Étiquette : censure

  • rsf Pas beaucoup de changement à Cuba en ce qui concerne la liberté de la presse : Cuba reste la plus grande prison du continent avec 25 journalistes emprisonnés depuis mars 2003. L’état de santé de plusieurs d’entre eux s’est aussi sérieusement dégradé en 2007.

    La transition amorcée à la tête de l’État avec Raúl Castro, n’a fait en rien progresser les droits de l’homme dans l’île. Seules les méthodes répressives ont changé, passant des grands procès politiques à une brutalité ordinaire, note Benoit Hervieu Responsable du bureau Amériques.

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  • Cuba occupe la 165e position du classement de RSF, et un an et demi après l’investiture officielle de Raúl Castro à la tête de l’Etat, la situation des droits de l’homme sur l’île n’a pas évoluée.

    La violence perdure sur le continent américain, notamment au Pérou et au Mexique

    Cette année, l’Erythrée remplace la Corée du Nord en dernière position du classement mondial de Reporters sans frontières, publié aujourd’hui pour la sixième reprise, et qui mesure le degré de liberté de la presse dans 169 pays.

    « Cela n’a rien de surprenant. Même si toutes les violations de la liberté de la presse ne sont pas connues en Corée du Nord ou au Turkménistan, qui précèdent immédiatement l’Erythrée dans le classement, ce pays mérite sa dernière place. Nous savons que quatre journalistes sont morts en prison et nous avons toutes les raisons de croire que d’autres vont suivre », a déclaré Reporters sans frontières.

    En dehors de l’Europe – d’où sont issus les quatorze premiers pays du classement -, aucune région du monde n’est épargnée par la censure.

    Parmi les vingt pays les plus mal classés, on trouve 7 asiatiques (Pakistan, Sri Lanka, Laos, Viêt-nam, Chine, Birmanie, Corée du Nord), 5 africains (Ethiopie, Guinée équatoriale, Libye, Somalie, Erythrée), 4 du Moyen-Orient (Syrie, Irak, Territoires palestiniens, Iran), 3 de l’ancien espace soviétique (Bélarus, Ouzbékistan, Turkménistan) et 1 américain (Cuba).

    A Cuba (165e), un an et demi après l’investiture officielle de Raúl Castro, à la tête de l’Etat, la transition annoncée n’a rien changé à la situation des droits de l’homme sur l’île. Cuba reste la deuxième prison du monde pour la presse après la Chine avec 24 journalistes incarcérés et soumis à de très sévères conditions de détention.

    Violence et censure sur le continent américain

    Aucun journaliste n’a été tué en Colombie (126e) pendant la période étudiée pour l’établissement de ce classement. C’est une première. Pour autant, la pression des groupes armés et des paramilitaires reste forte. Des cas de violence contre des journalistes ont été relevés au Brésil (84e) et en Argentine (82e), mais le record en la matière revient au Pérou (117e) où près d’une centaine de journalistes ont été pris à partie physiquement. Le nombre de menaces est tout aussi élevé.

    Le Mexique (136e) est toujours le pays le plus dangereux du continent pour la presse. Huit professionnels de l’information ont été tués dans le pays entre septembre 2006 et septembre 2007. La justice ne parvient pas à sanctionner tous les responsables et l’impunité reste largement la règle.

    Au Venezuela (114e), l’exclusion de la chaine RCTV du reseau hertzien, le 27 mai 2007, à la demande d’Hugo Chavez, a mobilisé à elle seule toute l’attention. Contestée même parmi les partisans du président bolivarien, la mesure traduit une véritable mainmise du pouvoir sur l’espace audiovisuel. (suite…)

  • On est jamais trop prudent : pourtant à Cuba seuls les journalistes au dessus de tout soupçon (c’est à dire dûment encartés au Parti communiste ou dans une de ses innombrables officines) sont autorisés dans les médias officiels.

