avec des linceuls d’encre
ils ont enterré mes empreintes.

Ils ont donné l’ordre.
Ils ont capté mon visage
pour mieux me capturer
comme dans le conte du loup.

Ils ont donné l’ordre.
Ils m’ont assigné un chiffre
pour pouvoir me déchiffrer
dans cette équation
o๠l’un n’est personne.

Ils ont donné l’ordre
qui m’était destiné depuis toujours :
durant deux décennies
me maintenir reclus.

Ils ont donné l’ordre.
Je n’ai plus ma liberté.

Mais je suis libre.

Ricardo González  (prisonnier politique à Cuba), traduction de Jacobo Machover

Communiqué de Reporters sans Frontières

Très affaibli depuis son incarcération, le correspondant cubain de Reporters sans frontières, Ricardo González  Alfonso a « fêté » le 18 février 2010 son 60e anniversaire derrière les barreaux.

Condamné à vingt ans de prison en 2003 pour le simple fait d’avoir exercé son métier, le journaliste a du supporter les mauvais traitements et les vexations infligées aux prisonniers d’opinion.

En plus d’être correspondant pour Reporters sans frontières, Ricardo González avait fondé et dirigé la société de formation Manuel Màrquez Sterling et le bimestriel « De Cuba ». Il a reçu le prix Reporters sans frontières pour l’année 2008 dans la catégorie « journaliste ».

Ricardo Gonzalez journaliste détenu depuis le printemps 2003
Ricardo González journaliste détenu depuis le printemps 2003

Ricardo González Alfonso a été arrêté le 18 mars 2003, lors de la vague de répression sans précédent lancée par le gouvernement cubain, dite Printemps noir.

Jugé le 4 avril avec son ami, le poète et journaliste Raul Rivero, il a été accusé sans la moindre preuve d’être un « agent à la solde des Etats-Unis » et condamné en conséquence à vingt ans d’emprisonnement. Dix-neuf des vingt-cinq journalistes actuellement détenus à Cuba ont été arrêtés lors du Printemps noir et condamnés à des peines allant de 14 à 27 ans de prison.

Malgré ses problèmes de santé, en particulier pulmonaires, Ricardo González Alfonso reste maintenu en cellule au pénitencier du Combinado del Este (La Havane). Il a subi quatre interventions chirurgicales en 2006 et 2007.

Après un long séjour à l’hôpital carcéral, il a été reconduit en cellule le 27 janvier 2008, malgré un état de santé toujours fragile. Il s’est vu administrer avec retard, le 26 janvier 2010, un traitement qu’il attendait depuis des mois.

Comme d’autres prisonniers politiques, il a séjourné dans des cellules collectives avec des détenus de droit commun et a ainsi été exposé aux violences et aux brimades. « Nous tenons les autorités de La Havane pour responsables de l’état de santé du journaliste », a mis en garde Alida Viso Bello, l’épouse de Ricardo González Alfonso.

La répression, particulièrement vive contre les blogueurs, n’a pas cessé depuis l’accession officielle de Raul Castro à la présidence, le 24 février 2008 (http://www.rsf.org/Un-journaliste-dissident-arrete-a.html).

Au début de février 2010, le journaliste dissident Carlos Serpa Maceira a dénoncé son exil forcé sur l’île de la Jeunesse, après une brève détention assortie de passages à tabac.

Aucune évolution positive en matière de droits de l’homme ne se fait jour à Cuba malgré la signature par les autorités de La Havane des deux Pactes de l’Onu relatifs aux droits civils et politiques qui incluent la liberté d’expression. Ricardo González Alfonso, comme tous les autres journalistes emprisonnés, doit être libéré.

Benoit Hervieu
Despacho Américas /Â Americas Desk
Reporters sans frontières
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