    Les choses sont donc claires dès le départ, et pour ceux qui n’auraient pas bien compris, un article de la constitution précise que  » Les libertés d’expression et de la presse sont reconnues, « en conformité avec les objectifs de la société socialiste ».(article 53 de la Constitution de 1976)
    Mais apparemennt le gouvernement cubain n’a même plus confiance en ses propres journalistes puisque le 13 août 2007, l’Institut cubain de radio et télévision (ICRT), sur ordre du ministre de la Communication, Ramiro Valdés, a envoyé une lettre aux dirigeants des médias officiels annonçant de nouvelles restrictions pour leurs personnels. Les sites Web et les services de messagerie électronique devront êtres consultés à partir d’un portail de l’entreprise cubaine de télécommunications, enet.cu, ce qui permet au gouvernement de contrôler facilement les utilisateurs et leurs activités sur la Toile.

    « Cette mesure est une preuve supplémentaire de la paranoïa du gouvernement, qui se donne les moyens de surveiller les faits et gestes sur la Toile des journalistes des médias officiels, en les forçant à s’informer et à communiquer via un site officiel. Il est important de rappeler que l’immense majorité des citoyens cubains ne peut pas avoir de connexion au Réseau, sous prétexte que l’embargo américain empêche son développement », a déclaré Reporters sans frontières.

    Selon l’agence Encuentro en la Red, ce document, envoyé le jour de l’anniversaire de Fidel Castro, somme également les médias de sélectionner de façon « appropriée » le personnel chargé de l’actualisation des sites Web. Les services de navigation, accessibles aux journalistes de « confiance » pourraient faire l’objet de contrôles renforcés.

    Les journalistes des quotidiens officiels Granma, Juventud Rebelde et Trabajadores, concernés par cette mesure, seront contraints d’utiliser le nouveau système de connexion.

    Cette décision fait suite aux déclarations de février 2007 du ministre de la Communication à propos d’Internet qu’il qualifiait d’ »outil d’extermination globale » qui devait être impérativement « contrôlé ».
    D’après Encuentro en la Red, le temps de navigation sur le Web des journalistes de la presse écrite a été limité à une heure par jour depuis 2003. En avril 2007, le gouvernement a bloqué l’accès aux sites Yahoo et Hotmail dans les radios et télévisions officielles.

    Internet à Cuba, un réseau sous surveillance (extrait du rapport de Reporters sans frontières d’octobre 2006) :

    « Avec moins de deux internautes pour 100 habitants, Cuba figure parmi les pays les plus en retard en matière d’Internet. Il est de loin le plus mal loti d’Amérique latine – le Costa Rica fait 13 fois mieux – et se situe au niveau de l’Ouganda ou du Sri Lanka. Sur une île qui se targue d’avoir l’un des niveaux d’éducation les plus élevés de la planète, ce constat a de quoi surprendre. Les autorités défendent ce bilan catastrophique en blâmant l’embargo américain, qui les empêcherait de s’équiper du matériel nécessaire au développement du Réseau. Elles expliquent notamment que, ne pouvant pas se raccorder à l’Internet mondial par le biais de câbles optiques sous-marins, elles en sont réduites à utiliser des connexions satellitaires coûteuses et moins efficaces. Cet argument peut en effet expliquer la lenteur de l’Internet cubain et les files d’attente interminables devant les cybercafés. Mais il ne justifie en rien le système de contrôle et de surveillance du Réseau mis en place par les autorités. Dans un pays où les médias sont à la botte du pouvoir, empêcher la circulation d’informations indépendantes sur Internet est naturellement devenu une priorité.

    Le gouvernement cubain utilise plusieurs leviers pour s’assurer que ce média n’est pas utilisé de manière « contre-révolutionnaire ». Tout d’abord, il a peu ou prou interdit les connexions privées au Réseau. Pour surfer ou consulter leurs e-mails, les Cubains doivent donc obligatoirement passer par des points d’accès publics (cybercafés, universités, « clubs informatiques pour la jeunesse », etc), où il est plus facile de surveiller leur activité. Ensuite, la police cubaine a installé, sur tous les ordinateurs des cybercafés et des grands hôtels, des logiciels qui déclenchent un message d’alerte lorsque des mots-clés « subversifs » sont repérés. Le régime s’assure par ailleurs que les opposants politiques et les journalistes indépendants n’accèdent pas à Internet. Pour ces derniers, communiquer avec l’étranger est un véritable chemin de croix. Enfin, le gouvernement mise sur l’autocensure. A Cuba, on peut être condamné à vingt ans de prison pour quelques articles « contre-révolutionnaires » publiés sur des sites étrangers et à cinq ans simplement pour s’être connecté au Net de manière illégale. Peu d’internautes osent défier la censure de l’Etat et prendre un tel risque. »

  • Depuis six ans, Reporters sans frontières dénonce les « prédateurs de la liberté de la presse » : ces hommes et ces femmes qui s’en prennent directement aux journalistes ou qui ordonnent à leurs subordonnés de le faire.

    La plupart sont des responsables politiques de haut niveau (chef d’Etat, chef de gouvernement, ministre, monarque, etc.), mais ils peuvent également être des chefs de milice, de groupes armés ou encore de cartels de la drogue. Ils n’ont généralement de comptes à rendre à personne pour les atteintes graves à la liberté d’expression dont ils sont coupables. Cette impunité est l’une des plus grandes menaces qui pèsent aujourd’hui sur les professionnels des médias.

    En Amérique la liste des prédateurs de la liberté de la presse est selon RSF la suivante :

    COLOMBIE

    Raúl Reyes, chef de guérilla
    Raúl Reyes est membre de l’état-major et porte-parole des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Fondée en 1964 et composée d’environ 17 000 combattants, la guérilla contrôlerait entre 30 et 40 % du territoire colombien.

    Depuis longtemps, les méthodes mafieuses de l’organisation ont pris le pas sur la lutte idéologique. Spécialisées dans le racket, la séquestration – 45 personnes ont été exécutées en 2006 faute de rançon – et le narcotrafic, les FARC bataillent également sur le terrain de l’information. Elle ont été à l’origine d’une cinquantaine d’enlèvements de journalistes depuis 1997 et rendent quasiment impossible le travail de la presse dans les régions qu’elles contrôlent. En 2005, la guérilla avait mené une campagne de sabotage d’antennes de médias audiovisuels réputés hostiles.

    Alors que les pourparlers entre le gouvernement et l’autre guérilla d’extrême gauche, l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste), sont en passe d’aboutir, le dialogue est au point mort entre les autorités et les FARC. La guérilla réclame toujours la libération de 500 de leurs combattants en échange de 60 otages. Raúl Reyes communique parfois sur le sort de ces derniers.

    COLOMBIE

    Diego Fernando Murillo Bejarano, chef paramilitaire
    En 2003, « Don Berna » a mis sa puissante milice d’extrême droite au service des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), destinées à suppléer l’armée dans sa lutte contre les guérillas d’extrême gauche. De 2003 à 2006, un vaste plan de désengagement des paramilitaires s’est officiellement soldé par la démobilisation de 30 000 combattants des AUC en échange d’une large impunité. Mais démobilisation ne signifie pas désarmement.

    En majorité, les intéressés se sont reconvertis dans le meurtre sous contrat et le narcotrafic. Très actifs dans les départements du nord du pays, les paramilitaires continuent de semer la terreur, poussant les journalistes à l’autocensure ou à l’exil quand ils ne recourent pas à l’assassinat. Depuis la fin de l’année 2006, le commando des Aigles Noirs multiplie les intimidations et les violences contre la presse de la côte caraïbe.
    Arrêté et assigné à résidence depuis le 27 mai 2005, « Don Berna » incarne plus que quiconque l’essence mafieuse du paramilitarisme. En échange de quelques renseignements, il peut à loisir donner des consignes à ses compagnons d’armes et jouer son rôle de chef de cartel.

    CUBA

    Fidel et Raúl Castro, président et président par intérim du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres

    En congé du pouvoir depuis le 26 juillet 2006 en raison d’une lourde opération chirurgicale, Fidel Castro a officiellement cédé les rênes du pouvoir à son frère Raúl cinq jours plus tard. Malgré quelques timides déclarations d’ouverture, l’ancien ministre de la Défense, devenu président intérimaire, ne se comporte pas mieux que son aîné sur le terrain des droits de l’homme. La période de succession a été marquée par une multiplication des attaques contre la presse indépendante : brutalités policières, convocations et perquisitions de la Sécurité de l’État (police politique), détentions de courte durée à plusieurs reprises, etc.

    Vingt journalistes arrêtés lors du « printemps noir » de mars 2003 continuent de purger des peines comprises entre 14 et 27 ans de prison dans des conditions inhumaines. Trois autres, arrêtés avant le retrait de Fidel Castro, sont toujours détenus sans jugement, et deux derniers ont été emprisonnés une fois entamée la présidence intérimaire. Avec 25 détenus, Cuba reste la deuxième prison du monde pour les journalistes après la Chine.

    MEXIQUE

    Cartels de la drogue
    Depuis la fin des années 90, quatre principaux cartels – de Tijuana, de Sinaloa, de Ciudad Juárez et du Golfe – se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de l’acheminement de la drogue dans les régions frontalières des Etats-Unis. Les narcotrafiquants travaillent parfois à leur propre compte et n’hésitent pas à corrompre certains responsables politiques pour imposer leur loi. Au Nord et dans les États côtiers, les journalistes sont bien souvent en première ligne des représailles des gangs.

    Au cours du mandat de Vicente Fox (2000-2006), la Commission nationale des droits de l’homme a recensé 31 assassinats et cinq disparitions de journalistes. Plus de la moitié d’entre eux enquêtaient sur des affaires liées au narcotrafic. Avec neuf tués et deux disparus en 2006, le Mexique s’est classé juste après l’Irak dans la liste des pays les plus meurtriers pour la presse. Aucun commanditaire de l’un de ces crimes n’a jamais été arrêté ni jugé en six ans.

  • Plus de 60 cyberdissidents sont actuellement emprisonnés dans le monde pour avoir tenté de s’exprimer sur Internet. Ce qui semble simple à tout un chacun dans la plupart des pays du monde est interdit dans 13 Etats. En Chine, en Tunisie, en Egypte, donner son avis sur un blog ou sur un site peut conduire en prison.

    Pour refuser la censure et sensibiliser le plus grand nombre à cette situation, Reporters sans frontières lance, pour la première fois, une grande opération : 24 heures contre la censure sur Internet. Le grand public, les Internautes, les blogueurs, les journalistes, les étudiants sont invités à dénoncer la censure d’un simple clic.

    A propos de Cuba, RSF a rappelé récemment que « Avec moins de deux internautes pour 100 habitants, Cuba figure parmi les pays les plus en retard en matière d’Internet. Il est de loin le plus mal loti d’Amérique latine – le Costa Rica fait 13 fois mieux – et se situe au niveau de l’Ouganda ou du Sri Lanka. Sur une île qui se targue d’avoir l’un des niveaux d’éducation les plus élevés de la planète, ce constat a de quoi surprendre. »

    L’enquête menée par Reporters sans frontières révèle que le gouvernement cubain utilise plusieurs leviers pour s’assurer que ce média n’est pas utilisé de manière « contre-révolutionnaire ». Tout d’abord, il a peu ou prou interdit les connexions privées au Réseau.

    Pour surfer ou consulter leurs e-mails, les Cubains doivent donc obligatoirement passer par des points d’accès publics (cybercafés, universités, « clubs informatiques pour la jeunesse », etc), où il est plus facile de surveiller leur activité. Ensuite, la police cubaine a installé, sur tous les ordinateurs des cybercafés et des grands hôtels, des logiciels qui déclenchent un message d’alerte lorsque des mots-clés « subversifs » sont repérés.

    Le régime s’assure par ailleurs que les opposants politiques et les journalistes indépendants n’accèdent pas à Internet. Pour ces derniers, communiquer avec l’étranger est un véritable chemin de croix. Enfin, le gouvernement mise sur l’autocensure. A Cuba, on peut être condamné à vingt ans de prison pour quelques articles « contre-révolutionnaires » publiés sur des sites étrangers et à cinq ans simplement pour s’être connecté au Net de manière illégale. Peu d’internautes osent défier la censure de l’Etat et prendre un tel risque. »

  • Les restrictions à la liberté d’expression, d’association et de mouvement demeuraient un sujet de préoccupation majeur. Environ 70 prisonniers d’opinion étaient toujours incarcérés. Cette année encore, l’embargo des États-Unis a eu des effets négatifs sur les droits humains dans le pays. La situation économique s’est dégradée et les pouvoirs publics ont tenté de mettre fin à l’entreprenariat privé. Plus de 30 prisonniers se trouvaient encore dans le quartier des condamnés à mort ; aucune exécution n’a eu lieu.

    Contexte

    Au niveau international, la préoccupation suscitée par l’absence de progrès dans le domaine des droits civils et politiques n’a cessé de croître. En avril, dans un contexte fortement influencé par des enjeux politiques, la Commission des droits de l’homme [ONU] a une fois encore condamné le bilan cubain en matière de droits humains.
    Les autorités ont maintenu sous étroite surveillance ceux qui se montraient critiques à l’égard du régime, et elles ont gardé en détention plusieurs défenseurs des droits humains et opposants politiques. En mai, toutefois, l’Asamblea para promover la sociedad civil (Assemblée pour la promotion de la société civile), une coalition de plus de 350 organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes, a organisé le plus grand rassemblement d’opposants jamais observé à Cuba.
    Les pouvoirs publics ont lancé une grande campagne de lutte contre l’économie informelle et contre la corruption généralisée dans le secteur public.

    Prisonniers d’opinion

    Les arrestations pour délit d’opinion ont continué et des personnes ayant exprimé leur point de vue, même de manière pacifique, ont été condamnées. Un certain nombre de détenus ont été libérés pour raisons de santé.
    René Gómez Manzano et César López Rodríguez figuraient parmi les personnes qui ont été arrêtées à La Havane pour avoir participé à une manifestation antigouvernementale pacifique le 22 juillet. De même que huit autres personnes, le premier, membre de l’Assemblée pour la promotion de la société civile, a été maintenu en détention dans l’attente de son procès.
    Le 13 juillet, une vingtaine de personnes ont été interpellées lors d’une cérémonie pacifique organisée à La Havane pour commémorer le naufrage du remorqueur 13 de Marzo : en 1994, environ 35 personnes avaient péri en tentant de fuir Cuba à bord de cette embarcation qui aurait été éperonnée par les autorités cubaines. Six d’entre elles sont restées en détention sans inculpation et une autre a été condamnée à un an d’emprisonnement pour « dangerosité prédélictuelle », définie comme la « propension particulière d’une personne à commettre des délits, attestée par une conduite en contradiction évidente avec les normes de la morale socialiste ».
    Le 1er décembre, le prisonnier d’opinion Mario Enrique Mayo Hernández, condamné à vingt ans de détention en 2003, a bénéficié d’une libération conditionnelle pour raisons de santé.

    Restrictions à la liberté d’expression, d’association et de mouvement

    Des militants des droits humains, des opposants politiques et des syndicalistes ont été la cible d’actes de harcèlement et d’intimidation souvent imputables aux Brigades d’intervention rapide, des groupes quasiment officiels qui auraient agi en collusion avec des membres des forces de sécurité.
    Cette année encore, la liberté d’expression et d’association a été visée. Tous les médias autorisés étaient sous le contrôle des autorités et les médias indépendants demeuraient interdits. Les journalistes indépendants qui publiaient des articles à l’étranger s’exposaient à des manœuvres d’intimidation et de harcèlement, et pouvaient être emprisonnés. Les défenseurs des droits humains risquaient eux aussi de faire l’objet d’actes d’intimidation et d’être arêtes arbitrairement ou pour des motifs politiques.
    Les lois relatives à la diffamation, à la sûreté nationale et au trouble à l’ordre public, invoquées pour arrêter et emprisonner les journalistes, n’étaient pas conformes aux normes internationales.
    Selon l’ONG internationale Reporters sans frontières, 24 journalistes étaient en prison à la fin de 2005.
    Oscar Mario González Pérez, journaliste indépendant, a été arrêté le 22 juillet après avoir couvert une manifestation. Il est resté en détention sans être inculpé.

    En 2005, des restrictions étaient encore imposes aux opposants tentant de se rendre à l’étranger.
    Miguel Sigler Amaya, membre du Movimiento Opción Alternativa (Mouvement d’option alternative), non officiel, et sa famille ont été arrêtés et places en détention à l’aéroport international de La Havane alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer dans un avion à destination des États-Unis, dûment munis des visas de réfugiés nécessaires à leur sortie du pays. Ils ont été remis en liberté plusieurs jours plus tard et sont finalement partis de Cuba le 5 octobre. Guido et Ariel, deux frères de Miguel Sigler Amaya et tous deux prisonniers d’opinion, continuaient de purger des peines de vingt et vingt-cinq ans d’emprisonnement respectivement.

    En décembre, des représentantes de Las Damas de Blanco (Les Dames en blanc), un groupe de parentes de prisonniers qui, depuis mars 2003, manifestent chaque dimanche pour demander la libération de leurs maris, de leurs frères ou de leurs fils, se sont vu refuser l’autorisation de se rendre à Strasbourg pour y recevoir le prix Sakharov de la liberté de pensée, décerné par le Parlement européen.

  • Votre dernier roman, Les Brumes du passé, évoque les changements qui ont marqué Cuba ces dernières années.

    Leonardo Padura : Le plus grand changement a été d’ordre économique. Avec la perte du soutien de l’ex-URSS, les Cubains ont dû trouver d’autres moyens de survivre et de faire du commerce. Les gens ont été obligés de se tourner vers l’extérieur. Cela leur a donné une plus grande liberté d’action et de mouvement. Cependant, ces évolutions débutées dans les années 1990 sont actuellement en phase de régression. La Chine et le Venezuela jouent aujourd’hui pour Cuba – dans un contexte différent, bien sûr – le rôle que remplissait l’Union soviétique autrefois. Cette aide permet en fait au gouvernement de refermer la porte aux mesures de libéralisation économique auxquelles il avait dû se résoudre en temps de misère extrême, comme celles concernant le développement de l’industrie touristique, par exemple.

    Comment les Cubains ont-ils vécu ces changements ?


    La crise économique des années 1990 n’a pas été uniquement matérielle. Elle s’est accompagnée d’un vrai désastre sur le plan idéologique. En ce sens, je pense que les changements engagés sont profonds et irréversibles. La confiance monolithique et absolue que nous avions dans le socialisme et les mensonges dont nous avons été abreuvés pendant trente ans se sont écroulés avec le mur de Berlin. Nous avons découvert le vrai visage du socialisme européen. Les gens se sont détournés d’un régime qui, au nom de l’égalité pour tous et d’un avenir meilleur, a engendré des génocides à grande échelle. Tout cela a laissé la place au désespoir, à la frustration et au sentiment d’avoir été abusé. C’est comme si nous avions tout à coup perdu la « foi ». La perte de confiance a conduit les gens à rechercher d’autres formes de croyances, comme la religion, par exemple. Elle les a également poussés à rechercher des solutions individuelles pour améliorer leur vie, comme l’émigration. La perte des illusions peut néanmoins conduire à une sorte d’hérésie. Je sens que beaucoup de Cubains aujourd’hui ne croient plus en rien. Ils se limitent à vivre au jour le jour, à survivre jusqu’au lendemain, sans grandes considérations philosophiques, religieuses ou même morales. C’est cette désillusion que je raconte dans mes romans. Je décris le désespoir des gens de la génération de mes parents qui doivent continuer à se battre malgré leur âge. J’écris sur la frustration des gens de ma génération auxquels on avait promis un avenir meilleur qui n’est jamais venu. Et sur l’incertitude, et la désorientation qui envahissent les plus jeunes.

    Les jeunes Cubains sont-ils impliqués politiquement ? A quoi rêvent-ils ?

    On ne peut pas généraliser, car, comme dans toutes les sociétés humaines, il y a de tout à Cuba : des jeunes qui pensent et vivent comme des ouvriers soviétiques modèles des années 1930, mais aussi des hippies tropicaux uniquement intéressés par le sexe, l’alcool et la drogue. Tout le monde cohabite dans un même espace. Mais j’observe actuellement chez les jeunes une tendance beaucoup plus inquiétante. Ils ne s’investissent dans rien. Ils n’attendent rien de la vie. Ils vivent dans l’instant, sans foi ni perspectives. Certains jeunes sont d’excellents étudiants, de chics types, mais ils ne sont pas naïfs non plus. Ils pensent désormais à construire leur vie de façon individuelle, parfois en émigrant. Malgré tout, je pense que la jeunesse cubaine est beaucoup plus saine que ce à quoi on aurait pu s’attendre après tant d’années de sacrifices, de manquements et de promesses non tenues.

    …/…

    Comment se déroule votre vie d’écrivain à Cuba ?

    Depuis quelques années, elle est très satisfaisante. Je peux me consacrer à plein temps à mon travail d’écriture. J’écris aussi avec une grande liberté – pas une liberté totale, mais une grande liberté tout de même. Je traite pourtant de problèmes sociaux épineux dans mes livres. Je ne fais pas de politique, ni dans le cadre de ma vie sociale, ni dans ma vie littéraire. Principalement parce que cela ne m’intéresse pas et parce que je refuse d’être un « argument » pour tel ou tel bord politique. Vivre ainsi comporte des risques, bien sûr : qu’un livre déterminé ne soit pas publié, par exemple. Cela ne m’est encore jamais arrivé. Tous mes livres ont été publiés à Cuba sans que la censure touche à un seul mot. Mais le fait est que l’on en parle à peine dans la presse cubaine. Autre inconvénient : les droits d’auteur que je touche à Cuba sont totalement insuffisants pour vivre.
    Je reconnais aussi que je réfléchis à deux fois avant d’écrire sur certains sujets ou avant de répondre à une de vos questions, car ce que j’écris peut toujours être considéré comme « inapproprié » pour la bureaucratie au pouvoir. Mais, même dans ces conditions, je préfère vivre à Cuba. Partager les incertitudes, les carences, les restrictions du peuple cubain. Au milieu des gens qui sont la source de mon inspiration littéraire et humaine. J’aime entendre battre le cœur de la vie cubaine et avoir les mêmes désirs ou les mêmes frustrations que mes concitoyens. Qu’ils m’offrent leurs souffrances et leurs espoirs pour que j’en fasse ma littérature.

    Note biographique
    Leonardo Padura est né à La Havane en 1955 et vit à Cuba. Il est romancier, essayiste et auteur de scénarios pour le cinéma. Ses romans sont publiés au Mexique, à Cuba, en Espagne, en Allemagne et en Italie. En France, il a publié : Le Palmier et l’Etoile, Electre à La Havane, L’Automne à Cuba, Passé parfait, Mort d’un Chinois à La Havane, Vents de carême et Adios Hemingway, tous parus aux éditions Métailié. Il a reçu le prix Hammett (1998 et 1999), le prix Café Gijon (1997) et le prix des Amériques insulaires (2002). Son dernier roman, Les Brumes du passé, sortira dans les librairies françaises le 24 août (éditions Métailié).

    Les Brumes du passé
    La Havane, été 2003. Il y a quatorze ans que l’inspecteur Mario Conde a quitté la police. Pendant cette période, Cuba a beaucoup changé : l’économie et les mentalités ont été bouleversées. Conde gagne désormais sa vie en vendant des ouvrages anciens, comme beaucoup de Cubains, obligés de se défaire de leurs livres pour subsister. Soudain, il tombe sur la page d’une revue, ornée de la photo de Violeta del Rio, une chanteuse de boléro des années 1950. Totalement séduit par la beauté et le mystère de cette femme, il se lance dans une enquête personnelle qui va l’emmener jusque dans les bas-fonds de Cuba qu’il n’a pas vu évoluer. Leonardo Padura évoque dans ce livre les changements qui ont marqué Cuba ces dernières années et les désillusions des gens de sa génération. Ces Cubains devenus presque des « étrangers » pour les plus jeunes, mieux adaptés à la circulation du dollar, aux combines et à la débrouille. Plus qu’un roman noir, Les Brumes du passé parle de l’amour des livres, de la culture, et de la poésie si populaire des boléros.

    Extraits d’un interview recueilli par Christine Lévêque pour Courrier International.